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      <title>Carambolages- 28 nov - textes by laurence verdier</title>
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      <description>Fait avec intuition et rebondissements</description>
      <language>en-us</language>
      <pubDate>2020-11-28 11:27:59 UTC</pubDate>
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         <title>Carambolages en série…</title>
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         <description><![CDATA[<div><strong><em>Écho, écho, écho, </em></strong></div><div><strong><em> coléoptère </em></strong></div><div><strong><em> terrarium, mmh, mmh, mmh, </em></strong></div><div><br></div><div><strong><em>...bzzzzzz, tchhhhhhh, tchhhhhhhhhh, bzzzzzzzzzzzzz...</em></strong></div><div><br></div><div> Les insectes bourdonnaient au-dessus du corps. L’état de décomposition était avancé à en croire la puanteur. Je sentais que j’allais rendre les pancakes avalés sur le pouce avant de partir. Je risquai quand même un coup d’œil. Pour savoir. Pour en avoir le cœur net. Il n’était pas beau à voir, avec sa peau fripée qui se détachait par lambeaux blanchâtres. Je m’étonnais quand même de l’indifférence de nos bons vieux alligators. Pas faim, les gars ? Un œil semblait flotter à la surface de l’eau, la peau épaisse à demi-enfouie dans le bayou. La paupière s’était ouverte au ralenti et le saurien avait dévoilé sa pupille attentive. On pataugeait dans la flotte depuis un moment, autour de nous la mangrove résonnait de mille cris. Plus vivante que le bonhomme en tout cas. Et je n’avais pas envie de lui servir de déjeuner.</div><div><br><br></div><div>- Bon, Chat’, on s’arrache ? Ces satanés moustiques veulent ma peau. Bientôt, je serai plus laid à voir que notre client du jour.</div><div>- OK, la Scientifique arrive de toute manière. Pas envie de me retrouver dans une scène des « Experts ».</div><div><br><br></div><div> Avant de remonter dans le pick-up, je remarquai l’un de ces gros chats sauvages perchés dans un immense cyprès chauve. Peut-être un lynx roux finalement. Le noyé avait fini sur Cat Island après tout. Katrina ne lui avait pas fait de cadeaux à ce bout d’île, en 2005, l’ouragan avait emporté sa queue.</div><div><br></div><div> ------------------------------------</div><div><br><br></div><div>« J’ai un chat dans la gorge. » </div><div><br><br></div><div> C’était tout ce que Maddy avait trouvé à me répondre en m’entendant débiter mes excuses quand j’étais revenu complètement beurré bien après l’heure du dîner. Elle était en train d’arranger ses précieux sachets de graines, ramenés de tous les voyages qu’elle avait pu faire quand elle était plus jeune. Elle les avait étiquetés méticuleusement : « camélia » de Cornouailles, « hortensia  bleu» de Bretagne, « citronnier » d’Italie… Fallait être honnête, rien de tout ça ne poussait ici : le climat était trop torride et ce que la terre voulait bien cracher était dévoré par les oiseaux migrateurs. Je l’avais trouvée un matin, à genoux dans le jardin, pétrifiée devant ses citronniers dévastés comme une de ces cariatides lasses de porter le poids de leurs frustrations. Elle était nostalgique de l’Europe. </div><div> Moi, j’étais nostalgique des premiers temps de notre relation. Quand je commençais une phrase et qu’elle la finissait. « Rhododendron...Dinde aux marrons ! » On pouffait de rire avant de rouler par terre et de ne plus avoir besoin de parler pour se comprendre. « La Gigoteuse », que j’avais fini par l’appeler, tellement elle frémissait sous mes caresses. Je lui disais ça en français, « dans le texte », et elle gigotait d’autant plus.</div><div><br><br></div><div> Je la regardais manipuler ses petits sachets pathétiques en murmurant leur nom avec une jubilation un peu naïve comme une comptine pour enfants. Dans ma tête, j’égrainais d’autres noms de plantes locales pour conjurer le sort. C’était d’abord le pépiement entêtant des « p »qui jouent à cache-cache : « cy<strong>p</strong>rès », « catal<strong>p</strong>a », « tuli<strong>p</strong>ier ». Puis le « d » redondant et rebondissant comme un ventre dodu : « rhododendrons », « cèdre ». Et enfin la gourmandise de bonbon qui fond dans la bouche du « magnolia ». </div><div> Et puis la litanie recommençait… Je balayai la table d’un revers de la main, les sachets semblèrent voler un instant avant de joncher le sol poussiéreux. Le chat sauta du buffet sur lequel il s’était réfugié pour en attraper un au vol et profita de la confusion pour s’enfuir avec. Je me surpris à me demander duquel il pouvait bien s’agir. Comme si ça pouvait bien avoir quelque espèce d’importance.</div><div><br><br></div><div> -------------------------------</div><div><br><br></div><div>Les insectes, était-ce vraiment si abject ? </div><div> C’est la question que je me posais ce matin de novembre dans le taudis qui nous servait de bureau alors que je pulvérisai un énième moustique sur ma peau moite. Le sang perla, bien rouge. Une jolie goutte épaisse, nette. Sous les pales du ventilateur qui tournait au ralenti, le mur était maculé de tâches brunes de sang séché : un vrai cimetière de moustiques. Vous penseriez que ça pourrait les dissuader d’en découdre avec vous, non ? Mais le « Vampire de Louisiane » était coriace. Ça tombait bien, moi aussi.</div><div> En me grattant, je repensais à ce type, cet entomologiste là, qu’on avait consulté près de Lafayette. Une affaire de corps grouillant d’insectes. A première vue, rien que la cuisine habituelle pour des gars de la Crim’ comme nous. Sauf que ceux-là étaient du genre particuliers, et rares avec ça. Des scarabées bleus, des vers spiralés, des araignées microscopiques. Le tueur les introduisait dans les corps avant de refermer la profonde entaille proprement. Ils dévoraient les chairs pour se libérer et s’entretuaient à coups de mandibules, de pattes et d’antennes. Devant notre mine dégoûtée, le bonhomme avait ajouté que lui-même regardait s’affronter des araignées dans des bocaux. Il organisait même des paris. Paraît qu’ y avait du fric à se faire. Il avait ajouté en haussant les épaules que ce n’était pas les fonds que l’État lui allouait si généreusement pour ses recherches qui lui paieraient son bourbon.</div><div> Depuis, je ne voyais plus les insectes de la même façon.</div><div><br><br></div><div> ------------------------------</div><div><br><br></div><div><em>Lecteurs, je sais que, comme Chat’, vous trouvez que l’enquête piétine. Qu’elle s’enlise dans la terre bourbeuse de Louisiane. Est-ce vraiment si important ? Offrons-nous le luxe de revenir sur notre drôle d’oiseau : l’entomologiste. </em></div><div> Ce type, c’est une curiosité de la Nature. Pas étonnant qu’il ait embrassé cette carrière. J’adore cette expression, pas vous ? Comme si on pouvait tomber amoureux d’un job et lui rouler un patin… En voilà une qui est bien bonne. Enfin, quoique, pour nous, auteurs, ce soit plutôt une sorte de mariage arrangé entre la littérature et nous. Revenons à notre créature de Frankenstein. Justement, nous optons pour un scientifique, une sorte de savant fou à notre image, disposé à bricoler avec des cadavres, à reconstituer des squelettes, à fouiller dans la boue – ou dans la mort - pour en extraire du vivant. </div><div> Paul Broussard. Notre spécimen vient de France et on pourrait nous demander ce qu’il fricote en Louisiane. On pourrait aussi nous interroger sur son penchant pour l’alcool. Sur ses yeux injectés de sang et sur sa peau de crocodile. Pas très ragoûtant tout ceci, hein ? Eh bien, nous ne répondrons pas. Nous garderons un silence pudique. Nous nous contenterons d’un sourire entendu. Monsieur Broussard, donc, sirote son premier verre de bourbon de la matinée. Il est vautré littéralement dans le rocking-chair sur le porche de sa maison typique du sud des États-Unis. Vous avez l’image là ? Le mouvement de balancier apaise ses crises de rhumatismes. A moins que ça ne lui refile la nausée. Quand il atteint le bon degré d’alcool – il a mis du temps à établir le bon dosage, un truc de scientifique avec protocole et tout le bazar – il parvient à oublier la chaleur moite, les moustiques, le vacarme des oiseaux. Il chevauche à nouveau le dodo du Jardin des Plantes. </div><div> Nous n’outrepassons pas nos droits d’auteurs, non, nous le laissons paisiblement retomber en enfance. </div><div> Paul était un habitué du manège. Il aimait chacune des créatures : le panda dodu, l’éléphant agenouillé, le tricératops avec sa corne et sa collerette, les girafes étranges des temps anciens mais il revenait toujours au dodo. Il en avait conçu une véritable obsession pour l’animal disparu. Adolescent, quelques années plus tard, nous le voyons flâner dans la grande galerie de l’Évolution. Regretter que les colons aient massacré cet animal aussi grotesque qu’attachant. Plus loin, à l’université voisine, suivre des études de biologie. Se passionner finalement pour les insectes si mal-aimés et pourtant si fascinants. Ils finiraient par avoir la peau de l’Homme. Pas l’inverse pour une fois. Son rire évolue en une quinte de toux sèche qui le fait tanguer dangereusement.</div><div> Pour l’heure, notre personnage somnole sur sa chaise, cuvant son bourbon. Il ronfle et renifle bruyamment. Ah, il vient de chuter lourdement, s’entaillant la paume sur le verre brisé. Il regarde le sang coaguler.</div><div><br></div><div> ------------------------------------</div><div><br><br></div><div> Les humains s’en étaient allés avec leurs bateaux à moteur bruyants, leurs lampes torches dont les faisceaux fouillaient la pénombre de la mangrove sans ménagement. Ils avaient laissé des traces derrière eux : celles de leurs semelles épaisses dans la terre argileuse, la rubalise qui délimitait le périmètre comme une absurde et lugubre guirlande de Noël. On s’acheminait vers la période des fêtes de fin d’année après tout. Pour ce qu’un alligator pouvait en avoir affaire… Cat Island, ça n’avait rien d’une destination touristique. Les bateaux à aube qui promenaient les hordes de photographes amateurs n’y faisaient pas escale. Il y avait bien l’équipe – réduite - du US Fish and Wildlife Service qui s’acquittait consciencieusement de sa tâche, faisant l’inventaire des espèces animales et végétales plusieurs fois par an. On mesurait la qualité de l’eau. On s’assurait que les quotas de pêche étaient respectés. On venait mesurer le cyprès chauve des marécages : ses 96 pieds de haut et ses 17 pieds de large avaient même fini par faire l’objet d’un sentier dédié que les seuls détenteurs du permis annuel de visite étaient en droit d’arpenter. Pour vingt misérables dollars, vous deveniez un aventurier des bayous. Le Cat Island Refuge vous ouvrait ses portes. Vous pouviez jouer à vous faire peur en affrontant la terrible faune sauvage..