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      <title>Mon supercalifragilisticexpidélilicieux atelier MAIL du 12 décembre by laurence verdier</title>
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      <description>Fait avec de grands rêves</description>
      <language>en-us</language>
      <pubDate>2020-12-12 14:09:05 UTC</pubDate>
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         <title>Départ</title>
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         <description><![CDATA[<div>Départ, partement, te mens , mendibule, bulle de savon, savonnette, nettoyer, toi ié beau, biutiful, fultitude, tu déconnes, conifère, fer à cheval, ch’val de course, couscous, coutumes traditionnels, sonnailles, tronçonnage, son âge de pierre, pierre à feu, feu follet, laiterie parisienne, risienne en folie, lit à étage les grandes au- dessus pour pas faire pipi sur les plus petits, plupeti, petits pois, poissons crus, cruche qui va à l’eau, l’origine, gynéconomie, mie de pain, pain et vin, vingt et un, un de plus, plus ou moins, moins de bêtises de Cambrai, braises chaudes, chaud devant, ventera, terrasser, ses chaussettes, c’est à toi, toi et moi, moi et toi et lui et nous, nous partirons dans la plaine, pleine de grâce et de cerises, ri et pleure de rire, rire à gueule verte, verte était la nuit, nuit de charmes et de larmes, lard aux patates, patates au lard, larmes sacrées, création, scions du bois, bois et ris et pleure et bois, boiseries, ris de veau, veau de vache, vach’rie d’capes, cape et d’épées, d'épées Sire, Cyrano : Moi monsieur si j’avais..., javelot, lot gagnant, gnangnan, gnan de pocelaine, laine tricotée, côté de Guermantes, menteries, ri et ri et pleure de joie</div><div> </div><div> </div><div> </div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-12 16:43:27 UTC</pubDate>
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         <title>Une bougie vacille</title>
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         <description><![CDATA[<div>Dans cette hutte, là-bas, au fond du bois, une bougie vacille. </div><div>Le fond du bois ? C’est comme une fourmi de dix-huit mètres de long, ça n’existe pas. Pas de fond du bois. Pas non plus de bois fondu. Le fond du puits, oui ; le puits sans fond, oui, et là encore, on pourrait discuter, et ainsi font font font... le fond et le fil, le fil doré, le fil électrique pour l’arbre, le sapin venu... non pas du fond du bois qui n’existe pas, et lui le Père... N. existe pas. Le fil et le fond, le fils du... qui n’existe pas. Les filaments, oui, ils existent et éclairent la vie, le monde, s’il veut bien, sinon tant pis, Tanpi ! Le fil au fond de la rivière et la fleur de Manet, les fleurs de Manet, comment s’appellent déjà, les nymphes, non, les nymphéas, ça a un nom je suis sûre, non je refuse le sourire, son regard noir, non, n’existe pas... Les nénuphars, bingo, sont revenus à la surface, les nénuphars perdus retrouvés, le mot, le mot surtout enfoui derrière la hutte où la bougie vacille. Et quoi vacille encore ? L’amour, l’amour tremble, dov’è ? restent les amours, les petits amours nus, les petits sourires de tous les jours, avez-vous déjà essayé de sourire à quelqu’un en entrant dans un métro ? Le sourire vous est rendu, toujours, je vous le jure. Un sourire est toujours redonné, et même devant son propre miroir. Toujours lorsque votre image apparait par surprise, comme ça, en passant, souriez-vous ; moi, depuis... je le fais tout le temps. Et par-dessus les masques, que les yeux sont beaux. Intelligents, souriants, perdus, interrogateurs, profonds, le visage tout centré dans les yeux, le regard puissant concentré. Le Visage selon Lévinas, ce Visage de l’Autre, cela peut être son dos fatigué, et,  dit-il, la nuque tendue du visiteur de prison, devant vous, là dans la queue où vous attendez votre tour, devant la prison de Moscou. Essayez les regards, essayez les sourires. Sinon comme le monde pourrait être triste, mais non, on ne laissera pas faire.</div><div>Souriez, vous n’êtes pas filmés. Souriez aux étoiles à la lune, aux z’ôtres, à vous-mêmes et même souriez au fond du bois, pourquoi pas, qui décide, c’est vous, vous qui souriez...</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-12 17:27:48 UTC</pubDate>
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         <title>Le sourire</title>
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         <description><![CDATA[<div>Vous êtes là. Vous voulez que ma boule de cristal vous révèle... ce que vous cherchez. Mais cela, que vous venez chercher, le connaissez-vous ? Non ? Qu’attendez-vous de moi ? Juste des mots, des impressions, des paysages peut-être ? Que vois-je ? </div><div>Je vois un arbre très loin, planté au fond de l’image, seul, majestueux, très impressionnant. Que dit-il ? Que vous dit-il ? Rien, il est là, juste là, tranquille, imposant, rassurant si on veut. Lui connaît l’avenir, l’avenir de la planète et il n’est pas très optimiste. Il s’excuse, il voudrait bien vous rassurer, mais un arbre de sait pas mentir. Que vous dit-il à vous ? Que peut-être, si vous y mettez du vôtre, il sera encore là dans cent ans. Cela dépend de vous, juste de vous. Comment, que dites-vous ? C’est du boulot ? Oui c’est du boulot. Mais lui, c’est plutôt un grand chêne. </div><div>Que vois-je encore ? Je vois une toute petite fille. Elle n’est pas encore née. Elle est encore dans le domaine du non-né. Mais elle va venir puisque je la vois. Elle est très joyeuse, elle aime faire des blagues, s’amuser, elle aime aussi beaucoup « faire le ménage » c’est elle qui me l’a dit tout à l’heure. Ça lui passera, n’ayez pas peur. Y’a toutes ces idées pré-conçues, il faut des siècles pour s’en débarrasser. Non mais, « aimer faire le ménage » ! Une petite fille ! Quel message vous envoie-t-elle ? À vous personnellement ? Vous voudriez lui parler ? Mais cela dépend de ce que vous voulez lui dire, si c’est pour lui parler du ménage, je refuse absolument à vous mettre en contact. Attendez, je lui demande. Non, elle ne veut pas, elle aimerait arriver comme ça, et parler, aimer qui sera là, elle préfère ne pas savoir, continuer à croire à son futur bonheur. « Laissez-là, laissez-là dormir » chante Anne Sylvestre. </div><div>Que vois-je encore ? Je m’excuse, nous n’avons plus beaucoup de temps. Laissez-moi me concentrer. Non, s’il vous plaît, ne me parlez pas. Ce n’est pas moi qui commande à la boule magique, il me faut du silence. Ma boule est noire, je ne vois rien. Ah si, tient, un petit chat. Chut, il me parle. Tu voudrais retrouver la petite fille non née ? Tu sais qu’elle te donnera le nom de Mimi ? Quoi ? que voulez-vous ? Vous ne voyez pas que je parle au petit chat ? C’est fou comme vous ramenez tout à vous. Mais si, un petit chat, c’est très important ! Vous êtes allergique ? Mais qu’est-ce que cela peut bien me faire à moi, qui suis là à regarder dans le futur ? Chut. Oui ? petit chat ? Zut, il est parti, c’est votre faute aussi.</div><div>J’essaye encore, nous avons cinq minutes. Je n’ai plus beaucoup d’énergie. Souriez s’il vous plaît, pour recharger mes batteries. Tient, justement un sourire. le sourire du chat d’Alice ? Celui de la petite fille ? non, le sourire d’un très vieil homme, né il y a plus de deux cents ans. Il cherche à me parler. Vous vous en foutez du passé ? Vous voulez tout savoir sur le futur ? Mais lui le vieil homme, il a peut-être un message pour vous. Ce que vous pouvez être terre à terre. Oui, monsieur au sourire, je vous écoute. Non, vous ne parlez pas ? Juste le sourire ? Oui, je comprends, le sourire est un soleil, un espoir, une beauté, Ô comme j’aime votre sourire... vous n’avez plus de dents ? Oh  ! comme cela m’est égal. Oh ! déjà il s’efface, il disparaît.</div><div>Quoi encore ?</div><div>Je ne vois plus rien. Ne soyez pas déçu. Vous avez un chêne, une petite fille pas encore née, un chat qui déjà aime la petite fille et un très vieil homme qui sourit. C’est déjà pas mal. Vous avez à prendre soin d’eux, c’est le message de la boule de Cristal. C’est votre cadeau pour aujourd’hui, à vous de jouer. </div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-12 18:28:26 UTC</pubDate>
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         <title></title>
         <author></author>