</div><div> Nous, les alligators, pour être honnêtes, on passait une bonne partie du temps à roupiller. C’était surtout les oiseaux qui assuraient l’animation. A la saison des amours, les tarins des aulnes poussaient des cris stridents mais c’était sans commune mesure avec les lamentations rauques et pleurnichardes des puffins qui venaient hiverner chez nous. Dans ces moments-là, je vous assure, j’aurais préféré appartenir au nombre exponentiel des espèces disparues. Du croco au dodo. </div><div> Je gardais toujours une pupille à-demie ouverte. Et c’est une chance pour toi, lecteur, n’est-ce pas ? Ce type en costard clair, j’avais bien vu la fille le balancer à la flotte après lui avoir flanqué un bon coup de pagaie histoire de s’assurer qu’il ne se relèverait pas de si tôt. Quelques bulles étaient timidement remontées à la surface puis le corps avait coulé. Il s’était enlisé dans la boue qui tapissait le bayou. Moi, la chair humaine, ce n’était pas mon mets favori. Je préférais de loin une tortue au ventre dodu ou l’un de ces hérons qui ne doutaient de rien et pêchaient dans nos eaux territoriales. Les quotas, je m’en cognais bien. </div><div> Alors le corps avait fini par remonter à la surface quand les gaz et ballonnements étaient apparus. On aurait cru un dindon crevé avec sa peau à vif et son cou pelé.</div><div><br><br></div><div> ------------------------------------------------------</div><div><br><br></div><div> Thanksgiving Day. J’avais accepté de me plier au rituel pour Maddy. La dinde trônait au milieu de la table, sur son lit ardent de marrons fumants. Un instant, je crus avoir l’une de ces hallucinations qui me visitaient depuis le début de l’enquête. Les convives armés de leurs fourchettes et de leurs couteaux semblaient sur le point d’attaquer. De se jeter sur leur proie, dinde ou voisin de table. Sarah, par exemple, avait le visage rubicond. La flambée allumée malgré les 14° extérieurs n’y était pas étrangère mais ça n’expliquait sûrement pas tout. Elle regardait alternativement sa sœur Olivia et son compagnon Thomas, lancés dans une discussion animée avec Broussard. Je ne sais vraiment pas pourquoi Maddy avait tenu à l’inviter, celui-là. Sarah avait le corps raidi et le regard mobile et attentif du chat prêt à bondir sur sa victime. Pierre lui caressa le bras et elle rentra les griffes. Ses ongles rouges pianotaient nerveusement sur la table et sa serviette en papier au motif de rennes en pleine migration avait déjà été hachée menue. Je baignais dans le brouhaha sans réussir à me sortir l’enquête de la tête.</div><div><br><br></div><div><em>Cet homme était vraiment assommant avec ses histoires d’insectes sordides. Et qu’est-ce qu’il y allait fort sur le bourbon ! On voyait bien que ce n’était pas lui qui régalait. Encore un de ces pique-assiette, un de ces français sans éducation qui se croyait tout permis…</em> Maddy faisait triste mine, son amie Olivia lui trouvait les yeux cernés. Et Chat’ qui se noyait dans ses pensées comme d’habitude. Quelle assemblée ils faisaient tout de même ! Sarah avait encore maigri. Comme pour justifier les inquiétudes de sa sœur, elle chipotait avec le contenu de son assiette, émiettant distraitement la farce comme une enfant boudeuse. Elle avait toujours fait des histoires. Pas étonnant que les gens fuient sa présence, elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même ! Une chance qu’elle ait réussi à harponner un homme comme Pierre. Jumelles, oui. Pareilles, ah ça, non. </div><div><br><br></div><div> Sarah avait jeté son dévolu sur la dinde à présent. Ou plutôt ce qu’il restait de la pauvre bête. On l’avait plumée, on l’avait vidée, on l’avait dépecée. Le sort qu’on réservait aux animaux la révoltait. Elle y voyait une désolante similitude avec sa propre histoire : sacrifiée dans l’indifférence générale, celle de ses professeurs, de ses camarades d’école, de ses parents...tous obnubilés par sa sœur. Tout autant qu’ils étaient s’étaient toujours régalés et réjouis autour de son corps supplicié. D’ailleurs, combien de fois l’avait-on traitée de « dinde » ? <em>« Ne fais donc pas ta dinde, viens te joindre à nous, ma Chérie ». « Ainsi boudinée dans la robe de ta sœur, tu ressembles à une dinde ! Change donc de tenue pour accueillir les invités... »</em>. Eh bien, selon elle, ce Thanksgiving aurait du être vegan tout simplement. Pas de dinde. Pas de banquet orgiaque. Pas de mascarade ridicule. Cette chipie d’Olivia lui avait ri au nez quand elle avait soulevé cette éventualité. Un repas <em>vegan</em> au fin fond de la Louisiane ? Ce n’était pas Paris ou New-York ici et tout le monde appréciait un bon morceau de viande. Ce qu’elle pouvait être ridicule quand elle s’y mettait… </div><div> On verrait bien qui serait le dindon de la farce. </div>]]></description>
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         <pubDate>2020-11-29 16:35:00 UTC</pubDate>
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         <description><![CDATA[<div>https://www.fws.gov/refuge/cat_island/<br><a href="https://www.fws.gov/refuge/Cat_Island/wildlife_and_habitat/index.html">Bald Cypress</a></div><div>    </div><div>Cat Island National Wildlife Refuge is home an impressive bald cypress tree, Taxodium distichum. At a height of 96 feet, a diameter of 17 feet, and a circumference of 56 feet, it is truly a sight to behold. The tree is estimated to be approximately 1,500 years old. Visitors may view the tree by way of the Big Cypress Trail, a .75 mile round-trip trail through a unique mixture of bottomland hardwood forest on flat terrain. Parking is located at the trailhead, which is located 4.6 miles from the main gate. This trail is in a no hunting area and allows only foot traffic.</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-11-29 16:39:47 UTC</pubDate>
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         <description><![CDATA[<div>Nina s’était approchée du cyprès chauve. Le matin même, Patrick lui avait offert un talisman en terre cuite émaillée. Un kangourou à tête mobile qui chassait les mauvais esprits. Elle ne croyait guère à ces histoires à dormir debout. Trop perchées pour elle. Perchées comme les branches gracieuses du cyprès chauve qui s’élançait dans le ciel de l’été qui n’en finissait pas. </div><div>Patrick et elle s’étaient rencontrés dans le parc de la Vallée-aux-Loups. Tout près des ruches alors engourdies par l’hiver. La piqûre avait été immédiate. Touchée en plein cœur. Le premier Noël ensemble avait été étonnamment doux. Loin du brouhaha du monde. Le printemps était venu, n’effaçant pas la morsure de l’hiver. La lyre qu’elle croyait brisée résonnait encore. Pleine des mots qu’elle ne disait plus. </div><div>Un dimanche d’avril, Patrick et Nina s’étaient de nouveau retrouvés là, à proximité des ruches à peine visibles derrière les herbes hautes qui les chatouillaient de leur caresse végétale. Un couple improbable se tenait debout au milieu de cette arène où à l’abri des regards se distillait le miel. Tout à coup dans le silence s’éleva la voix de la femme : « Rhododendron », à laquelle répondit celle de l’homme : « Dinde aux marrons ». Nina malgré elle avait laissé échapper un rire. Patrick avait conservé son sérieux malgré l’absurdité de la situation. Son esprit plus ouvert que le sien à elle captait peut-être quelque chose qu’elle ne pouvait percevoir. Peut-être s’agissait-il là aussi de quelque incantation derrière laquelle se cachait un sortilège. Peut-être que les abeilles exauçaient les vœux qu’elle ne faisait plus. Le lendemain, Patrick avait regardé sa tartine avec un drôle d’air. </div><div>Ça bourdonnait sec là-dedans. Un vrai atelier clandestin de couturières affairées au-dessus de leur bout de tissu. Ça grouillait à n’en plus finir. Des bruissements dans tous les sens. Des bobines de fil qui se vidaient et des étoffes qui glissaient à vive allure sur les machines. L’organisation était au cordeau, pareille à celle des abeilles. Le maître des lieux était un petit type au teint jaune, cireux. Roger l’interrogea tandis que je zyeutais alentour, me faufilant dans les allées rectilignes. Les femmes ne bougeaient pas d’un poil, consciencieusement penchées sur leur ouvrage. Un ouragan aurait pu passer à quelques encablures qu’elles n’auraient pas quitté leur tâche. Le type ne savait rien évidemment. Il n’avait pas vu Manson depuis plusieurs jours. Il ne s’était pas inquiété. Les types comme lui et comme Manson ne s’inquiétaient à peu près de rien. </div><div>Majorel était rentré chez lui avec des bruissements plein les oreilles et des couleurs plein les yeux. Les bruissements des bobines et les couleurs des tissus. Le souvenir blafard des femmes courbées. Nous le retrouvons tard dans la nuit. Seul. Chez lui. Dans cet appartement de banlieue trop grand pour un seul homme, empli de trop d’absences. Livré au souvenir de cette journée de plus. De trop. Nous le voyons distinctement dans ce cliché du flic dans les lumières nocturnes de la solitude, un balcon ouvert sur la ville. C’est beau une ville la nuit, oui, vous ne trouvez pas ? À cet instant, nous ne pourrions pas dire si Majorel, lui, pense qu’elle est belle, cette ville-là, cette nuit-là. Cette nuit sans elle. Une de plus. Une de trop. Cette nuit après cette journée. Cette enquête qui piétine. Ce Manson disparu de la circulation. Nous le voyons cogiter vainement. D’ailleurs, cogite-t-il vraiment, à cet instant précis où nous goûtons presque la chaleur de l’alcool qui glisse dans sa gorge comme les tissus tout à l’heure sur les machines. Mais si, souvenez-vous. L’atelier. Les couturières. Le gars dans les allées rectilignes. Pas le type au teint jaune, non, l’autre. Vous y êtes ? Majorel, le type, là, c’est lui. Le flic, quoi. Tout seul chez lui. La nuit. Le cliché, oui, bon, je vous avais prévenus. Ah attendez, ça bouge. Mais qu’est-ce qu’il fout, ce con ? Encore un peu et il va sortir de notre champ de vision. C’est quoi, ce rideau en plein milieu du salon ? Ah ça y est, il se rassoit. Qu’est-ce qu’il a posé sur la table ? C’est quoi ce bocal ? Majorel, si tu pouvais te décaler un tout petit peu pour que nous puissions voir un peu de quoi il retourne, ce serait sympa pour nous. Parce que nous aurions besoin de comprendre, nous. Comprendre qu’est-ce qu’un type comme toi fout en pleine nuit avec cet air de fascination étrange devant ce bocal rempli d’insectes. Vous y comprenez quelque chose, vous ? Moi je patauge un peu dans cette histoire, je vous avoue. Peut-être parce qu’il se fait tard. Je vous propose que nous allions nous coucher. Nous y verrons peut-être plus clair demain.