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         <description><![CDATA[<div><strong>Dans les pas d'Emily</strong></div><div><strong><br></strong>Joséphine Sand était arrivée quand le soleil déclinait et avait juste eu le temps d'apercevoir par la fenêtre une roseraie somptueuse qui l'avait tout de suite ravie. On lui avait attribué, comme elle l'avait souhaité en raison de son grand âge, une chambre au premier étage. Et maintenant, elle faisait une pause dans un grand fauteuil fleuri, sa valise posée à ses pieds, en attendant le thé.<br><br></div><div>Depuis longtemps déjà, elle se promettait de venir sur les traces de celle qui lui avait laissé, à l'adolescence, une empreinte forte, Emily Brontë, avec son roman, <em>Les Hauts de Hurlevent.</em></div><div>C'était donc là, dans ce village d'Haworh qu'elle avait écrit l'histoire de Cathy et Heathcliff, au cœur de la lande. Dans le train, elle avait pénétré le paysage, suivi les collines de jonc, les murets de pierre parmi la bruyère. </div><div><br></div><div>La peur d'être déçue l'avait retenue toute sa vie et il faut bien avouer qu'elle n'avait pas l'âme voyageuse. L'imagination est tellement plus forte que la réalité. Demain, elle irait au presbytère transformée en musée. Elle y verrait la tasse de porcelaine blanche que mentionnait Patti Smith dans sa préface à une édition de poche et il ne se passerait rien d'autre qu'une banale déambulation touristique. De plus, il y aurait sans doute trop de monde, autant de raisons qui lui faisaient déjà regretter d'avoir entrepris ce périple. <br><br></div><div>Elle songeait au début du récit, si étrange, quand un visiteur, Monsieur Lockwood, parvient à cheval, par une soirée de tempête, jusqu'à Wutherings Heights, chez Heathcliff, et elle ouvrit le livre apporté avec elle :</div><div>« J<em>e viens de rentrer après une visite à mon propriétaire, l'unique voisin qui troublera ma solitude. Ce pays est assurément très beau. Je ne crois pas que, de toute l'Angleterre, j'eusse pu me fixer dans un endroit si parfaitement soustrait au train du monde.  Un vrai paradis pour un misanthrope ! »</em></div><div><em>Ce n'est sans doute plus le cas</em>, pensa-t-elle en tournant la tête vers la nuit qui, maintenant, avait complètement envahi la campagne des Pennines. </div><div><br></div><div>Les visages de Merle Oberon et de Laurence Olivier dans le film de William Wyler lui revenaient aussi et se superposaient à sa lecture quand soudain, une sonnerie inattendue surgit d'un vieux téléphone de bois accroché au mur. </div><div>Etait-il possible que les gens de l'hôtel aient remis en fonction ce vieil appareil ?</div><div>Elle prit le combiné, médusée.<br><br></div><ul><li><em>Bonjour Jo, je suis Emily Brontë, </em>entendit-elle. <br><br></li><li>... ? Peu de gens l'appelaient Jo, comme l'héroïne des Quatre filles du Docteur March.<br><br></li><li><em> Vous êtes dans la chambre 7 ? C'est une bonne chambre. On y voit le jardin et l'horizon. C'est important de voir l'horizon. N'ayez pas peur Joséphine. J'aime parler avec ceux qui m'ont lue avec passion.<br></em><br></li><li><em>Où êtes-vous ?</em>, balbutia-t-elle, mal à l'aise. Il ne manquait plus que cela. Quelle était cette mise en scène ?<br><br></li><li><em>Qu'importe où je suis ? Ou plutôt je suis là, au presbytère, sur la lande, partout. Ici, c'est chez moi,</em> répondit la voix qui n'avait pas l'air fabriquée. <br><br></li><li><em>Je ne crois pas aux fantômes. Cependant, j'aurais aimé connaître Emily Brontë, </em>osa-t-elle s'aventurer.<br><br></li><li><em>Mais je suis Emily Brontë</em> <em>et</em> <em>on a dû vous le dire, je préférais la compagnie des animaux à celle des humains. Vous me connaissez cependant plus que vous ne croyez. Vous, vous aimez les autres, vous vous tournez sans cesse vers eux, </em>continua celle qui disait être la grande écrivaine, morte à trente ans !<br><br></li><li><em>Je ne sais pas être libre et sauvage. Je n'ai pas la lande ni le vent. </em></li><li><em>Si, à votre manière. Vous êtes, comme moi Jo, indisciplinée et impertinente, n'est-ce pas ?</em></li><li>… !</li></ul><div>Joséphine glissa un regard circulaire dans la pièce, une angoisse grandissante s'emparait d'elle, où pouvait-elle fuir sans tarder, perdue et seule dans ce pays inconnu ? Au mur, le portrait célèbre des trois sœurs peint par Branwell la narguait. Emily l'avait toujours éblouie par sa beauté innocente mais, à l'instant, elle lui apparaissait terriblement inquiétante.</div><div>   </div><ul><li><em>Etes-vous là ?,</em> fit la voix.<br><br></li><li><em>Oui et je vous vois sur l'aquarelle de votre frère. Il me semble que vous auriez aimé être un homme ?, </em>se lança-telle à nouveau.<br><br></li><li><em>Je suis Heathcliff ! J'ai éprouvé son amour quasiment surnaturel, adhéré à son mépris des conventions, reconnu son humiliation. <br></em><br></li><li><em>Vous avez dégoupillé une grenade Emily en traquant ainsi les ressorts du mal. <br></em><br></li><li><em>C'était ma nature</em>, dit le téléphone. <br><br></li><li><em>Vous ne connaissiez rien du monde, vous étiez à l'écart de la société. Comment avez-vous fait ?</em>, elle commençait à se prendre au jeu. <br><br></li><li><em>J'en avais la prescience. Tout ce qui pouvait nous préparer à l'extérieur, nous l'avions appris dans les livres mes sœurs, mon frère et moi.<br></em><br></li><li><em>Qu'est-ce qui vous manque le plus ?<br></em><br></li><li><em>Hero, mon faucon merlin, et le piano.<br></em><br></li><li><em>Vous m'en jouez un morceau ?, </em>elle se détendait inconsidérément. <br><br></li><li><em>Non, demain, rien que pour vous, au presbytère, sur mon piano droit, je jouerai du Mozart. Et puis, je vous guiderai dans les sentiers de fougères, là où personne ne va jamais, c'est bien cela que vous souhaitez Jo, non ?<br></em><br></li><li><em>Oui, c'est bien cela. Je suis si vieille.<br></em><br></li><li><em>Vous aurez la force, l'air d'ici donne de la force.<br></em><br></li></ul><div>Jo raccrocha. Il n'y avait plus de souffle à l'autre bout car elle avait bien senti un souffle.</div><div>Devenait-elle folle, était-ce un simulacre – et si c'en était un, il était fort crédible – ou bien devait-elle se laisser porter par cette accompagnatrice venue du passé ? </div><div>Voilà que la visite prenait un tour plus excitant.</div><div>Elle descendit pour le dîner.</div><div><br><br><br><br></div><div><br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-12 19:23:28 UTC</pubDate>
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         <title>Un peu a l&#39;ouest</title>
         <author></author>
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         <description><![CDATA[<div>Bip bip bip<br><br>"En gare de l'ouest, les passagers à l'ouest sont priés de se rendre à l'ouest du quai de l'ouest. Embarquement imminent par l'ouest au quai n°3."<br><br>Bip Bip Bruuuuu<br><br>"Mesdames Messieurs, votre attention s'il vous plait. Le loup des rives du quai n°5 est attendu par le petit chaperon rouge au café de la gare. Il est prié de ramener le beurre et les tartines."<br><br>Tu tu tu tu lu tu tu <br><br>"Le train en provenance de la Coquille entrera en gare voie du corridor. Éloignez vous de la bordure s'il vous plait, il va sortir ses béquilles et entamer sa métaphore." <br><br>Pim pam poum.....BADABOUM<br><br>"Alerte Emélage, je répète, Alerte Emélage ! Les rails du train de la coquille se sont enguirlandés dans les wagons de l'antenne gauche. Un déferlement de filet de bave est a déploré quai 12, 23,16 ,29, 42 et 1. "<br><br>Pchhhhh Ppppppchh Pchiiiiiiiiiii<br><br>"Mesdames, messieurs, nous avons le plaisir de vous annoncer que le brouillard de l'ouest a envahi la gare. Pierre, Paul et Jacques sont perdu dans la brume. Les valises planent dans la buée. Et les trains dansent la samba pour réchauffer les passagers."<br><br>Bip...PAM...Brrrr.....Griii....Flufff.......<br><br>"Recommandation de première minute, soyez attentifs. Glissez sur l'escargot et entamer vos voyages. Ici tout est fin prêt pour l'élévation. Mesdames, messieurs soyez légers et fous... A vous.<br>Fin de transmission."</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-13 16:43:32 UTC</pubDate>
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         <title>Tempo 2 : Un autre monde</title>
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         <description><![CDATA[<div>"Je suis petite mais je connais le secret Jacques ! Je ne peux pas sortir mais je connais le secret, et comme tu me sembles digne de confiance, je vais t'en faire partager une partie. Jacques, saches qu'il existe un pays où les arbres sont rois. Ce pays je l'ai créé rien que pour toi, pour vous, les arbres. Les rivières abondent et nourrissent tes racines pour que ta chevelure "goufesque" miroitent sous les bulles de soleil. La mousse protège le sol pour que les écureuils fassent du trampoline avant de se glisser dans ta ramure. Chaque arbre peut discuter allègrement avec son voisin, échanger sur les dernières écorces à la mode, la courbure des branches, et les locataires plus ou moins discrets. Le vent s'évapore autour d'eux et les cajole d'un frémissement. Jacques, ce monde n'est encore qu'une ébauche mais.... Ne pourrais-tu pas en parler à "Celui qui voit par delà" pour peaufiner les encoignures, améliorer les canopées et harmoniser les voilures."<br><br>  "Celui qui !!... Celui qui ?! Tourne un peu ta mèche vers moi que je te fasse part d'une chose incroyable. Il est un monde fait pour nous, ici présent.Oui, Oui je t'assure. Une terre vierge du bruit des tronçonneuses, des grumes éventrées à la hache, des buissons lacérés, des flammes voraces.... La petite, elle l'a crée pour nous. Elle nous y emmènera dès que le coq entamera sa mélopée. Ils nous suffit de déployer nos filaments invisibles jusqu'à sa chambre, et nous partons. L'Eden arboricole..mousse, vert, échanges et déploiement nous attendent. A nous de le rendre plus intense en pensée pour que les arbres retrouvent pleinement leur vie. Et...."<br><br>  "Oh la Jacques....Calme toi....N'oublie pas à qui tu parles. "Celui qui voit par delà". Et oui, je vois au delà. Par delà les rêves, les utopies et les envolées lyriques. Mais aussi par delà le béton, la "civilisation" et la domination. J'allais justement annoncé à la petite fille que j'ai vu par delà son imaginarium. J'ai vu et senti toute l'énergie créatrice qui naît d'un monde où les arbres sont libres. Libres d'être, de protéger, de faire respirer, d'accompagner, de communiquer, d'engendrer, de nourrir.... J'ai compris le besoin pour elle de croire en un avenir empli de diversité, de respect et de vie. Je lui dirais tout à l'heure que je prie de toutes mes feuilles pour que ce pays soit sur terre. Cependant j'ai aussi vu par delà les désirs des hommes... Il va falloir qu'elle en parle autour d'elle haut et fort pour conjurer la menace de la bêtise humaine. Il lui faudra bien du courage.... Bon, mais en attendant.... Allez Jacques. Suffit! Étendons nos filaments jusqu'à sa chambre à présent. Partageons tous les trois la rêverie d'un monde où la petite serait assise sur une de tes branches, me grattouillerait la feuille en riant, et où nous nous laisserions bercer par la brise du temps.</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-15 18:51:57 UTC</pubDate>
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         <title>Rien à déclarer</title>
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         <description><![CDATA[<div><br>Envie de vide car trop de péripéties suite à des annonces en tout genre. Des bleues, beaucoup de bleues. Bleu gendarme, bleu voiture, bleus à l'âme. Des rouges, le cœur saigne, des noires, les "petits vieux" nous quittent, les plus jeune partent trop tôt.... Voilà un mois de décembre, où chaque jour s'embrase la jauge à émotion. Les nouvelles biscornues, ardues, pointues et malvenues s’insèrent en une seconde entre deux minutes et PAF!, il faut encaisser la chute du ciel sur la tête et réagir, affronter, s'expliquer, se justifier, se réconforter et avancer. <br>Le soir, le monde aussi vous annoncent des faits, des chiffres, des recommandations, des précautions, des amplifications qui portent vos antennes de réception à saturation. <br>Quand vient enfin le moment du vide, les mots ne veulent plus se jeter dans l'entre deux. Seul demeure le silence, la non-pensée, le refus de décortiquer les faits, le monde n'est plus à refaire. Une envie de rien s'insinue, envie de se laisser glisser dans les infrasons du néant, n'être plus que vivant, flottant dans l'ether de l'inaction ; bouche cousue, cerveau à l'arrêt, oreilles en pause.<br>Je ne veux plus rien savoir des annonces du monde.<br>Fatiguée, je n'ai plus envie d'émettre.<br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-19 13:08:24 UTC</pubDate>
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         <title>Sillon court  </title>
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         <description><![CDATA[<div><em>Un homme explique à une femme, d’où provient un disque qu’elle a sorti de sa bibliothèque : <br><br></em>Elle était devant moi ; fallait-il tout lui dire ? Je commençais : <br><br></div><div>«  Autrefois le monde était explorable. Pourtant je ne crois pas que je cherchais à passer les portes. Je restais derrière les barrières et je m’y plaisais. Je sortais pour l’essentiel. Aller chercher des livres ? Les livres, c’est toujours frissonnant. Mais le mieux pour les frissons, c’est le disque. Seulement une image de couverture pour soupçonner ce qui va s'entendre. Une image, et vous choisissez le disque, comme celui que vous avez sorti de ma bibliothèque, tout à l’heure. C’est aussi pour ça que je l’ai prise, cette statue sur pochette qui se permettait de porter haut des ombres de jambes, de lier des ombres à ses bras et les laisser glisser  plus loin sur les rochers. L’embrouille me plaisait, le choix fut fait. Mais en achetant ce disque, je ne savais pas quel billet je prenais ! J’aurais dû voir la caisse comme un guichet de gare. Je rentrai d'abord en métro… Premier quai,  je glissais sous Paris. Mais impossible de sortir à la gare Saint-Lazare, trop de monde en sens inverse. Et lui, voulait nous vendre des tapis, jolis d’ailleurs.. Tapis ? Je reconnus le tapis berbère qui était sur la pochette de mon disque. Intrigué, après m’être fait repousser au fond du wagon, je sortis le disque. C’était bien le tapis et ses motifs qui étaient sur la photo. L’homme avec ses tapis, attiré par mes regards, crut que j’étais intéressé, il  me regarda, posa ses yeux grand ouverts sur la pochette. <br><br></div><div><br> -   Vous avez connu le photographe ? <br><br></div><div>-     Photographe ? de quoi vous parlez ? Je viens juste d’acheter ce disque et je suis surpris de retrouver le même tapis que le vôtre sur la pochette.</div><div> </div><div>-    Non, ce n’est pas le tapis, le plus étrange dessus, ce sont les ombres. </div><div> </div><div>-     Excusez-moi, mais je dois sortir. J’ai loupé la station avec la montée en trombe. Faut que je reprenne le métro en sens inverse. </div><div> </div><div>Il lâcha son affaire de marchand de tapis et descendit avec moi. <br><br></div><div>-     Ecoutez, me dit-il, je ne connais pas beaucoup de personne qui ont choisi ce disque, surtout à partir d’une image. Votre disque est encore sous plastique, vous ne l’avez pas écouté ? </div><div> </div><div>-    Non !</div><div> </div><div>-     Il faut que je vous emmène là-bas, alors ! </div><div> </div><div>Il me serra le bras et m’emmena. Je ne pouvais plus me dégager, je devais avancer. On prit une autre ligne. Je ne savais pas où il m’embarquait. De toute façon, le métro me garde sous Paris, je me répétais. On arriva finalement Gare d’Austerlitz. Il mit la carte bleue dans la machine orange et il sortit deux billets, pour l’Espagne, Algésiras. Traversée immédiate jusqu’aux  Pyrénées. Il me serrait toujours le bras. J'étais resté muet, j’avais la gorge sèche. <br><br></div><div>-          L’Espagne ! Mais je n’ai pas de papiers, pas d’habits !  </div><div> </div><div>-          Pas grave, on trouvera. Et s'il fait froid ou si on a besoin de dormir, on a mes deux tapis. <br><br></div><div>On sauta dans un vieux train, à moleskine vert bouteille. Un compartiment. Pour l’instant personne. Annonce de départ ; le train démarra. <br><br></div><div>-    Mais qu’est-ce que vous faites ? je lui demandai. </div><div> </div><div>-  De toute façon vous vivez seul ? et actuellement pas de métier ? </div><div> </div><div>-    Comment savez-vous tout cela ? </div><div> </div><div>-      Le choix de ce disque. Votre rencontre ! Le disque que vous tourniez entre vos mains ! Tous ces signes... Vous étiez libre et vous aviez un billet pour le voyage. Prêt pour traverser l’air, la terre, vous faufiler à travers les montagnes ; je vous avoue qu’il faudra aussi traverser la mer, car c’est sur l’Atlas. </div><div> <br><br></div><div>Sur l’Atlas !! Est-ce que j’étais sous la contrainte ? Je ne savais pas ? Je n’en sais d’ailleurs toujours rien, je vous avoue. Je restais saisi par une main implacable. Alors je sortis le disque du sac que je tenais toujours à la main et je me mis à scruter la photo, les ombres de cette statue, les ombres des jambes. On ne savait même plus si c’était des ombres ou des jambes… C’est bien ça ce que vous avez aussi choisi tout à l’heure ? On retrouve un peu des silhouettes de dieux indiens ? Mais rien de la mythologie berbère… à part les digitations des têtes de méduse ? Voir toutes ces ombres de bras, de jambes, comme des serpents se hérissant d’un corps, se coulant à terre et glissant sur la pierre ?