</div><div>Les parfums des livres envahissaient toujours Patrick d’un sentiment agréable. De sentiments contrastés mais toujours agréables. Certains révélaient une odeur âcre et entêtante, d’autres une senteur d’encre qui lui rappelait les bâtons de réglisse dont il raffolait enfant. D’autres encore exhalaient du feuilletage de leurs pages un effluve frais comme une brise derrière un voilage. Sa librairie était emplie de trésors qu’il peinait parfois à partager. D’éditions anciennes rarissimes dont le prix n’était pas seulement dans la rareté mais dans la perfection de l’ouvrage, dans le savoir-faire des artisans qui leur avaient donné vie. D’éditions plus récentes et modestes mais qui recelaient elles aussi une vie singulière glissée partout entre les pages. De dictionnaires grouillant de planches de botanique, de zoologie ou d’entomologie, de créatures végétales et animales documentées par des hommes désormais retournés à la poussière des morts. </div><div>Le premier cadeau que Patrick avait fait à Nina était un livre. Pas très original pour un libraire, mais le cadeau était plus lourd de sens qu’il n’y paraissait. Patrick avait accepté l’idée de se défaire du livre. De l’offrir à Nina. De le laisser lui échapper et aller vivre une autre vie ailleurs – comme lui avait renoncé à sa vie d’avant. Le livre rejoindrait sa bibliothèque à elle. Une étagère peut-être manufacturée dans ce siècle si pauvre qui était le leur, loin des grimoires jaunis par le temps. Nina sans doute n’avait pas prêté attention à ce qu’elle ne pouvait qu’ignorer alors. Un livre offert par un libraire, encore une fois, il n’y avait là rien que de très banal. Il ne s’agissait pas même d’une édition très ancienne. À peine le milieu du siècle précédent. Nous étions en 2017. Les protagonistes étaient morts depuis belle lurette, n’écrivant plus que des lettres très aériennes ou souterraines. Celles qui étaient restées imprimées sur le papier étaient plus concrètes mais également pleines de sentiments éthérés et profonds. Les lettres de deux personnages emmêlés dans une histoire d’amour impossible comme il y en avait tant. Une histoire singulière toutefois, qui avait touché Patrick qui lui-même espérait qu’elle touche à son tour Nina. Celle d’un frère et d’une sœur. Un amour impossible.</div><div>Par un hasard plutôt curieux, Patrick et Nina s’étaient rencontrés dans le parc de la Vallée-aux-Loups. Ce même parc qui avait appartenu au frère mais que la sœur n’avait pas connu. Chateaubriand était arrivé dans ce lieu-dit encore désert en 1807, s’éloignant de Paris comme tant de Parisiens souhaitaient le faire aujourd’hui. En quête d’un bout de verdure à quelques kilomètres de la capitale – deux ou trois heures de calèche en 1807, quelques minutes de RER en 2017. Nina connaissait à peine Chateaubriand, qui dans les années 1980 encore siégeait en bonne place dans les Lagarde &amp; Michard, et ignorait parfaitement l’existence d’une quelconque sœur – elle découvrirait plus tard que, sans compter les enfants mort-nés, l’auteur en avait quatre, dont deux étaient déjà décédées en 1807 et dont une seule lui survivrait. Lucile était la plus jeune des quatre. D’après son frère lui-même, elle « était grande et d’une beauté remarquable, mais sérieuse. Son visage pâle était accompagné de longs cheveux noirs ; elle attachait souvent au ciel ou promenait autour d’elle des regards pleins de tristesse ou de joie. Sa démarche, sa voix, son sourire, sa physionomie avaient quelque chose de rêveur et de souffrant. » Le portrait craché de Patrick.</div><div> </div><div><strong>Commentaires</strong></div><div>- Finalement, j’ai abouté sans y changer grand-chose les textes écrits, avec une idée derrière la tête (autre que celle énoncée le 28/11) mais sans savoir vraiment si cette idée peut tenir la route…</div><div>- Personnages croisés : voir compatibilité avec le Patrick de Pascale et la Nina d’Élisabeth ; sœur de Patrick (personnage à venir) : voir si personnage pioché d’une autre histoire</div><div>- Voir l’histoire autour de Lucile développée par Laurence (vœu ruches)</div><div>- Pistes de développement : Lucile, frère/sœur (Patrick et X / Chateaubriand et Lucile), abeilles (vœux)/insectes, temporalités</div><div>- Tout ceci soumis aux aléas du non encore connu !</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-02 14:04:52 UTC</pubDate>
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         <title>La disparition</title>
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         <description><![CDATA[<div> </div><div>Patrick s’ était entiché  de cette belle jeune femme un peu mystérieuse,lors de leur echanges et de leurs joutes verbales.</div><div> Il  ne remarqua pas cette singularité vestimentaire ,il ne vit  que </div><div>yeux et ses longs cils dorés. Son corps délié ,flottait  sur la pelouse pres des rhododendrons,elle se mouvait comme une elfe, d’où lui venait cette faculté ?<br> Nous savions tous que Nina aimait la couleur violette,le violet profond, pas cette couleur mievre dont se paraient les grands meres ,ce mauve delavé ,dont les coiffeurs usaient pour rajeunir les cheveux blancs de nos mamies .<br> Aujourd’hui   ,nous l avions rencontree toute guillerette ,elle arborait une splendide robe portefeuille d un ton doux et chaud qui plairait à l homme ,celui qui l attendait pres du rhododendron.Il lui avait offert une amethyste qu elle portait toujours los de leur rencontre.Lui aussi savait et connaissait son addictionà la couleur violette ..C ‘était irrepressible</div><div>Nina ,Nina ,tu nous manques avec ton air déluré qui ne laissait nullement presager la gravité de tes pensées.Parée comme une dame ,il ne lui manquait plus que la voilette violette !Curieux la similitude !!</div><div>Pourquoi pas une ombre en violet ? A-t-elle un reflet ?</div><div>L’ombre de ta jumelle Violette disparut trop tot .Nous savions . Nous divaguons ..Nous nous «égarons ..</div><div>Retenez bien toutefois que la belle Nina aime le violet des rhododendrons .C est la seule verité que nous voulions connaitre</div><div> </div><div> Bien sur  ,il ne pouvait pas savoir ce qui impregnait son histoire faite de ces drames qui vous faconnent de géneration en génération.Oui elle avait aimé à en perdre la raison cette sœur disparue des années plus tot à l etranger .Disparue sans laisser de traces on ne sait ou .</div><div> C’est vrai qu en fouinant dans ses écrits ,elle avait compris tardivement qu’elle était partie  sur la piste de François René de Chateaubriand .</div><div> Adolescentes toutes deux  étaient tombées raides et passionnément amoureuses de cet écrivain voyageur.</div><div> </div><div> Sans aucun doute, elles iraient ensemble en Louisiane ,s’étaient elles </div><div>promis !</div><div> Puis ,un jour Violette s’envola ..on peut le dire elle s’evapora…</div><div>Nina resta inconsolable , depuis lors elle se vetit exclusivement de cette couleur hideuse qu’était le mauve .<br> C est à  ce moment précis  que Patrick fit sa connaissance  pres des rhododendrons à la Vallée aux loups .Il apprit bien plus tard qu elle y passait ses journées  .Il prit l habitude  de la retrouver chaque samedi pour un thé avec la petite  bande que nous formions .De leur échange naquit un amour sincere et profond .</div><div>Mais elle ne se dévoilait jamais…puis une semaine  par un jour d aout 2005 elle s’envola à la recherche de sa tendre sœur ,elle s’évapora à la recherche de François René.</div><div> </div><div>Nous avons pu reconstituer son histoire qui la mena à la Nouvelle Orleans ,car elle avait appris par olivia et la bibliotheque de la Vallée aux loups que François rené s était embarqué vers les Ameriques pour etudier les Natchez  et y rencontrer Atala . Si elle avait compris cela ,Violette l avait imaginé bien avant elle .</div><div>Nina mit quelques semaines à preparer son expedition ,à constituer la liste des contacts dont elle aurait besoin sur place ..On lui parla d un personnage à moitie policier ,à moitié professeur de littérature ,je crois qu il se prenommait Chat ‘ .Tout un programme ! </div><div>Donc elle reserva un avion pour la Nouvelle Orleans le 22 Aout</div><div>Sans rien dire ….</div><div>A son atterissage ,elle remarqua une agitation inhabituelle, elle rejoignit son hotel  bien decidée à contacter immediatement Chat ..</div><div>Certes le ciel était menaçant d un noir d encre ,des rafales de vent la faisait vaciller .Les rares touristes qu elle croisa lui firent des gestes e ,elle s’ecroula sur son lit d un sommeil de plomb sans avoir appeler son contact !</div><div>Des cris ,des hurlements la reveillerent quelques heures plus tard.. Elle mit deux minutes à ouvrir les yeux et se mettre à la fenetre .Nous etions le 23 aout 2005  et l ouragan Katarina se dechainait sur les cotes de la Louisiane </div><div>Sa petite histoire était enrolée par la force de ces tornades dans un drame national… S oublierait elle , ou survivrait elle ?<br><br><br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-02 16:05:11 UTC</pubDate>
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         <title>podcaster sur France culture l </title>
         <author></author>
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         <description><![CDATA[<div>LA salle des machines <br>Mathias Enart le dimanche à 17 h</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-02 16:12:15 UTC</pubDate>
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         <title>Jeux</title>
         <author></author>
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         <description><![CDATA[<div>En s’approchant de la scène de crime, la silhouette que Fanny avait prise pour une enquêtrice se révéla être un homme. Cela ne changeait rien, c’était la même recherche de toute façon, lui aussi était en quête d’indices, de détails, de ce qui lui sauterait peut-être aux yeux. Non, ça, ça se produisait uniquement dans les séries !</div><div> </div><div>Dans la quête, l’enquête, il fallait prendre son temps, explorer, fouiller, soupeser ce qui intuitivement paraissait être un élément déterminant, pour comprendre, pour saisir une clef qui lui permettrait de remonter tout le cheminement et d’accéder à LA vérité, si tant est qu’il n’y en ait qu’une. </div><div> </div><div>Tout cela n’est pas très loin d’un travail sur soi finalement, songea Fanny. Elle aussi menait l’enquête, mais pas sur un crime, sur elle-même. Et ce n’était pas plus simple. Elle aurait bien demandé son aide à Chat’, comme elle l’entendit se faire interpeller. Mais un policier lui interdit tout à coup de s’approcher davantage. Elle continua à contempler la scène, à distance.</div><div> </div><div>De toute façon, il était temps qu’elle parte. Que faisait-elle là à jouer les voyeuses, les intruses ?</div><div> </div><div>Il était grand temps de rejoindre l’aéroport pour rentrer à Paris. Ce voyage en Louisiane avait été un enchantement. Le seul bémol, c’était les insectes. Elle avait largement sous-estimé leur nombre et leur capacité de nuire. Et de lui faire peur. Surtout de lui faire peur. Elle en avait fait des cauchemars les premières nuits. Des cauchemars de bêtes grouillantes et hideuses, qui l’avaient ramenée à l’époque lointaine où elle vivait avec Jeff. Cela avait été le grand amour entre eux, la passion, mais Jeff avait des failles. Jeff était dangereux. Jeff était fou. </div><div> </div><div>« Tu es fou, lui disait-elle, attendrie et indulgente</div><div>- Fou de toi », lui répondait-il toujours.</div><div> </div><div>Jusqu’au jour où elle ne fut plus ni attendrie ni indulgente. Il avait commencé à sortir de plus en plus tard pour jouer de plus en plus gros. Pour finir, il ne leur restait plus qu’une voiture dans laquelle ils avaient entassé toutes leurs affaires. C’était allé très vite.</div><div> </div><div>Pendant cette funeste période, elle n’avait pas fait de cauchemar puisqu’elle n’arrivait tout simplement plus à s’endormir. Elle restait allongée, les yeux ouverts dans la nuit complète, seule, attendant et redoutant le retour de Jeff qui lui annoncerait, désinvolte, qu’il avait perdu la bague de sa grand-mère, à laquelle elle tenait par-dessus tout, mais qu’il allait la récupérer, qu’il se referait. Au début, elle le croyait.</div><div> </div><div>Les cauchemars étaient venus plus tard, lorsqu’elle l’avait quitté, lorsqu’elle s’était délivrée de lui. Des cauchemars de delirium tremens : elle avait la sensation physique des bestioles courant sur sa peau, cherchant à entrer dans sa bouche. Elle avait mis beaucoup de temps à s’apaiser. Plusieurs années plus tard, Patrick lui avait fait un bien fou sur ce plan-là, mais ce n’était pas lui qui l’avait guérie.</div><div> </div><div>Un bedeau rencontré à St Germain l’Auxerrois lui avait donné l’envie de chercher ses ancêtres. Un dérivatif d’abord mais elle avait vite compris qu’elle trouverait bien autre chose à la faveur de ses recherches. Elle avait fait les découvertes habituelles de métiers d’un autre temps, de géographies inconnues, avait parcouru des campagnes isolées, où elle cherchait vainement un signe de reconnaissance. Le basculement avait eu lieu lorsqu’elle avait abordé le sujet avec ses proches. Elle voulait enregistrer les souvenirs de son grand-père mais celui-ci s’était toujours dérobé.</div><div> </div><div>Fanny avait appris fortuitement quelques petits secrets de famille qu’elle pressentait sans que jamais personne ne les ait clairement énoncés. C’est en trouvant un petit carnet intime et des lettres de la grand-mère qu’elle n’avait pas connue, qu’elle avait commencé à comprendre les relations tissées avec son mari, ce fameux grand-père. Ce fut un choc. Lui, si adorable, si tendre et prévenant, avait sabordé sa famille, l’avait à l’époque menée au bord du gouffre. Elle ignorait tout de cette histoire ! Et à son insu, l’avait répétée dans les moindres détails.</div><div> </div><div>Les cauchemars l’assaillirent de nouveau à cette époque. L’araignée avait réussi à tisser sa toile jusqu’à elle. </div><div> </div><div>A l’aéroport, brusquement, lui revint en tête le marabout-de-ficelle que Patrick et elle pratiquaient à la Vallée aux Loups, comme s’il s’agissait d’une version assagie, édulcorée, inoffensive du jeu qui la terrorisait. Eux au moins avaient su transformer l’essai.</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-02 19:04:57 UTC</pubDate>
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         <title>sans titre encore</title>
         <author></author>
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         <description><![CDATA[<div>J’ai toujours aimé lire, toute petite déjà. C’est maman qui m’avait appris. Je les aimais, mes parents, et ils m’aimaient aussi. Et puis, il y a eu le malheur. J’avais 8 ans. Je jouais dans le jardin, malgré la défense de maman « tu vas prendre froid, nous sommes en automne, le jour tombe vite, la chaleur aussi, fais attention ». Ce sont les dernières paroles qu’elle m’ait dites – fais attention.</div><div>J’ai entendu un drôle de bruit, des craquements. Je me suis retournée et j’ai vu la maison devenir comme un coucher de soleil, mais très chaud. Et puis, j’ai entendu crier. Le temps que je comprenne, la voisine m’a arrachée du sol, arrachée de ma vie. J’ai hurlé. Elle m’a portée jusqu’à chez elle tandis que les hommes se passaient des seaux d’eau qu’ils jetaient sur le feu.</div><div>La voisine n’arrêtait pas de dire « ma pauvre petite, ma pauvre petite » … Elle parlait dans mon oreille et je n’aime pas ça. Elle me tenait serrée. Moi, je voulais revenir chez moi, voir, comprendre, me jeter dans les bras de maman.</div><div>A force de pleurer, à force de hurler, je me suis endormie.</div><div> </div><div>Il y a eu ce premier réveil dans un lit qui n’était pas le mien. </div><div>Il y a eu la voisine, les yeux rougis, me disant que les hommes n’avaient rien pu faire, que c’était fini, ma pauvre petite. </div><div>Il y a eu ce jour où je me suis échappée pour retrouver ma maison et que j’ai vu les murs noircis et les vitres brisées.</div><div>C’est le jour où j’ai compris.</div><div> </div><div>Après, mon oncle Isidore, que je n’avais jamais vu mais qui était le frère de ma mère, est venu me chercher. J’ai alors quitté la campagne pour Paris. Ça, j’en avais entendu parler, on disait que c’était une très grande ville, pleine de bousculades et de gens, pleine de voitures à chevaux et de belles dames. Mon oncle Isidore était riche et nous étions pauvres. C’était pour cela que nous n’allions jamais le voir. De quoi aurions-nous l’air, disait papa. </div><div>Nous sommes arrivés dans le Faubourg Saint-Germain, chez Isidore, et une domestique m’a conduite dans ce qui serait ma chambre.</div><div>Je n’ai rien dit. Je ne savais pas ce qu’était une domestique, j’ai cru que cette grosse femme, Bertille, était ma tante. Heureusement, ce jour-là, je n’ai rien dit.</div><div>Mon oncle me faisait un peu peur, il était tout gris, ses cheveux, ses vêtements, et puis ses yeux, on aurait dit des éclairs. Maman aussi avait les yeux clairs, mais limpides et joyeux, on pouvait s’y perdre, on n’avait jamais peur. </div><div>-     Allons, mon enfant, ne craignez rien, vous êtes ici chez vous. D’ailleurs, vous êtes désormais ma seule famille depuis que ma chère Mathilde est morte. </div><div>Mathilde, c’était ma mère. J’ai bien failli pleurer quand il a prononcé son nom. Mais j’ai dit que, non, bien sûr, mon oncle, je n’ai pas peur. Ce n’était pas vrai. Sa maison était un hôtel particulier, tellement grand, tellement grand que je m’y perdrais un jour, c’était certain. J’ai vu aussi que Bertille n’était pas la seule domestique. Ils étaient plusieurs, des hommes et des femmes. C’est elle qui s’occuperait de moi. Elle disait qu’elle connaissait « monsieur Isidore » depuis très longtemps, depuis bien avant ma naissance. J’ai demandé pourquoi mon oncle n’était pas marié, elle a dit que sa femme était morte, qu’il ne fallait pas en parler. Jamais.</div><div>Il a fait venir une dame toute sèche pour m’apprendre l’histoire, la géographie et la grammaire. Il disait qu’il reconnaissait bien là sa bonne Mathilde, c’était bien d’elle, ça, de m’avoir appris à lire et qu’il fallait continuer. Il a dit à Bertille qu’il fallait me laisser aller dans la bibliothèque et lire ce que je voulais, même si j’étais une fille. Il m’a dit un jour que la dame toute sèche était polonaise et qu’ils s’étaient connus enfants.</div><div>Je passais des heures dans la bibliothèque. C’est la seule chose qui me faisait tenir en place. Je ne m’ennuyais jamais, même si Bertille disait qu’il faudrait que je voie du monde et qu’elle en parlerait à monsieur Isidore, qui n’était pas raisonnable, parce qu’une fille doit d’abord penser à se marier avant de lire des livres. Est-ce qu’il voulait que je finisse comme Wanda, la dame toute sèche, qui me donnait mes leçons, seule avec mes livres ?</div><div>S’il l’entendait, Isidore s’énervait et ses yeux gris lançaient des éclairs verts. Moi, je ne disais rien, mais je préférais rester dans la bibliothèque avec ma robe marron qui agaçait Bertille, parce qu’une jeune fille doit porter des couleurs claires et qu’une jeune fille doit d’abord penser à se marier ! Nous nous disputions sans cesse, mais nous nous aimions beaucoup. Que serais-je devenue sans elle ? Bien plus qu’à mon oncle Isidore, c’est à elle que je dois d’être restée en vie.</div><div> </div><div>A mes 18 ans, j’eu le droit d’aller de temps en temps avec mon oncle dans son échoppe. Je ne devais pas entrer dans l’atelier. Les montres, une fois ouvertes, étaient trop fragiles, je risquais les bêtises. Il n’oubliait pas que, lorsque j’étais enfant, on m’appelait la petite gigoteuse. On verrait plus tard. Mais j’accueillais les gens et j’allais chercher leur veste et leur canne quand ils voulaient partir. J’allais chercher leur montre aussi, quand elle était prête. Personne ne faisait vraiment attention à moi.