<br><br></div><div>La traversée dura deux jours. On chopait sur les quais des sandwichs et de l’eau. On se lavait dans les toilettes et on dormait enroulés dans les deux tapis. On était en règle, les billets, cartes d’identité. Personne n’avait rien à nous redire. J’avoue que personne ne venait dans notre compartiment. C’était un jour de semaine ; il y avait de la  place ailleurs, loin de deux garçons hirsutes. On arriva enfin au port ; restait à traverser le détroit et passer sur l’Atlas. <br><br></div><div>Les ferries attendaient à quai, mais pour prendre un billet il fallait montrer ses papiers : lui avait son passeport marocain. Moi, je n’avais que ma carte d’identité ! Carte d’identité française, pas suffisant ! Il me fit faire un passeport par une connaissance. On était passé voir un photographe avant. Le passeport que je présentai au douanier était celui d’un français qui était déjà allé trois fois au Maroc, avec un visa pour chaque année. Le douanier français jeta un coup d’œil rapide, reconnut mon visage et je passai sur le pont. Mon ‘accompagnateur’ avait roulé nos tapis dans deux grands sacs à dos. Il m’avait trouvé de grosses chaussures de marche, une veste de laine. La mer s’annonçait houleuse, mais la traversée durait à peine deux heures. C’est à la descente du bateau que la métamorphose se fit. Je ne reconnaissais plus mon guide. Nous n’étions pas rasés, son visage était sombre ; ses gestes étaient à l'écoute, sur le qui vive. Il se fondait dans la foule, il me tenait toujours, mais cela devenait imperceptible. De toute façon, je ne pouvais que le suivre. Il trouva une jeep à la sortie de la ville et se hâta de prendre la route. Quelqu’un avait rempli l’arrière de barils d’eau, de viande séchée, de galettes et dattes. Il me donna aussi un bonnet, des lunettes. ‘Il fait froid, mais le soleil tape’ me dit-il … N’était-ce pas plus tôt une façon de dissimuler mon visage ? On arriva dans un village au pied des montagnes et on laissa le véhicule à un frère ou un cousin. La langue n’était plus la même. Ce n’était plus de l’arabe. Ça roulait plus, en grinçant légèrement et en sifflant. On partit alors à pied avec nos sacs, un peu d’eau et du pain. Tout le reste des provisions était pour la famille où restait la jeep. La montée dura, une pause à midi puis encore l’ascension. Quand la nuit arriva, cette fois-ci je m’enroulai dans tout ce que j’avais dans le sac : un pull, ma veste, un foulard raide et le tapis.  Mon sommeil était tout en surface ;  j’ouvris les yeux embués quand il alluma un tout petit feu, le matin. Il me tendit du thé vert, très amer.  <br><br></div><div>‘Encore un peu de courage’ me dit-il. Enfin,, avant le soleil du zénith, on se tenait devant un gouffre dans la montagne. <br><br></div><div>« C’est là ».<br><br></div><div>Devais-je reconnaitre la grotte de la pochette du disque ? ‘Entre !’ fit-il, me poussant l’épaule. Il faisait sombre. Une lumière au sol, un feu et une chaleur enfumée. Et, face à moi, sur le mur, des ombres. Ombres de jambes, flottantes, ombres de bras, agités à la verticale et des crânes dans des entailles sur la paroi. Des crânes me dévisageaient de leurs cavités oculaires. La pochette de disque n’étalait pas tous ces crânes. Des sons comme une litanie rebondissaient sur la pierre. Puis je distinguais une femme, qui m’observait, debout. Des mots, elle scandait des mots hachés, mots dans la langue de la montagne. Il me les traduisit.<br><br></div><div>-    ‘’Roc – Caverne – Griffure’’ <br><br></div><div>Je me sentais bouleversé, nauséeux. J’avais peur. <br><br></div><div>-     Pourquoi m’avoir amené là ? Pourquoi tous ces crânes ? </div><div> </div><div>-   Ce sont les crânes des vivants qui trépassent depuis toujours. </div><div>Confiance !<br><br></div><div>Je chancelais. Il enleva mes chaussures, et finit par ne me laisser qu’un pagne et une écharpe. <br><br></div><div>-   Répète les mots avec moi !<br><br></div><div>Elle se mit à  poursuivre les litanies. Et les ombres bougeaient de plus belle. Les crânes semblaient trembler. <br><br></div><div>-    Parle, parle sinon tu vas retomber. <br><br></div><div>Il me soutint sous le bras. <br><br></div><div>-   ‘Roc – Creux ‘ . Dis ce que tu vois ! . </div><div> </div><div>-    Crâne – vide   oculaire </div><div>Ciel sous roche</div><div>Terre à même l’air</div><div>Air aux abois,  air sous cloche</div><div>Ciel – Décalé des roches</div><div>Ciel pour me happer, me plaquer. </div><div> </div><div>-      Oui, oui ! continue ! Et observe au-delà de la roche. Observe et bouge. Tiens-toi seul!! <br><br></div><div> <br><br></div><div>Et bientôt mes jambes aussi firent danser leurs ombres. Les jambes s’ébrouaient et se grisaient de liberté dans l’obscur. Je ne me retenais plus à la terre, je me faisais aspirer vers le haut de la roche. Comme si je glissais dans l’air, je m’agrippais aux parois, je me retournais tête en bas, je flottais jusqu’au plafond de la grotte. Là, je vis l’entrée de la grotte. Un arc souligné de lumière. Une lumière orange, mais  lumière malgré tout. Mes mains avancèrent. Je rampais. Je rampais à l’envers. Ils étaient en bas, ils ne pouvaient plus m’atteindre. J’atteignais la lumière. Mes mains glissèrent vers le bas, mes bras tombèrent en arrivant au ciel frais. Je sentis que la pesanteur me reprenait. Je me divisai : une partie reprise par la terre et l’autre s’accrochant aux pieds, serrant les aspérités de la voûte entre les genoux. Je gardais mes mains sur la roche extérieure et je trouvais ma prise. Et là avec un coup de rein, puis un renversement  de bassin, je me propulsais à l’avant dans la lumière. Les mains s’accrochaient à la roche, mes bras tendus retenaient mon corps lourd, mes jambes pendaient. Il fallait s’accrocher, avancer, s’écorcher. Je montais à vif sur la montagne sans plus de chaussure, seule le  pagne et l’écharpe. Je grelottais plaqué contre la roche hirsute; je poursuivis jusqu’à trouver un rocher lisse, sans plus aucune prise mais dans lequel je me coinçai pour ne pas tomber. Etait-il bleu ? <br><br></div><div> <br><br></div><div>Quand je revins à moi, j’étais l’absence à même le sol, dans  la lumière qui se levait, hors des roches profondes. Foulard et pagne enroulés autour de moi, j’étais sous le ciel, dans une couverture, couverture qui reprenait les motifs berbères que j’avais suivis sur la pochette du disque. Les motifs se prolongeaient, poursuivaient leur tracé sur la terre rouge. Debout, je parcourais leurs traits tout autour de moi. Mes chaussures étaient plus loin. Il n’y avait plus personne. La grotte ouvrait une béance noire. Une ligne de poudre ocre sur le seuil gardait l'entrée. Mes chaussures m’attendaient, posées sur le disque. Il fallait partir, redescendre vers Paris, passer par l’ambassade ou alors prendre un chemin plus clandestin. J'allais prendre mes chaussures, quand je vis dedans, un appareil photo ; cet appareil photo, avec lequel j’ai pris aujourd’hui vos traces dans le ciel gris de Paris. »</div><div><em><br><br></em> <br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-20 02:02:32 UTC</pubDate>
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         <title>Sillon et pointes au complet</title>
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         <description><![CDATA[<div><em>Je mets ici la version complète avec  les autres textes précédent le texte  d'Annonciation. Si ça vous tente ... <br><br></em><br></div><h1>I.      Pointes sur Toit</h1><div> <br><br></div><div>Elle portait des pointes. Une échelle et elle put monter sur le toit.  Ahuri, j’avais sorti mon objectif: je ne  comprenais pas. Elle m’avait d’abord frôlé dans la cour, avait saisi la poignée  juste devant moi et m’avait tenue la porte après être passée. Elle monta les escaliers comme si elle voulait que je la suive. Elle montait, mais au troisième elle s’était arrêtée à la fenêtre. Moi,  je continuais à monter. A présent c’était elle qui me suivait et j’entendais ses pas sur les marches. Le son n’était plus le même. J’osais un coup d’œil derrière moi. Elle avait pris le temps de mettre des chaussons de danse, des pointes et la soie rose claquait le plat des marches. Bientôt le dernier palier ! Je ne l’avais jamais vue et pourtant elle m’avait suivi au sixième étage. Au centre de la cage d’escalier, une échelle suspendue. Elle la décrocha devant moi et la pointa vers la fenêtre du plafond. Que faisait-elle avec des pointes en soie pour s’apprêter à aller sur le toit, sur les toits de Paris ? Et ce regard interrogateur? <br><br></div><div>-          Pouvez-vous me tenir l’échelle jusqu’à ce que j’ouvre le vasistas ? <br><br></div><div>Abasourdi, je me glissais sous l’échelle et plaquais mes mains sur les montants. Pourquoi m’offrait-elle le malheur sous une échelle, pour s’échapper sur le zinc parisien ? Elle me dit merci, mais au moment où elle refermait la fenêtre, je lui criais de m’attendre. <br><br></div><div>-          Personne ne peut vous tenir l’échelle.. </div><div>-          Tant pis, elle a tenu pour vous quand j’étais dessous, peut-être que monter sur elle, cela effacera le signe du malheur sur moi.