</div><div> </div><div>Un soir mon oncle remonta de son travail en proie à une grande agitation. Est-ce que j’avais noté, dans son échoppe, cette gravure représentant des bouleaux de Poméranie, l’un de seuls biens qu’il lui restait de sa famille polonaise ?</div><div>-     Oui, bien sûr, mon oncle, je connais cette gravure. Mais je ne vois pas…</div><div>-     Eh bien, savez-vous qui, pas plus tard que cet après-midi, l’a admirée ?</div><div>-     Non mon oncle, comment voulez-vous ? Je suis restée en haut toute la journée. Bertille a fait venir une couturière, parce qu’elle pense qu’une jeune fille…</div><div>-     Que m’importe ce que pense Bertille ? Connaissez-vous monsieur de Chateaubriand ?</div><div>-     Oui, mon oncle, je le connais, c’est un écrivain et je sais que ma mère aimait lire ses œuvres. Et à qui pensez-vous que je doive mon prénom ?</div><div>Mais Isidore n’écoutait rien. Il racontait que monsieur le vicomte était bien plus qu’un écrivain, qu’il avait été ambassadeur et ministre, qu’il était Pair de France. Figurez-vous que cet homme a parcouru le monde et connaît les Amériques. Vous rendez-vous compte, ma nièce, les Amériques ! Et dans mon échoppe !</div><div>-     Oui, mon oncle. </div><div>J’avais lu les livres de monsieur de Chateaubriand et j’avais vu la gravure du portrait que Girodet en avait fait, celle où portait ses cheveux frisés ramenés vers l’avant et avait le regard fiévreux. Quels orages passaient sur son front ! Mon oncle avait de la chance.</div><div> </div><div>Désormais, il ne se passait pas de semaine sans que mon oncle ne me rapporte sa conversation avec celui que parfois même il appelait « mon ami Chateaubriand ».</div><div>Vint le jour où l’écrivain invita l’horloger à se rendre dans son domaine, bizarrement nommé la Vallée aux Loups. Il lui montrerait les arbres qu’il avait lui-même plantés…</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-02 19:06:30 UTC</pubDate>
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         <title>si vous n&#39;avez pas écouté Anouk Grinberg chez Augustin Trapenard (il faut copier-coller le lien)</title>
         <author></author>
         <link>https://padlet.com/atelierenrouelibre/yxisv25u2v8ukty4/wish/981315228</link>
         <description><![CDATA[<div> <a href="https://www.franceinter.fr/culture/anouk-grinberg-quelle-merde-le-pouvoir-quel-gachis-ca-pourrait-etre-si-beau-de-faire-un-monde">https://www.franceinter.fr/culture/anouk-grinberg-quelle-merde-le-pouvoir-quel-gachis-ca-pourrait-etre-si-beau-de-faire-un-monde</a> </div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-02 19:10:09 UTC</pubDate>
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         <title>De l&#39;autre côté</title>
         <author></author>
         <link>https://padlet.com/atelierenrouelibre/yxisv25u2v8ukty4/wish/981510055</link>
         <description><![CDATA[<div>Le kangourou s’est aventuré dans la Vallée aux Loups. De rebond en rebond, il a suivi le cours de la pente jusqu’à croiser l’entrée du parc. Eudore se prélassait au soleil hivernal, étendu sur la margelle de la guérite d’entrée. L’éclat rouge d’une première fleur de rhododendron a piqué la curiosité de notre kangourou, qui est entré d’un bond. Eudore l’a dévisagé d’un air incrédule, avant d’adresser la parole à ce visiteur impromptu : « Tu sais, là-haut, dans la maison, il y a une bande de gens curieux. Je suis certain qu’ils te donneront un rôle à jouer si tu leur rends visite. Moi, ça fait longtemps qu’ils me sèment au gré de leurs élucubrations… »<br><br></div><div>                Le kangourou a soulevé sa tête d’un air interrogatif. Pouvait-il faire confiance à un chat qui parle ? Mais la curiosité a, de nouveau, été la plus forte, et, de quelques bonds, il a rejoint Eudore sur le sentier forestier, pour déboucher soudain face à une grande maison. Il s’est dissimulé derrière un gros rhododendron, et a examiné l’intérieur à travers un fenêtre : une méridienne, une lyre… Que d’énigmes à déchiffrer !<br><br>Alors qu’il était encore tapi derrière le massif de rhododendron, le couple est arrivé : lui, imposant et moustachu, elle petite et rondelette, tous deux toujours fidèles à leur rituel : « Rhododendron ! Dinde aux marrons ! » … Les curieux se regroupaient et notre kangourou se faisait de plus en plus petit, soudain inquiet de s’être fait piéger en ce lieu. <br><br></div><div>                « Psitt !... Psitt ! ... » Ce discret appel s’adressait à lui, il en était sûr ! Mais d’où venait-il ? Il mit un certain temps à découvrir le visage de la cariatide. Il avait d’abord pensé qu’il ne s’agissait que d’une partie de la maison… D’un regard persuasif, elle lui fit comprendre qu’il fallait l’imiter, se résoudre à l’immobilisme, le temps que tout se passe. <br><br></div><div>« Ils finiront bien par quitter le parc, et alors je te montrerai la sortie, celle du fond, dont je suis la seule à avoir la clé… »<br><br></div><div>                Il faisait nuit quand notre kangourou enfin libre pu s’échapper vers le Parc de la Vallée aux Loups. <br><br></div><div>Ainsi nous pensons bien connaitre, désormais, notre Kangourou, à la foi curieux de tout, mais parfois si froussard. Nous savons tout de la relation qu’il entretient avec la Cariatide, depuis qu’elle l’a habilement tiré de la mauvaise passe où sa curiosité l’avait conduit. Qui parmi vous n’a pas aperçu un jour ou l’autre notre Kangourou déambulant dans le parc de la Maison de Chateaubriand, bras dessus dessous avec sa chère Cariatide ?<br><br></div><div>Mais ce que certains d’entre vous connaissent peut-être moins, ce sont les relations difficiles de notre ami Kangourou avec l’Horloger de Chateaubriand. Vous aurez certainement noté que notre Kangourou est parfois très susceptible. Pour celles et ceux à qui cela aurait échappé, je vous renvoie à leur première rencontre, lorsque le Kangourou venait faire réparer sa montre à gousset. Rappelez-vous de sa tête lorsque l’Horloger lui avait malicieusement dit qu’il ne manquait pas de ressort. Il avait ce sourire forcé que parfois on prend pour ne pas perdre la face, pour rester poli, mais dont on sent tout de suite qu’il sonne faux, qu’il dissimule un rire jaune en son for intérieur. Ajoutez à cela un regard sourcilleux et des pupilles qui lancent des étincelles, dans un dessin animé on verrait sans doute des poignards sortir de ses yeux… Une tête comme celle-là en dit long sur le caractère d’un personnage, n’est-ce pas ? <br><br></div><div>Et bien, notre Kangourou n’en est pas resté là ! Approchons-nous silencieusement de la scène…<br><br></div><div>Comme à son habitude, le Kangourou s’est dissimulé dans le massif de rhododendrons pour observer ce qui se passe à l’intérieur de la maison. Toujours cette satanée curiosité, me direz-vous ! Mais aujourd’hui il a passé tant de temps dans son observatoire, qu’il a fini par s’y assoupir. Et c’est dans un demi-sommeil que nous le rejoignons sans bruit. Voici que s’approche de la fenêtre entr’ouverte l’Horloger, irrésistiblement attiré par Eudore qui se prélasse voluptueusement sur le rebord. Voyez la main de l’Horloger glisser avec délicatesse sur le poil soyeux d’Eudore. Tendons l’oreille, je crois qu’il va parler… « Eudore, mon cher vieux sage, te voici donc ! J’ignore si tu apprécies mes caresses autant qu’elles ne m’apportent de bienfaits… Tu es bien la seule personne ici à qui l’on puisse tout dire sans se sentir jugé ! Tiens, prends par exemple le Kangourou, il suffit de faire une petite plaisanterie pour qu’il nous fasse une tronche assassine. Il m’aurait presque fait peur. Pourtant ce n’était qu’une plaisanterie sans méchanceté, presque fine même, non ? ... » Laissons là les confidences de l’Horloger et concentrons-nous sur les paupières de notre kangourou. Les voyez-vous frémir d’un éclat sombre ? Et, sa bouche, regardez bien sa bouche. Elle se tord du même rictus que l’autre jour, n’est-ce pas ? Oui, définitivement notre Kangourou est salement susceptible. Il va falloir se méfier de ce personnage si vous voulez mon avis ! <br><br></div><div><br><br></div><div>La nuit qui a suivi cet incident, notre Kangourou, ne trouvait pas le sommeil. Dès qu’il tentait de fermer l’œil, l’image de l’Horloger lui revenait, ses yeux pâles riant en tous sens tandis qu’il agite la montre à gousset comme on agite la queue du Polichinelle sur les manèges d’enfants, la faisant passer à portée de ses pattes dans une cascade de rires tonitruants pour la retirer immédiatement. Après plusieurs tentatives avortées, et bouillonnant d’une rage sourde, notre Kangourou s’élance alors dans le Parc. On allait voir s’il a du ressort !<br><br></div><div>Ce ne sont plus les rebonds joyeux qui ont fait le bonheur des promeneurs et attisé la curiosité des enfants, ce n’est pas non plus le pas de deux qu’il a eu plaisir à esquisser avec son amie Cariatide. Non, comme vous le voyez, ce sont des bonds déterminés, des bonds puissants qui laissent sa colère se développer, nourrie par l’énergie qu’il déploie. Chaque saut l’amène un peu plus haut dans sa course éperdue. Il aurait ainsi pu voir ce qu’il allait advenir, me direz-vous ? Mais son regard n’est pas tourné vers ses compagnons interloqués, son regard est obscurci par la noirceur de ses émotions, son regard, de fait, ne lui est plus d’aucune utilité ! Il n’entend pas plus les avertissements bougons du cyprès chauve, ni le chant céleste de la cariatide à son intention, son ouïe non plus ne lui est d’aucune utilité, envahie par le grondement assourdissant de sa furie. <br><br></div><div>Dans un ultime bondissement enragé, il plonge directement dans le bayou lascivement étalé au pied du cyprès chauve. Le choc avec l’eau boueuse est à l’image de ce dernier bond : violent et saisissant.