<br><br></div><div>L’échelle ne bougea pas. J’arrivais moi aussi dans le ciel de Paris.  Gris de zinc sous gris de ciel. Elle me regardait, ahurie de me voir là. Je m’extrayais de la lucarne ; je sortis mon appareil avec son objectif. Vous permettez que je suive vos pas ? Elle sourit. Je ne l’avais jamais vue. Mais en sortant de la cage d’escalier, je compris pourquoi elle était là. Le toit était plat, une terrasse de zinc. On entendait le ronron léger des quelques voitures, sans un coup de klaxon. Jour de gris parisien sans bouchon sur les pavés. Le plateau de zinc qui se cintrait d’une rampe de métal formait parfaitement un studio de danse pour reprendre la barre, pour répéter la chorégraphie laissée aux reflets des murs à présent inaccessibles. Elle posa sa main sur la barre d’acier, barre sèche et maigre et commença à lever son bras, l’ouvrir et le ramener sur le côté. Ensuite sa pointe suivit au sol le mouvement du bras qu’elle reprenait, ombre absente du ciel de gris. <br><br></div><div>Alors je pris mon appareil. Je scrutai Paris. Mais entre Paris et moi, je glissais un bras, un coude, une main soulignée d’un pouce. Parfois je prenais le haut des cheminées en contre-plongée et je mettais en contre-jour sa jambe, un genou plié ou une pointe posée sur le talon. Le miroir ne suivait plus  ses gestes ; je capturais les reflets avec mon gros œil télescopique. <br><br></div><div>Je tournais tout autour. Elle prolongeait les retrouvailles entre son corps, le plan et la verticale. Elle leur offrait les pliés puis  les jetés. Ensuite ce fut les levés sur pointes. Elle me regarda. Risquer le bruit ? Monter sur le bout du chausson se faisait en un déclic et la détonation risquait de dézinguer son studio, si elle se faisait entendre. Venait à présent le temps du ‘milieu’. Au centre, les mains se faisaient la cour, se rencontraient au plus haut, s’éloignaient au plus loin, droit devant et droit derrière. Pas de bourrée, plié, entrechats puis retour dans l’autre sens. Elle pointait dans l’air son monde, elle crevait le ciel parisien sans prévenir quiconque. Et bientôt, quand elle leva sa pointe sur sa plus haute verticale, sa jambe imprima l’espace d’un arc qui s’étalait jusqu’à son pied ; un voile apparut, strié de jambes. Elle ramena son pied au sol et donna vie à son autre jambe. Là encore affleurait toute une corolle de jambes, tout s’ouvrait comme un éventail. Les jambes traçaient des lignes qui poursuivaient les pointes  tout en haut. <br><br></div><div>Il était midi. Pas un son de plus dans la rue, pas un mot qui montent des trottoirs. Et elle jouait encore sur ses pointes, elle jouait avec le plaisir de dédoubler les empreintes à l’infini. Pourtant jamais elle ne les bousculait quand elle revenait pour libérer son autre jambe. Elle jouait avec l’ubiquité, l’ubiquité des lignes de ses jambes. C’était une euphorie pleine d’échos de jambe, ces halos qui semblaient danser eux-mêmes autour d’elle. <br><br></div><div>Quel angle de vue me restait-il ? L’énergie montait ? Je ne savais plus. J’observais ses jambes, et sous prétexte de regarder Paris à travers ses mouvements, je cherchais à fixer sous la lentille ce que je ne comprenais pas. Je photographiais en rafale. Je voulais  savoir si c’était une longueur de vue, si ma rétine imprimait trop longtemps ou au contraire si le mouvement imprimait trop l’air qui l’enveloppait. Pourquoi les jambes semblaient-elles se libérer, se multiplier et jouer entre elles une danse folâtre ? Elles s’effleuraient mais jamais ne se cognaient, elles irradiaient et finalement s’effaçaient en touchant le sol. Une liberté. Elle offrait sur le toit, sur cette terrasse de zinc, la liberté à ses jambes. <br><br></div><div>Bientôt elle s’arrêta. Chacun restait sur son point de vue. Je regardais vers l’Est, vers Ménilmontant. Elle était plus au Sud, vers Nation. <br><br></div><div>-          Vous aussi vous voulez suivre les nuages parisiens ? me dit-elle. </div><div> </div><div>-          C’est la première fois que je comprends que l’on peut atteindre la lucarne de la cage d’escalier. </div><div> </div><div>-          Oh non ! Ne dites pas ça. Je sais, ce n’est pas une erreur de langage, mais c’est tellement cruel de regarder les escaliers comme ça. Ils jouent simplement avec les barres, verticale métal et horizontale bois. Cire brillante et rouille sonnante. Ils ne s’appellent pas. Ils ne nomment pas cage un simple goulet et surtout ils donnent l’élan à mes jambes. Ils savent qu’elles ne pourront s’empêcher de se mettre aussi en résonnance. Elles s’offrent ce temps d’euphorie, se grisent de leur écho visible presque tangible. Non, les escaliers n’ont pas de cage. Je ne sais pas comment ils disent, comme ils appellent leur trouée. Mais leur harpe m’envoûte et leurs degrés m’envoient jusqu’au vasistas.  </div><div>Et je savais bien que dans votre immeuble, je trouverais encore des escaliers de danseuse. Merci de m’avoir laissée monter avec eux. <br><br></div><div>J’étais abasourdi. Voir dans les escaliers, non plus une cage et ses barreaux, mais  un corps de harpe et ses barres de lignes musicales. Ecouter l’invitation à la verticale. Aujourd’hui, dans ces journées si longues, où seule une heure nous était donnée pour se mettre face à l’air, je comprenais l’aspiration à un face au ciel.  Je n’avais jamais pensé que notre solitude, notre inaccessibilité à toute rencontre pouvait se déjouer sur les toits parisiens.<br><br></div><div>Il faut dire que tous les toits parisiens ne possédaient pas une terrasse bordée de barre de fer même si la section de celle-ci ne soutenait pas la main comme une barre classique ; on pouvait toujours enrouler un torchon ? <br><br></div><div>-          Non, me dit-elle ? Tout pourrait glisser. </div><div> </div><div>-          Où habitez-vous ? A moins d’un kilomètre ? <br><br></div><div>-      Je ne fixe pas vraiment mon domicile… Mais je sais qu’il ne faut pas trainer sur les trottoirs au-delà de la limite raisonnable. Il n’y a plus de miroir qui s’offrent à nous, les danseurs. Alors, je vais derrière les verres des vasistas ; seulement ce n’est pas toujours simple de se glisser jusque là-haut. Parfois, les échelles se sont oubliées et ont décroché. Parfois, elles se tiennent cadenassées à un crochet ; elles non plus, n’ont pas le droit de s’éterniser au-dehors de leur lit. <br><br></div><div>Et  vous, vous habitez sous un de ces toits ? </div><div> </div><div>-          Oui. En fait, j’habite sous votre studio aérien. Si ça vous tente, ou un autre jour…</div><div>J’avoue que j’ai pris des clichés car quelque chose m’a  beaucoup étonné dans vos moments. Mais avant d’avoir l’air un peu mystificateur, je veux vérifier ce qu’aura vu mon papier. Voir si lui aussi s’est laissé impressionner. Peut-être que je ne veux pas encore descendre sur mon palier. Je préfère rester avec la vue de la liberté que vous avez donnée à vos jambes, ou qu’elles vous ont donnée. <br><br></div><div>Moi, je ne pratique pas du tout ce jeu de mobilité suspendue, jeu d’équilibre de mobile aérien. J’avoue que c’est tout l’inverse. Je m’assois. Je rends mes membres à leur points d’ancre, posés les uns sur les autres. Et je me suspends loin, sur le monde en équilibre, à moins que ce ne soit l’inverse ! Enfin c’est l’idée immobile.…<br><br></div><div><br><br></div><div> <br><br></div><h1>II Pointe sur diamant  </h1><div> <br><br></div><div>Elle était descendue chez moi, après son jeu avec l’espace et elle était tombée sur les rayons de disques. Elle lisait tout, comme des partitions. <br><br></div><div>-           Ah ! B durr, Ré mineur et les jazz en Bb ou A<sup> </sup>-<br><br></div><div>Après en avoir extrait un, elle le posa sur le tourne-disque en regardant à peine la pochette. Je passais dans la cuisine. Quand je revenais avec mes verres et mon Schweppes, des mots absurdes sortaient des sillons du disque :  <br><br></div><div>« Si tu crois pouvoir délier la pelote, </div><div>« tu n’as rien pris des regards d’une danseuse</div><div> </div><div> Devais-je comprendre vaguement pourquoi elle avait choisi ce disque ? <br><br></div><div>« Si tu penses étaler sur la terrasse un lino beige, </div><div>« Ne crois pas que je viendrai m’allonger dessus</div><div>« Comme un drap de lit propre. </div><div> </div><div>-          Qu’est-ce que c’est que cette chanson… ? Vous avez trouvé ça où ? </div><div> </div><div>-          Beh, au beau milieu de la rangée de disques. <br><br></div><div>Elle me donna la pochette. Une statue allongeait son ombre sur un tapis berbère et la portée obscure de ses bras, de ses jambes, dessinait un triptyque sur les bandes laineuses, comme le tracé d’une chorégraphie. Puis la pelote des ombres déliait ses courbes à la verticale sur une paroi pierreuse. Je regardais la pochette, je la retournais, et je compris que sur la face B, je trouverai la réponse à lui donner, ma réponse à sa danse… <br><br></div><div>Mes fenêtres donnaient sur la cour. Ici il n’y avait plus de vue, l’horizon de son studio aérien était perdu.<br><br></div><div>-          Mon espace est cerné de murs, vous avez vu ?  Juste une  vue sur les déliés du monde tournant le dos à la lumière. </div><div>Un instant ! Je vais mettre l’autre face du disque.</div><div> </div><div>Une musique berbère. Ce n’était plus des paroles de chanson.  Les mots fusaient. C’était devenu une litanie ensorcelante : </div><div> <br><br></div><div> ‘’ Roc – En creux – Ciel à part – sans reste d’ombre – <br><br></div><div>Ligne à délier sur la pierre – et déroulée en griffe de sens – <br><br></div><div>Ciel venu d’ailleurs <br><br></div><div>Ciel à même de se décoller. <br><br></div><div>L’obscur reste de mise<br><br></div><div>Jeter le hasard  au-dessus de l’extrême. <br><br></div><div>Obscur de silence – <br><br></div><div>Union de rut  en roche<br><br></div><div>Et le geste s’ouvre au corps<br><br></div><div>Le geste écrit son ombre ‘’<br><br></div><div>Puis les cordes grêlaient et finissaient la face B. Elle prit son Schweppes puis un sourire intrigué, en reposant son verre. <br><br></div><div> <br><br></div><div>-          Vos quatre murs d’horizon barré me laissent un peu estomaquée, j’avoue ! dois-je comprendre une caverne pour le confinement ? Heureuse de vous avoir montré que vous aviez un toit, d’avoir libéré votre regard à travers sa lucarne, et même, d’avoir mis un peu de vent dans vos cheveux. <br><br></div><div>-          Il s’agit d’une initiation à la caverne ! J’ai toujours compris ce disque comme une initiation au mythe de la caverne. Est-ce que vous aussi vous connaîtriez l’extérieur, la lumière du ciel ? Et vous nous montrez  qu’il y a une échelle  pour nous sortir du vide plein d’ombres ? </div><div>Vous avouerez que c’est qu’en même étrange d’avoir sorti ce disque… que sans doute vous ne connaissiez pas ?<br><br></div><div>-          Non. C’est vrai. Je le découvre maintenant.  D’où vient-il ? Pourquoi vous avez ça ? …</div><div> </div><div>Fallait-il tout dire ? <br><br><br><br></div><h1>III Sillon de pierre</h1><div> <br><br></div><div>Elle était devant moi ; fallait-il tout lui dire ? Je commençais : <br><br></div><div>«  Autrefois le monde était explorable. Pourtant je ne crois pas que je cherchais à passer les portes. Je restais derrière les barrières et je m’y plaisais. Je sortais pour l’essentiel. Aller chercher des livres ? Les livres, c’est toujours frissonnant. Mais le mieux pour les frissons, c’est le disque. Seulement une image de couverture pour soupçonner ce qui va s'entendre. Une image, et vous choisissez le disque, comme celui que vous avez sorti de ma bibliothèque, tout à l’heure. C’est aussi pour ça que je l’ai prise, cette statue sur pochette qui se permettait de porter haut des ombres de jambes, de lier des ombres à ses bras et les laisser glisser après plus loin sur les rochers. L’embrouille me plaisait, le choix fut fait. Mais en achetant ce disque, je ne savais pas quel billet je prenais ! J’aurais dû voir la caisse comme un guichet de gare. Je rentrai d'abord en métro… Premier quai,  je glissais sous Paris. Mais impossible de sortir à la gare Saint-Lazare, trop de monde en sens inverse. Et lui, voulait nous vendre des tapis, jolis d’ailleurs.. Tapis ? Je reconnus le tapis berbère qui était sur la pochette de mon disque. Intrigué, après m’être fait repousser au fond du wagon, je sortis le disque. C’était bien le tapis et ses motifs qui étaient sur la photo. L’homme avec ses tapis, attiré par mes regards, crut que j’étais intéressé, il  me regarda, posa ses yeux grand ouverts sur la pochette. <br><br></div><div><br> -   Vous avez connu le photographe ? <br><br></div><div>-     Photographe ? de quoi vous parlez ? Je viens juste d’acheter ce disque et je suis surpris de retrouver le même tapis que le vôtre sur la pochette.</div><div> </div><div>-    Non, ce n’est pas le tapis, le plus étrange dessus, ce sont les ombres. </div><div> </div><div>-     Excusez-moi, mais je dois sortir. J’ai loupé la station avec la montée en trombe. Faut que je reprenne le métro en sens inverse. </div><div> </div><div>Il lâcha son affaire de marchand de tapis et descendit avec moi. <br><br></div><div>-     Ecoutez, me dit-il, je ne connais pas beaucoup de personne qui ont choisi ce disque, surtout à partir d’une image. Votre disque est encore sous plastique, vous ne l’avez pas écouté ? </div><div> </div><div>-    Non !</div><div> </div><div>-     Il faut que je vous emmène là-bas, alors ! </div><div> </div><div>Il me serra le bras et m’emmena. Je ne pouvais plus me dégager, je devais avancer. On prit une autre ligne. Je ne savais pas où il m’embarquait. De toute façon, le métro me garde sous Paris, je me répétais. On arriva finalement Gare d’Austerlitz. Il mit la carte bleue dans la machine orange et il sortit deux billets, pour l’Espagne, Algésiras. Traversée immédiate jusqu’aux  Pyrénées. Il me serrait toujours le bras. J'étais resté muet, j’avais la gorge sèche. <br><br></div><div>-  L’Espagne ! Mais je n’ai pas de papiers, pas d’habits !  </div><div> </div><div>-  Pas grave, on trouvera. Et s'il fait froid ou si on a besoin de dormir, on a mes deux tapis. <br><br></div><div>On sauta dans un vieux train, à moleskine vert bouteille. Un compartiment. Pour l’instant personne. Annonce de départ ; le train démarra. <br><br></div><div>-   Mais qu’est-ce que vous faites ? je lui demandais. </div><div> </div><div>-  De toute façon vous vivez seul ? et actuellement pas de métier ? </div><div> </div><div>-    Comment savez-vous tout cela ? </div><div> </div><div>-  Le choix de ce disque. Votre rencontre ! Le disque que vous tourniez entre vos mains ! Tous ces signes... Vous étiez libre et vous aviez un billet pour le voyage. Prêt pour traverser l’air, la terre, vous faufiler à travers les montagnes ; je vous avoue qu’il faudra aussi traverser la mer, car c’est sur l’Atlas. </div><div> <br><br></div><div>Sur l’Atlas !! Est-ce que j’étais sous la contrainte ? Je ne savais pas ? Je n’en sais d’ailleurs toujours rien, je vous avoue. Je restais saisi par une main implacable. Alors je sortis le disque du sac que je tenais toujours à la main et je me mis à scruter la photo, les ombres de cette statue, les ombres des jambes. On ne savait même plus si c’était des ombres ou des jambes… C’est bien ça ce que vous avez aussi choisi tout à l’heure ? On retrouve un peu des silhouettes de dieux indiens ? Mais rien de la mythologie berbère… à part les digitations des têtes de méduse ? Voir toutes ces ombres de bras, de jambes, comme des serpents se hérissant d’un corps, se coulant à terre et glissant sur la pierre ?<br><br></div><div>La traversée dura deux jours. On chopait sur les quais des sandwichs et de l’eau. On se lavait dans les toilettes et on dormait enroulés dans les deux tapis. On était en règle, les billets, cartes d’identité. Personne n’avait rien à nous redire. J’avoue que personne ne venait dans notre compartiment. C’était un jour de semaine ; il y avait de la  place ailleurs, loin de deux garçons hirsutes. On arriva enfin au port ; restait à traverser le détroit et passer sur l’Atlas. <br><br></div><div>Les ferries attendaient à quai, mais pour prendre un billet il fallait montrer ses papiers : lui avait son passeport marocain. Moi, je n’avais que ma carte d’identité ! Carte d’identité française, pas suffisant ! Il me fit faire un passeport par une connaissance. On était passé voir un photographe avant. Le passeport que je présentai au douanier était celui d’un français qui était déjà allé trois fois au Maroc, avec un visa pour chaque année. Le douanier français jeta un coup d’œil rapide, reconnut mon visage et je passai sur le pont. Mon ‘accompagnateur’ avait roulé nos tapis dans deux grands sacs à dos. Il m’avait trouvé de grosses chaussures de marche, une veste de laine. La mer s’annonçait houleuse, mais la traversée durait à peine deux heures. C’est à la descente du bateau que la métamorphose se fit. Je ne reconnaissais plus mon guide. Nous n’étions pas rasés, son visage était sombre ; ses gestes devenaient attentifs, furtifs. Il se fondait dans la foule, il me tenait toujours, mais cela devenait imperceptible. De toute façon, je ne pouvais que le suivre. Il trouva une jeep à la sortie de la ville et se hâta de prendre la route. Quelqu’un avait rempli l’arrière de barils d’eau, de viande séchée, de galettes et dates. Il me donna aussi un bonnet, des lunettes. ‘Il fait froid, mais le soleil tape’ me dit-il … N’était-ce pas plus tôt une façon de dissimuler mon visage ? On arriva dans un village au pied des montagnes et on laissa le véhicule à un frère ou un cousin. La langue n’était plus la même. Ce n’était plus de l’arabe. Ça roulait plus, en grinçant légèrement et en sifflant. On partit alors à pied avec nos sacs, un peu d’eau et du pain. Tout le reste des provisions était pour la famille où restait la jeep. La montée dura, une pause à midi puis encore l’ascension. Quand la nuit arriva, cette fois-ci je m’enroulai dans tout ce que j’avais dans le sac : un pull, ma veste, un foulard raide et le tapis.  