<br><br></div><div>Il ne lui faut que quelques secondes pour reprendre contact avec la réalité : il est empêtré dans un marécage qui lui monte jusqu’au cou, tandis que le regard impénétrable d’un alligator le dévisage de près. Pour peu, il pourrait sentir le souffle du saurien, tant leur vis-à-vis est proche, mais ce qui l’envahit en premier c’est l’odeur moite et putride du lieu, une odeur de mort. <br><br></div><div>Le malaise cède immédiatement place à un sursaut vital. Il n’est certes pas expert en saurien, mais un « je-ne-sais-quoi » lui dit qu’il ne serait pas judicieux de s’éterniser dans ce vis-à-vis. La boue poisseuse emprisonne ses muscles bandés, mais bien heureusement, il lui reste encore assez de colère rentrée pour y puiser l’énergie d’une fuite. Dans une succession de mouvements, que nous préfèrerons oublier tant ils sont désordonnés, pathétiques, à la limite du comique, il réussit à s’extirper de cette mélasse herbue, à s’agripper et se hisser sur un tronc d’arbre dénudé plongeant dans le bayou pour regagner la berge.<br><br></div><div>Il halète tel un marathonien de fin de peloton, mais trouve la force de s’assurer, d’un regard arrière, des intentions de l’alligator. Ce dernier, toujours aussi empreint d’indifférence, nage paisiblement le long de l’autre berge, sans manifester le moindre intérêt à son égard. Un soupir de soulagement lui fait baisser la garde et relâcher enfin la tension extrême dans laquelle il s’était emmuré, quand il capte subitement dans son champ de vision une étincelle qui appelle de nouveau sa plus grande vigilance. Quelque part devant lui, masqué par les branchages entremêlés des tupelo gommiers et des cyprès chauves, il devine la présence d’une nouvelle menace. <br><br></div><div>Par petits bonds prudents dans cet entrelacs de branchages et d’herbes touffues, il s’approche maintenant de l’éclat scintillant, pour découvrir un homme tout habillé de vert et de gris, qui se dissimule devant un appareil étrange à ses yeux : muni d’un canon beaucoup plus gros que tous les fusils de sa connaissance, il est planté sur un trépied, et il émet à intervalles irréguliers un petit bruit de « clic-clac ». D’ailleurs ces petits bruits se sont accéléré à son approche, jusqu’à ce qu’il envoie ledit appareil valser dans les branchages d’un coup de patte puissant. <br><br></div><div>La suite s’est passé tellement vite que notre Kangourou dira n’en avoir gardé aucun souvenir !<br><br></div><div>Nous ne lui ferons donc pas l’offense de lui décrire sa stupéfaction lorsqu’il croisa, derrière l’appareil écarté, les yeux gris pâle, d’un reflet magnifique, du photographe décontenancé. Ce dernier ne comprit probablement pas en quoi son regard si clair, si doux, si beau, déclencha l’avalanche de coups de l’animal dressé en face de lui. S’appuyant fermement sur sa queue arrière déployée dans toute sa vigueur et sur ses deux pattes arrière, ce trépied du genre marsupial déversa une suite enragée de coup de poings sur sa malheureuse caboche réduite à la fonction de punching-ball. Il ne fallut qu’une poignée de secondes à notre Kangourou pour laisser s’échapper ainsi toute la colère qui l’habitait depuis des heures.<br><br></div><div>Après quoi, nous le regardons maintenant s’éloigner tranquillement de l’homme gisant au sol, comme si rien de tout cela ne s’était passé. Il goûte quelques branchages pour voir s’ils sont à son goût. Il ne semble nullement inquiet de ce nouvel environnement, une forme de  bonhommie semble même l’habiter tandis qu’il s’éloigne gaiement du lieu de son forfait.<br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-02 19:56:02 UTC</pubDate>
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         <title>Robert Burns</title>
         <author></author>
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         <description><![CDATA[<div>Robert Burns (1759 – 1796)</div><div>Poète écossais, s’exprimant dans le dialecte écossais, the Scots.</div><div>Il est le symbole de l’Ecosse, encore appelé « le Barde ».</div><div>Il est considéré comme le pionnier du romantisme.</div><div>Il chante la campagne, la nature, la culture populaire.</div><div>Nous connaissons tous Auld Lang Syne « ce n’est qu’un au revoir… ».</div><div> </div><div>A Red, Red Rose (1794)</div><div>Oh mon amour est comme une rose vermeille,</div><div>Qui est fraîchement éclose</div><div>Oh mon amour est comme une mélodie,</div><div>Que l’on chantonne à l’unisson</div><div> </div><div>Tu es si belle, ma jolie jeune fille</div><div>Si profond est mon amour ;</div><div>Que je t’aimerai encore, ma chérie,</div><div>Lorsque les mers s’assècheront ;</div><div> </div><div>Lorsque les mers s’assècheront ;</div><div>Et que les rochers fondront au soleil,</div><div>Je t’aimerai encore, ma chérie,</div><div>Tandis que les sables de vie s’éparpilleront</div><div> </div><div>Et porte toi bien, mon unique amour</div><div>Et porte toi bien dans l’entre temps !</div><div>Et je reviendrai mon amour,</div><div>Quand bien même il y aurait dix mille miles.</div><div> </div><div> </div><div>Ballade du Loch Lomond</div><div>Be yon bonnie banks and be yon bonnie braes</div><div>En passant par les belles rives et les belles collines</div><div> </div><div>En passant par les belles rives et les belles collines</div><div>Là où brille le soleil sur le Loch Lomond<br> Où nous avons tous deux passé tant de jours merveilleux<br> Sur les belles rives du Loch Lomond<br> <br> </div><div>Oh tu prendras la route du haut et je prendrai la route du bas<br> Et je serai en Ecosse avant toi<br> Mais moi et mon amour sincère jamais plus ne nous retrouverons<br> Sur les belles vives du Loch Lomond</div><div><br> Je songe à l'endroit où nous nous sommes séparés dans le vallon ombragé<br> Sur le versant très escarpé de Ben Lomond<br> Où dans la teinte mauve, nous voyons les collines des Highlands<br> Et la lune qui sort brillante à l’heure du berger<br> <br> </div><div>Oh tu prendras la route du haut et je prendrai la route du bas<br> Et je serai en Ecosse avant toi<br> Mais moi et mon amour sincère jamais plus ne nous retrouverons<br> Sur les belles rives du Loch Lomond</div><div><br> Sur les si belles rives du Loch Lomond<br> L’oiselet peut chanter et les fleurs sauvages éclore<br> Et sous le soleil les eaux dormir<br> Le cœur brisé ne connaîtra pas le retour d’un second printemps<br> <br> Et le monde ne connaît pas l’ampleur de notre chagrin<br> <br> </div><div>Oh tu prendras la route du haut et je prendrai la route du bas<br> Et je serai en Ecosse avant toi<br> Mais moi et mon amour sincère jamais plus ne nous retrouverons<br> Sur les belles rives du Loch Lomond</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-02 20:59:41 UTC</pubDate>
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         <title>Cariatides</title>
         <author></author>
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         <description><![CDATA[Approchons-nous des cariatides.
« Ces deux cariatides appartenaient au portique nord du Parthénon à Athènes, et elles tombèrent lors du tremblement de terre de 1805. Chateaubriand les rapporta et les installa sur le versant sud de sa demeure de la Vallée-aux-Loups », lit-on sur l’encadré. 
C’est ainsi que les deux cariatides sont sorties de leur éternité.
Pour elles, la vraie vie a commencé à la Vallée-aux-Loups.
Au début, elles partageaient la même pose, la même couche, et tout ça, et cela leur convenait bien tant qu’elles étaient jeunes pour s’inventer des histoires, et particulièrement des bêtises, comme poser des lapins à Eudore ou attraper des lurettes. 
L’une, Athénia, était brouillon et associable, l’autre, Héléna, était ordonnée, malicieuse et mystérieuse. 
Aussi leur complicité s’effrita lorsqu’elles acquirent leur indépendance à l’adolescence. 
Alors Athénia sembla tourner en rond pour prendre toutes les mauvaises bifurcations, d’autant qu’elle développait un caractère un tant soit peu guerrier et aussi grognon que le cyprès chauve. 
Tandis qu’Héléna traça une ligne originale qui sublima la vie à la Vallée-aux-Loups.
Mais ce n’est pas encore l’heure d’en parler.
Pour l’heure, les deux cariatides devinrent des sœurs ennemies. On dit Caïn et Abel, pour des frères jumeaux, on dira Athénia et Héléna, pour des sœurs jumelles. Si bien que pour calmer la haine vivace et constante entre elles, Chateaubriand figea Athénia sur place, limitant son rayon d’action à la surveillance oculaire et statique des allées et venues des visiteurs autour du parc et sur la terrasse, assistée d’Eudore, et des plus conciliants des arbres et arbustes, nombre de sujets préférant somnoler toute la journée. Y aurait-il une raison à cela ? 
Ainsi Héléna eut définitivement toute latitude pour entreprendre ses activités fantasques. 
Ajoutons qu’Héléna est fort jolie. De marbre, Héléna est d’un grain rosé si fin que l’on en ferait presque un sujet vivant, voluptueux et séduisant, si nous n’avions pas déjà pensé en faire un personnage animé le temps de ce livre.
D’ailleurs, Madame de Récamier avait un attrait prononcé pour son visage au sourire mystérieux et elle essayait de l’imiter lors de ses longues pauses sur sa méridienne ! 

Il advint qu’Héléna eut rapidement la préférence du maître des lieux, en l’absence de Juliette. Mais n’anticipons pas.
Non sans obligations ni plaisirs, Héléna a toutefois un hobby. Elle est familière des oiseaux qui séjournent dans le parc, les alouettes et les tourterelles, les grives musiciennes. Et elle les rassemble souvent autour d’elle pour former le « chœur des oiseaux », à 17 heures, avant que s’annonce le déclin du jour. 
A l’instant, Eudore ressort du grand salon. Quoi ? Vous avez dit « ressort » ? (&gt; Olivier) Le kangourou ! Pensons-nous soudain, tout comme Eudore, qui l’attend. Ce dernier est late depuis qu’il a déposé sa montre à gousset chez Monsieur Isidore Komboursky, l’horloger. (&gt; Fabienne)
A l’instant, c’est l’heure du five o’clock tea, et le temps passant, le chat abandonne l’idée de prendre a cup o’ tea avec son ami le kangourou. 
Alors Eudore rejoint sans tarder Héléna car il aime autant qu’elle le chœur des oiseaux. Pas pour les mêmes raisons, avouons-le. En effet, Héléna est mélomane tandis qu’Eudore a des rêves félins. 
Lorsque les oiseaux chantent « alouette, je te plumerai… », il en bave d’envie. Il imagine toujours que l’une d’elles tombe raide à ses pattes dans un tourbillon de plumes. 
A ce moment précis, nous entendons Héléna rire, de son rire cristallin qui tintinnabule et ricoche en écho aux quatre coins de la vaste prairie. 