Mon sommeil était tout en surface ;  j’ouvris les yeux embués quand il alluma un tout petit feu. Il me tendit du thé vert, très amer.  <br><br></div><div>‘Encore un peu de courage’ me dit-il. Plus tard, avant le soleil du zénith, on se tenait devant un passage dans la montagne. <br><br></div><div>« C’est là ».<br><br></div><div>Devais-je reconnaitre la grotte de la pochette du disque ? ‘Entre !’ fit-il, me poussant l’épaule. Il faisait sombre. Une lumière au sol, un feu et une chaleur enfumée. Et, face à moi, sur le mur, des ombres. Ombres de jambes, flottantes, ombres de bras, agités à la verticale et des crânes dans des entailles sur la paroi. Des crânes me dévisageaient de leurs cavités oculaires. La pochette de disque n’étalait pas tous ces crânes. Des sons comme une litanie rebondissaient sur la pierre. Puis je distinguais une femme, qui m’observait, debout. Des mots, elle scandait des mots hachés, mots dans la langue de la montagne. Il me les traduisit.<br><br></div><div>-    ‘’Roc – Caverne – Griffure’’ <br><br></div><div>Je me sentais bouleversé, nauséeux. J’avais peur. <br><br></div><div>-     Pourquoi m’avoir amené là ? Pourquoi tous ces crânes ? </div><div> </div><div>-   Ce sont les crânes des vivants qui trépassent depuis toujours. </div><div>Confiance !<br><br></div><div>Je chancelais. Il enleva mes chaussures, et finit par ne me laisser qu’un pagne et une écharpe. <br><br></div><div>-   Répète les mots avec moi !<br><br></div><div>Elle se mit à  poursuivre les litanies. Et les ombres bougeaient de plus belle. Les crânes semblaient trembler. <br><br></div><div>-    Parle, parle sinon tu vas retomber. <br><br></div><div>Il me soutint sous le bras. <br><br></div><div>-   ‘Roc – Creux ‘ . Dis ce que tu vois ! . </div><div> </div><div>-  Crâne – vide   oculaire </div><div>Ciel sous roche</div><div>Terre à même l’air</div><div>Air aux abois,  air sous cloche</div><div>Ciel – Décalé des roches</div><div>Ciel pour me happer, me plaquer. </div><div> </div><div>-  Oui, oui ! continue ! Et observe au-delà de la roche. Observe et bouge. Tiens-toi seul!! <br><br></div><div> <br><br></div><div>Et bientôt mes jambes aussi firent danser leurs ombres. Les jambes s’ébrouaient et se grisaient de liberté dans l’obscur. Je ne me retenais plus à la terre, je me faisais aspirer vers le haut de la roche. Comme si je glissais dans l’air, je m’agrippais aux parois, je me retournais tête en bas, je flottais jusqu’au plafond de la grotte. Là, je vis l’entrée de la grotte. Un arc souligné de lumière. Une lumière orange, mais  lumière malgré tout. Mes mains avancèrent. Je rampais. Je rampais à l’envers. Ils étaient en bas, ils ne pouvaient plus m’atteindre. J’atteignais la lumière. Mes mains glissèrent vers le bas, mes bras tombèrent en arrivant au ciel frais. Je sentis que la pesanteur me reprenait. Je me divisai : une partie reprise par la terre et l’autre s’accrochant aux pieds, serrant les aspérités de la voûte entre les genoux. Je gardais mes mains sur la roche extérieure et je trouvais ma prise. Et là avec un coup de rein, puis un renversement  de bassin, je me propulsais à l’avant dans la lumière. Les mains s’accrochaient à la roche, mes bras tendus retenaient mon corps lourd, mes jambes pendaient. Il fallait s’accrocher, avancer, s’écorcher. Je montais à vif sur la montagne sans plus de chaussure, seule le  pagne et l’écharpe. Je grelottais plaqué contre la roche hirsute; je poursuivis jusqu’à trouver un rocher lisse, sans plus aucune prise mais dans lequel je me coinçai pour ne pas tomber. Etait-il bleu ? <br><br></div><div> <br><br></div><div>Quand je revins à moi, j’étais l’absence à même le sol, dans  la lumière qui se levait, hors des roches profondes. Foulard et pagne enroulés autour de moi, j’étais sous le ciel, dans une couverture, couverture qui reprenait les motifs berbères que j’avais suivis sur la pochette du disque. Les motifs se prolongeaient, poursuivaient leur tracé sur la terre rouge. Debout, je parcourais leurs traits tout autour de moi. Mes chaussures étaient plus loin. Il n’y avait plus personne. La grotte ouvrait une béance noire. Une ligne de poudre ocre sur le seuil gardait l'entrée. Mes chaussures m’attendaient, posées sur le disque. Il fallait partir, redescendre vers Paris, passer par l’ambassade ou alors prendre un chemin plus clandestin. J'allais prendre mes chaussures, quand je vis dedans, un appareil photo ; cet appareil photo, avec lequel j’ai pris aujourd’hui vos traces dans le ciel gris de Paris. »</div><div><br><br></div><div><em><br></em><br></div><div><br></div><div><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-20 02:02:49 UTC</pubDate>
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         <title>Se lancer des appels</title>
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         <description><![CDATA[<div>J’ai connu ce bleu qu’au fond de tes yeux.</div><div> </div><div>Qui m’a appelé,</div><div>Le bleu pétrole a appelé. Le bleu pétrole m’a appelé. Le bleu pétrole m’a parlé.</div><div>Observer, toucher, ressentir. </div><div>Détailler le regard</div><div>Aplatir le vivant. Et sélectionner. Amplifier le détail. Amuser l’ennui. Distraire l’ennui.</div><div>Plus tard on appellera ça observer. </div><div>Transformer le motif en abstraction et lui redonner une forme.</div><div> </div><div><em>Voilà ce que je faisais avec le papier peint d’Amatxi, mes yeux dansaient sur lui. Un chemin était défini, tantôt les pleins, tantôt les vides étaient à suivre. J’y jouais en m’habillant, assise au long repas, et même allongée dans le lit. Tous les points de vue amenaient au jeu. Mais là, au bord du sommeil, le motif prenait de l’épaisseur. Mon doigt caressait les stries de la toile. L’appel des toiles tapissées sur fond de meubles en formica bleu. </em></div><div> </div><div>Le téléphone bleu pétrole débranché sonna.</div><div>Mon regard s’éveilla</div><div>La tapisserie pris une épaisseur</div><div>Celle du souvenir</div><div>Le motif répétitif vibra</div><div>Jusqu’à jouer la partition de mes 6 ans</div><div> </div><div>C’est moi qui me lançai un appel. Je me suis fait réveiller par le bleu pétrole. </div><div> </div><div>Était-ce une demande, une invitation ou un appel au plongeon ?</div><div>C’était un rappel.</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-20 14:32:45 UTC</pubDate>
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         <title>Dans les voiles du souvenir</title>
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         <description><![CDATA[<div>Georges m’a donné rendez-vous, rendez-vous avec vous.</div><div>Je ne vouvoie jamais. Voulais-tu me dire que j’avais rendez-vous avec toi ?</div><div>Je serai donc là. Si j’ai bien compris j’ai aussi rendez-vous avec moi.</div><div> </div><div>Je m’attends. Je ne suis pas là. Je me cherche à travers les froufrous de mon esprit.</div><div>La lumière se diffuse dans les couches accumulées de mon échelle intérieure. La trame s’ouvre sur les multiples surfaces imprimées de mon ennui amusé. </div><div>Relevé de substances</div><div>Répertoire teinté</div><div>Érection des châssis ultérieurs</div><div>Terrain de jeu éternel</div><div>Je m’attendais à m’y trouver, finalement j’avais rendez-vous entre les mollets de ma mère.</div><div>Finalement j’existais qu’entre ma mère.</div><div>Finalement je rencontrais des mollets.</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-20 14:34:27 UTC</pubDate>
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         <title>C&#39;est l&#39;azur qui nous dessine</title>
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         <description><![CDATA[<div>Ces espaces de propulsion, comme le bruit sourd du tremplin de bois du saut à cheval.</div><div>On ne sait plus très bien s’ils ont existé, si je les ai pratiqués ou imaginés.</div><div>Peu importe l’exactitude, ils me catapultent.</div><div>Couches de souvenirs</div><div>Aux contours floutés par la réalité</div><div>Une ligne malléable et admissible</div><div>Seulement il est difficile d’y entrer sans plonger dans la fougue du souvenir et la paralysie de l’existence.</div><div>Au bord des mondes, au bord d’un précipice</div><div>Menant à l’ultime vibrance</div><div>Là où se mêlent les lignes striées du formica bleu à l’élan d’une décision.</div><div>Les bleus s’entrelacent.</div><div>Nous deviendrons défunts du ciel ou de la terre</div><div>Mais nous mourrons vivants.</div><div>Comme la poussée d’un saut de l’ange,</div><div>La sensualité de ton échappée,</div><div>De l’envol de l’oiseau bleu pétrole.</div><div>C’est l’enveloppe azur qui nous construit.</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-20 14:35:31 UTC</pubDate>