Ne mésestimons pas le penchant amoureux qu’entretient le kangourou à l’égard d’Héléna. (&gt; Dominique) Ils s’entendent à merveille pour susciter la gaieté nocturne dans le parc. Soyez sans impatience. Nous y viendrons en temps voulu. 

Vous n’êtes pas sans savoir que François-René de Chateaubriand fut un grand voyageur. Mais avez-vous idée de ce qu’il rapportait de ses voyages ? Voyageant léger, il eut l’idée ingénieuse de rapporter des graines végétales pour orner son parc de la Vallée-aux-Loups. 
De son voyage en Louisiane, il rapporta des graines de cyprès chauve, de son séjour en Italie, des graines de magnolia, de Grèce, des graines de bougainvillier, du Liban, des graines de cèdre, sans oublier les graines de rhododendron, d’ici sa Bretagne natale, et d’ailleurs – taisons cela pour l’instant -…
Ainsi chaque voyage lui permit d’enrichir la flore de son parc, faisant de ce lieu une œuvre luxuriante et le support authentique de ses récits, rassemblés en germe dans la terre de son domaine. 

Parmi les arbres rassemblés au Parc de la Vallée-aux-Loups, il est un sujet fort singulier. Il se sent seul, il est soucieux. Il hèle le kangourou, joyeux compagnon, lorsqu’il fait son jogging matinal, en ayant perdu l’heure et sans doute le nord. (&gt; Olivier) Ça vaut bien les Indiens Natchez ! Il songe au passé, s’ennuie de François-René. Il interpelle Eudore, à la mémoire millénaire, qui a gambadé dans les jambes de son maître, l’a fait trébucher lorsqu’il ne pensait qu’à ses arbres, prenant en compte leur envergure florale et racinaire. 
Des racines aériennes bien pratiques comme sièges lors des concerts nocturnes, s’exclame Eudore, qui n’en peut plus de ce rabat-joie. 
Remarque-le quand même, continue-t-il. Ton regard ne quitte pas les séduisantes cariatides, qui ne peuvent que te faire fantasmer pour les quelques deux cents ans qu’il te reste à vivre. Tu geins encore ? Enfin, tu te dérides. Quel grognon tu fais !  

Ce soir, les grilles du parc se referment.
A notre grand étonnement, Eudore, le chat du domaine, orchestre alors de sa truffe ridée une bien étrange pantomime, allongé sur la méridienne adossée aux ruches (&gt; Pascale). 
Eudore intime au kangourou de danser avec la cariatide un slow qui les mène au pied du cyprès chauve de Louisiane.
Car cette nuit, c’est ici que le décor est planté. 
Autour du cyprès, le sol ramollit et devient mangrove. Le marécage frissonne et la tête du crocodile affleure à la surface de l’eau. Il est prêt, à l’affut de la proie. Pourquoi pas ce chat sauvage aux yeux jaunes, les oreilles dressées, tapi sur la fourche d’une haute branche du cyprès chauve ? (&gt; Anne-Cécile) Ou bien ce matou qui siège en maître sur la méridienne ?
Eudore émet un miaulement langoureux. Le parc allume toutes ses lucioles.
Alors, de la profondeur du feuillage surgit une chaude voix râpeuse – serait-ce Louis Armstrong ?- qui chante un long récital de jazz. 

Que dirons-nous, à présent, du rhododendron lilas qui se déploie face aux cariatides, en haut de la prairie.
Ses graines pourraient venir de Bretagne. Mais non. Dans ses Mémoires d’Outre-tombe, Chateaubriand y fait une brève allusion. Lorsqu’il était ambassadeur à Londres, François-René ne manqua pas de visiter l’Ecosse et de se promener à Luss, sur la rive est du Loch Lomond, là même où il collecta les graines. 
Actuellement, le massif est luxuriant. C’est pourquoi, ce soir, Eudore élit les rhododendrons comme site musical, lorsque le parc ferme ses grilles, 
Eudore approche la méridienne des rhododendrons et ouvre le spectacle d’un frémissement de truffe.
Les lucioles font le focus sur les rhododendrons.
Au pied des rhododendrons, la voûte céleste s’ouvre,
Le firmament déploie des lueurs de ciels aux gris nuages galopants, 
Qui émettent un reflet chatoyant sur le Loch Lomond,
Écrin scintillant bordé de hautes collines.
La lande fleurie se saupoudre de moutons et de pierres blanches
Puis la nature suspend son fracas venteux. Le silence s’abat sur la scène. 
Alors Héléna et le kangourou entament avec vigueur une danse des Highlands.
Ensuite, depuis le tréfonds du buisson épanoui, la harpe celtique égrène ses sons cristallins sur l’air bien connu de la ballade du Loch Lomond « Beyond bonnie banks and beyond bonnie braes, where the sun shines bright on Loch Lomond… », dont les paroles sont si émouvantes que tous et toutes sortent leur mouchoir en dentelle du Puy afin d’y recueillir leurs larmes émues.
Puis la voûte céleste se referme et ramène la lumière laiteuse de la lune sur la prairie. Le concert est terminé.
Le repos nocturne s’installe sur le parc et dans la demeure, Héléna retrouve son portique, ou du moins, le croyons-nous…
Ce que nous avons dit d’Héléna jusqu’à présent n’est que sa vérité visible et avouée.
Maintenant, vous commencez à le deviner. François-René s’est épris de la jolie cariatide, aussi blonde aux yeux clairs que Juliette est brune aux yeux d’opale.
François-René a suivi le spectacle écossais de loin. Bouleversé, il rentre et … laisse la porte-fenêtre entrouverte, ce qui signifie que Juliette est absente et qu’Héléna sera la belle de la nuit.
Haletante, Héléna rejoint François-René dans la chambre à la méridienne. 
Ainsi allongée sur la méridienne, Héléna est toute aux paroles de François-René qui lui lit les poésies du barde romantique écossais Robert Burns, « my love is like a red red rose » en lui tenant la main. Et peut-être quoique… Nous jetterons un voile pudique sur la scène suivante.
Aux premières lueurs de l’aube, lorsque le soleil rosit le parc, il est grand temps qu’Héléna s’en retourne. Telle une adolescente qui rentre sur la pointe des pieds en tenant ses souliers à la main, après une fugue nocturne qu’elle veut garder secrète, elle prend soin de n’éveiller personne. Elle pose le coussin sur sa tête, se cale sous le portique de la demeure et s’immobilise, de marbre.
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         <pubDate>2020-12-02 21:04:21 UTC</pubDate>
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         <title>Lucile et Nougat</title>
         <author>atelierenrouelibre</author>
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         <description><![CDATA[<div><strong>Rhododendron</strong></div><div>Par un mystère que je n’explique pas Rhododendron m’a conduit directement aux dodos, les oiseaux (mais peut-être aussi le sommeil, allez savoir). Je crois pouvoir affirmer que dans le mot rhododendron se cache une colonie de dodos ayant échappé de peu à l’extermination. Les dodos n’ont pas disparu, ils ont été malins, il se sont cachés dans le mot rhododendron pour survivre. Quelle super idée de cachette ! On peut imaginer que le côté dodu de rhododendron avec ce triple D a été la raison de leur choix. </div><div> </div><div><strong>Barbe-à-Papa</strong></div><div>C’est le rose qu’elle a aux joues qui me surprend. Un rose barbe-a-papa. Tendre et voluptueux. Un rose qu’on a envie de lécher vous voyez ? Et c’est rare qu’on est envie de lécher les joues d’une morte. </div><div> </div><div><strong>Dodo</strong></div><div>C’est la pleine lune, le bon moment pour ouvrir le mot dodo (lui-même compris dans rhododendron) et y découvrir Lucile de Chateaubriand en train de piquer un petit som avec ses joues barbe-à-papa qu’on a envie de lécher. Dormir dans Dodo, des fois, faut faire simple. </div><div>Lucile n’est pas vraiment morte en 1804, elle s’est juste endormie au milieu de sa vie pour laisser le temps faire le point. Des fois le temps se suspend - et pas que dans les montres gousset – pour reprendre son souffle.</div><div> </div><div>Lucile se réveille un peu comme on tombe amoureux : par hasard. Aujourd’hui, le hasard s’est organisé avec un manège qui tourne en rond dans la vallée au loups. C’est un manège en bois, avec un kangourou au museau maléfique, un chat au pelage mystique, une dinde sans marrons, un cyprés chauve, un crocodile et un dodo. C’est un manège noctambule dont personne ne connait l’existence sauf Nougat, une petite fille aux bottines rouges. D’ailleurs la voici qui regarde Lucile qui s’étire dans le dodo du manège.</div><div>- Tu y crois toi à la ruche aux miracles ? demande Nougat qui n’y va jamais par quatre chemins.</div><div>Lucile, qui n’est plus surprise de rien, regarde cette petite fille qui est aussi très mal fagotée avec, mon dieu quel horreur, un pantalon d’homme tout crotté et un vulgaire imper de pêcheur. </div><div>- La ruche aux miracles, mademoiselle, je ne suis pas certaine de bien vous suivre.</div><div>- Bin y parait que comme on fait plus de vœux, nous les êtres humains de la terre, ce sont les abeilles qui font les vœux à notre place, tu crois que c’est vrai ou c’est comme le père Noël ?</div><div>- Excusez-moi mais je ne suis pas très au fait du Père Noël, non plus, c’est le curé de votre paroisse ?</div><div>- Tu sais pas qui c’est le Père Noël…</div><div>Nougat fronce ses sourcils en forme de serpent, puis rassurée par le rose barbe-à-papa qui glace les joues de Lucile, elle explique avec un ton de prédicatrice en cours de formation :</div><div>- En tout cas, il existe pas ce mec, tout le monde de fait croire que si pour te manipuler, alors attention, faut pas te laisser embobiner même si tu le vois en vrai dans la télé ça aussi c’est plein de fake ! Mais les abeilles, ça existe, on peut les voir du coup… je sais pas. </div><div>Lucile, ne comprend pas grand-chose à cette bobine de fake mais terminée à être vivante, elle décide de passer à l’action le plus vite possible. La vie c’est maintenant :</div><div>- Où peut-on les voir ses abeilles chère petite demoiselle ?</div><div>- Viens, suis-moi ! Faut passer derrière les rhododendrons.</div><div>Lucile, qui n’est plus vraiment morte et de plus en plus vivante, s’inquiète tout de même pour cette petite fille seule dans un parc au milieu de la nuit… ( aussi il faudra faire quelque chose pour cette histoire de pantalon mais chaque chose en son temps )</div><div>- Où sont vos parents petite demoiselle ?</div><div>- Ils dorment. </div><div>Lucile rassurée sort de DODO, traverse Rhododendron et se retrouve à nouveau De l’autre côté.</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-03 09:20:53 UTC</pubDate>
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         <title>Adel</title>
         <author></author>
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         <description><![CDATA[<div>Sarah a rencontré Adel à son travail. Sarah est bibliothécaire. Adel informaticien. Adel est marocain. Sarah française. Pipo est le chat de Sarah. Un chat adoré. Il est un peu sauvage. Très peureux. Mais très câlin aussi. Avec elle uniquement. Sarah parle beaucoup d’Adel à Pipo. Adel a plu tout de suite à Sarah. Au premier regard. Sa démarche, son rire. Mais elle met un point d’honneur à ne pas mélanger professionnel et personnel. <br><br></div><div>-      « Ca m’a déjà joué des tours, tu te rappelles mon chat ? »<br><br></div><div>Sarah déjeune régulièrement à la cafétéria. Adel est là lui aussi. Quand elle parle, elle ne regarde pas Adel dans les yeux. Il lui avouera plus tard qu’il avait l’impression d’une grande indifférence.<br><br></div><div>Ce soir Sarah est enjouée.<br><br></div><div>-      « Tu sais ce qu’il s’est passé aujourd’hui Pipo ? Je suis allée le voir dans son bureau. Je n’avais plus de connexion Internet… Pas le choix, n’est-ce pas ? »<br><br></div><div>Pipo regarde Sarah de son œil bleu azur. Attentif.<br><br></div><div>-      « Et bien tu vois, dix minutes plus tard il était devant mon ordinateur. Tu te rends compte ? On était seuls pour la première fois ! Alors il me demande mon code de session. Je lui donne bien sûr. Et là, pendant qu’il cherche l’origine du problème, il me demande si j’aime le cinéma, quel livre je suis en train de lire ! »<br><br></div><div>Adel dépasse le seuil de la relation professionnelle.<br><br></div><div>-      « Qu’est-ce que tu en penses Pipo ? Il paraît que plus de cinquante pourcent des gens se rencontrent sur leur lieu de travail. Bon, tu dis rien. Je sais ce que tu penses ».<br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-03 17:18:41 UTC</pubDate>
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         <title>C&#39;est dans la poche !</title>
         <author></author>
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         <description><![CDATA[<div><br>Le kangourou se dit : “c'est dans la poche !” </div><div><br>Il sortit la montre à gousset. L'horloger de Chateaubriand l'examina rapidement et la reposa sur le comptoir, sûr de lui. </div><div><br>-C'est une simple question de ressort. Pourtant vous n’en manquez pas ! L’horloger ne put dissimuler un léger sourire. </div><div><br>Le kangourou avait l'air agacé. </div><div><br>-Je plaisante, je vais changer le ressort et votre montre sera comme neuve, vous pourrez retourner en 2020 dans le bayou… </div><div><br>A ces mots, le visage du kangourou s’illumina. </div><div><br>-Si vous voulez faire un petit tour en attendant, je devrais avoir terminé dans une demi-heure. -Merci, je préfère attendre là. </div><div><br>Il était hors de question qu'il quitte sa précieuse montre des yeux. </div><div><br>Une vingtaine de minutes plus tard, il repartait en bondissant joyeusement, la montre bien calée au fond de sa poche. </div><div><br>Sur le moment, l’idée lui avait paru géniale. Il pouvait ainsi retourner dans le bayou et sans doute effacer toute trace indésirable... </div><div><br>Mais pendant la mauvaise nuit d’insomnie qui suivit, il commença à ruminer tout un tas de sombres pensées et envisager les pires scénarios. </div><div><br>Pourquoi avait-t-il parlé du bayou? Comment était-il au courant ? Et si jamais il parlait, on ferait vite le lien… Il fallait retourner voir cet horloger au plus vite et lui tirer les vers du nez. Épuisé, il nit par s’endormir au petit matin. </div><div><br>Quelques instants plus tard, le parc commence à s’éveiller, des mouvements sont perceptibles à côté du cyprès chauve... </div><div><br>C'est donc sur le cyprès que nous allons nous pencher maintenant si vous le voulez bien. On ne sait pas si c'est sa calvitie précoce qui lui donne cet air bougon. </div><div><br>Toujours est-il qu'en dépit d'une silhouette plutôt élancée et élégante qui devrait a priori l’aider à être bien dans son écorce, on a toujours l'impression de le déranger. Nous savons que quitter son bayou n’a pas été chose facile. </div><div><br>Mais après tant d'années passées à la Vallée-aux-Loups, il aurait pu faire quelques efforts pour s'acclimater. Tant d’autres de ses collègues ont bien su s’intégrer. </div><div><br>Il nous rappelle ces Anglais qui après 30 ans passés en France sont incapable d'articuler plus de 2 mots en français et se comportent comme des colons… </div><div><br>Le kangourou par exemple, ne nous impose pas une mine contrite, une mauvaise humeur à répétition, il saute joyeusement dans le parc maintenant que l'horloger de Chateaubriand a réparé sa montre. Pareil pour la cariatide, pourtant elle porte un sacré fardeau. Eh bien ça ne l'empêche pas d'accueillir chaque visiteur avec le même sourire énigmatique. On voit donc que c'est bien l'attitude du cyprès qui dicte son ressenti pour ne pas dire son ressentiment ! </div><div><br>Peut-être pourrions-nous lui conseiller de se faire aider, de consulter un psy ou de chercher à mieux s’intégrer. </div><div><br>le lendemain </div><div><br>Le kangourou jette un coup d'œil à sa montre gousset. Il n'aurait jamais dû la faire réparer... Il arrive en bondissant et se tapit derrière le cyprès chauve. Dans sa précipitation, il heurte le tronc de l'arbre. </div><div><br>-Ça commence à bien faire, maugrée l'arbre, allez vous frotter ailleurs bon sang, le parc est quand même assez grand ! Cela devient vraiment insupportable. Dès la tombée de la nuit, vous venez tous ici... Certains entrent, d'autres sortent, tous me dérangent... Entre ce chat obèse qui se fait les griffes sur mon écorce délicate et cet enquêteur alcoolique qui urine sur moi, ces couples qui s'enlacent sous mes branches comme si je ne voyais rien et ce kangourou malotru ! C'est bien simple, si ça continue je vais fermer le passage et vous resterez tous bloqués quelque part ici ou là-bas. </div><div><br>Le kangourou s'excuse platement et demande au cyprès chauve d'arrêter de s'agiter. -"Vous allez nous faire repérer !" </div><div><br>-Qu'est-ce que ça peut bien vous faire, vous avez quelque chose à vous reprocher ?" fait le cyprès chauve soupçonneux. Le kangourou, pris au dépourvu, bredouille un "non". Le jour est tout juste en train de tomber. Curieusement, l'air semble se réchauffer, devenir de plus en plus moite et humide. Le sol autour du cyprès chauve se transforme et des bruissements étranges jaillissent de tous côtés. Une petite rafale de vent chaud et gorgée d'humidité. Et soudain l'entomologiste apparaît suivi par Chat. Le kangourou retient son souffle, essayant de se faire le plus discret possible. </div><div><br>-Je suis certain que nous devons concentrer nos recherches ici, fait Chat. -Il y a quand même beaucoup d'indices troublants, à commencer par ces empreintes de pas qui ne correspondent à aucun animal que l'on peut trouver dans le bayou, ainsi que certains insectes, précise Broussard. </div><div><br>-Mais je crois que le plus intéressant est ce ressort de montre à gousset trouvé sur la victime. L'arbre se met à craquer de toutes ses branches, couvrant par son bruit le hoquet dont est brusquement pris le kangourou. </div><div><br>-J'ai sollicité l'avis d'un horloger spécialisé, c'est étrange, il devrait déjà être là fait Chat. Il n’est pas très ponctuel pour un horloger… </div><div><br>-Elle est bien bonne celle-là! </div><div><br>Le kangourou se dit qu'il a bien fait de régler ce problème la veille. </div><div><br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-03 20:19:15 UTC</pubDate>
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         <title>https://fr.wikipedia.org/wiki/Bayou</title>
         <author></author>
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         <description><![CDATA[<div>Tout savoir sur le bayou, immense zone marécageuse propre à la Louisiane où poussent les cyprès chauve et les tupelo gommiers, qui composent l'essentiel de la végétation et où prolifèrent les alligators...<br><br>A ne pas confondre avec la Mangrove :<br>https://fr.wikipedia.org/wiki/Mangrove<br>Qui est un biotope que l'on trouve en région tropicale uniquement et dans les zones maritimes peu profondes (estran). La végétation est essentiellement composés de mangroves que l'on appelle également palétuvier en français. En Amérique  du Nord, la Mangrove se trouve uniquement au sud de de la Floride, elle se trouve principalement en Afrique, en Inde, en Asie du Sud est, en Amérique du sud (Guyane, Pérou...). On y trouve essentiellement des oiseaux, des serpents et des crabes, et localement des tigres (Inde) ou des singes (Asie). Pas de crocodile ni alligator en vue...</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-04 18:11:11 UTC</pubDate>
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         <title>https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Baudin</title>
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         <description><![CDATA[<div>Un contemporain de Chateaubriand, également français, mais de l'ile de Ré, qui a énormément voyagé : Amériques, Asie et même Australie où il a été parmi les tout premiers français à véritablement explorer la côte ouest et y faire la rencontre de nombreuses colonies de kangourous... Intéressant non ?  Il s'est énormément intéressé aux plantes également et a réussi à se faire financer des missions par Jussieu pour rapporter des collections de végétaux Je crois qu'il va faire partie de la suite de mes pérégrinations fantaisistes... (Dominique)</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-04 18:24:07 UTC</pubDate>
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         <title>En Podcast à écouter :</title>
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         <description><![CDATA[<div>- Sur les Etats-Unis, une excellente série de 8 émissions de France Inter de cet été, appelée "Presidents" qui a travers le destin de 8 présidents (dont plusieurs m'étaient totalement inconnus) racontent le destin de ce pays continent qui continue de nous intriguer et décontenancer... Un voyage à travers les siècles sous un format passionnant.<br>- Sur des sujets extrêmement variés, une émission de France Culture, LSD (La Série Documentaire) qui, en 4 émissions d'une heure chacune, creuse une thématique. Il y a deux séries sur les Etats-Unis que j'ai écoutées et que j'ai trouvé vraiment très bien faites, il y a aussi une série sur les crises en général très instructive, une autre sur le monde de la recherche scientifique, maintenant j'écoute l'histoire du Yoga... Bref, beaucoup de sujets variés et fouillés de manière très riche.</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-04 18:30:00 UTC</pubDate>
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