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         <title>retour de Dominique pour Céline</title>
         <author>atelierenrouelibre</author>
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         <description><![CDATA[<div>Les trois textes s'articulent autour de la perception du monde <em>saturé</em> de bruit et douleur jusqu'au bienfaisant espoir d'un autre univers. Du trop plein, on en vient à la légèreté. </div><div>Que ce soit par les couleurs – l<em>e bleu gendarme/le bleu à l'âme/le rouge sang -</em>, que ce soit par le choix des mots - <em>biscornues, ardues, pointues/s'embrase/encaisser -, </em>par les termes techniques - <em>infrasons/émelage -, </em>on perçoit la description d'un monde qui ôte la liberté et fait violence au corps et à l'esprit. C'est d'autant plus fort, que l'auteur suggère un dérèglement du réel par une suite d'annonces absurdes qui aboutissent à l'abêtissement et à l'épuisement de ceux qui les subissent. Critique de la société d'un pouvoir centralisé qui abîme même les contes de notre enfance. </div><div><br>Est-ce l'escargot qui annonce le règne de la lenteur ?</div><div>Nous voilà propulsés vers notre passé arboricole et conduits vers l'élévation avec l'arbre.</div><div><br>Changement de narration à la première personne. <br><br>Celle qui parle, détient <strong> un secret </strong>qu'elle va confier à Jacques. Elle porte la parole de la liberté, des arbres, de la vie. On ne parle plus d'infrasons mais de <em>filaments</em>, de <em>canopée, de mousse et d'énergie créatrice</em>. C'est très beau cette invitation de la narratrice à suivre cette « petite » (qui me fait penser à Greta Thunberg) qui prône un monde <em>empli de diversité et de respect.</em></div><div>Très belle célébration de l'arbre.</div><div>Texte très bien construit en trois temps qui se complètent et qui sont scandés de ces bruits/onomatopées urbaines.</div><div>Les trois identités de la fin, la voix, la petite et Jacques restituent l'humanité dont le début était privé, livré à des annonces impersonnelles.</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-21 16:48:31 UTC</pubDate>
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         <title>Retour d&#39;Isé pour Joëlle : </title>
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         <description><![CDATA[<div>Retour à Joëlle G pour les textes décembre 2020, d’Annonciation. <br><br></div><div> <br><br></div><div> <br><br></div><div><strong>Départ</strong>  - Texte 1 <br><br></div><div>Le texte démarre sur un jeu de « queues » qui, de temps en temps, trébuche sur des petits accrocs, ceux-là mêmes qui  vont finir par mettre du sens sur la scène. Passer de ‘<em>course’</em> à ‘<em>couscous’</em>, étonnant quand tout était bien huilé jusque-là ! On butte sur le ‘r’ et on cherche à comprendre. Après le couscous viennent les ‘<em>coutumes traditionnelles’</em>, autre accroc, il manque le ‘s’. C’est vrai que ce plat fait partie de certaines coutumes... Suivent les <em>sonnailles,</em> beaucoup de bruit, que l’on veut bien mettre dans le décor d’un couscous traditionnel même si tout s’arrête sur le <em>tronçonnage</em>,. <br><br></div><div>La suite  fait son jeu sans problème, jusqu’à voir surgir après le <em>feu follet</em> non pas le lait de vache, mais la ‘<em>Laiterie Parisienne’</em> : autre surprise et on se retrouve à Paris. Surtout que vient le ‘<em>lit à étage les grandes au-dessus pour pas faire pipi sur les plus petits</em>’ ! Là, on est conforté dans notre recherche: Lit superposé dans la chambre d’une fratrie. Peut-être que cela est souligné par ‘<em>origine’</em> et ‘<em>gynéconomie’</em>. Le terme est assez inédit pour qu’on s’y arrête.  L’histoire des familles et  la place des femmes dans le foyer ou  dans la société, quelque chose comme ça se dessine. Le jeu avec le <em>vingt et un</em>  laisse souffler comme un temps de majorité, moins de <em>bêtises </em> mais les  <em>braises</em> brûlent et préviennent :  ‘<em>chaud devant’ ; ventera</em>  fait gonfler devant mes yeux ce qui finit par <em>terrasser</em>. Dois-je hésiter à suivre ce fil ? Je prends le risque, surtout que ‘<em>ses chaussettes’</em>  s’imposent grâce à ‘<em>ses’</em> après ‘<em>terrasser’</em> et introduisent quelqu’un d’autre. Après <em>vingt et un</em> ans, le <em>toi et moi</em> peut sembler de mise, voire l’arrivée d’un <em>lui</em> face à <em>nous</em> qui provoque le départ… <em>dans la plaine</em>. Est-ce un arrêt à <em>Grâce</em> pour une prière, mais les <em>cerises</em> c’est plutôt le nord ? Ce sera d’abord le rire, rire à gorge déployée, avant des larmes plus amères,  pour des v<em>ach’ries</em>.., <em>vacherie de capes</em>, peut-être un acronyme caché en minuscules, dévoilé sous le ‘s’ ?  Finalement tout cela n’est que <em>gnangnan</em> ; avec le temps qui a passé, le mieux  est d’en <em>ri[re] et pleure[r] de joie’</em>. <br><br></div><div>Voilà comme je suis sortie du Départ, mais peut-être que j’ai mis des images devant mes yeux qui n’avaient ni queue ni tête … Quoique ce hasard de jeu de ‘queues’ serait sacrément bien construit, si à l’origine il ne voulait rien dire. Alors, j’ose malgré tout mon interprétation… <br><br></div><div> <br><br></div><div> <br><br></div><div><strong>Bougie vacille</strong> Texte 2<br><br></div><div>Tout commence dans une hutte, où une bougie vacille. Les mots jouent, se retournent, se malaxent. Mais, l’esprit se bat avec l’existence acquise ou refusée.  L’image d’un ‘fond de bois’, comme on penserait le fond d’un sac est repoussée, mais c’est d’accord pour le fond du puit..  Pourtant beaucoup de choses n’arrivent pas à exister : la<em> fourmi</em> de Desnos, le <em>Père</em> <em>N</em> de décembre, et le <em>fils du</em>. Doit-on mettre les textes 1 et 2 en écho ? <br><br></div><div>Après ça, les filaments éclairant le monde, sont quelque peu  équivoques; l’ambiguïté s’enrichit quand arrive Manet déguisé en Monet, ou inversement. On voit d’abord l’Origine du Monde dans la fleur de Manet et la nudité s’expose encore avec les nymphes, sur le bout de la langue. Le glissement se fait lentement des nymphes à Nymphéa de Monet jusqu’au nénuphar, mis à nu. Les fil-amants nous en ont montré de belles ! On peut retourner alors dans la hutte où vacille la bougie. Elle a droit maintenant à son existence et l’amour avec, même s’il tremble. C’est alors que le sourire, d’abord refusé et le regard noir mis en doute se mettent en première ligne. Voilà où se fait la rencontre : dans le sourire auquel on veut croire et même dans le regard au-dessus du sourire masqué.<br><br></div><div>Pourtant, tout n’est pas si simple. Le fond avait à peine le droit d’existence… mais on le retrouve dans le regard. Les yeux ‘<em>perdus, interrogateurs, profonds’</em> semblent tendre un puit bien vide, où se centre le visage tout entier et [concentre le regard]. Surgit alors un abîme, le visage de l’Autre. L’ambiguïté ici est totale : L’autre, éprouvé, attend devant <em>la prison de Moscou</em>, sans que l’on sache s’il attend son incarcération, sa mise à mort ou sa visite à un détenu. Le visage ne doit rien dire, il est scruté, scruté par l’œil de Moscou. Suite à ça, quand le narrateur nous dit de sourire, même si c’est notre décision, notre liberté, on reste en suspens. Sourire, sourire jusqu’au ‘fond du bois’ dit-il,  serait-ce finalement  sourire à l’inexistence, cerné dans le fond de quatre planches ?? <br><br></div><div> <br><br></div><div> <br><br></div><div><strong>Le Sourire</strong>  - Texte 3  <br><br></div><div>Passage à tout autre chose, plus simple : une plongée dans les mots d’une boule de cristal et, toujours le regard sur l’existant ou l’inexistant. De toute façon, le chercheur ne sait pas après quoi il court.. <br><br></div><div>Tout commence avec un arbre,  grand figure protectrice, qui demande aussi un peu d’attention… et ne manque pas d’humour quand il regarde le boulot qu’il attend des humains, alors que lui, est plutôt ‘chêne’<br><br></div><div>Ensuite, une petite fille. Anne Sylvestre n’est pas loin. La petite fille a déjà un sexe, mais ‘elle n’a pas de nom’, domaine du <em>non-née</em>, bien qu’elle soit sûre d’une existence future. D’ailleurs, elle a déjà son identité, ses goûts. Malheureusement, <em>sur le ménage</em>, elle n’a pas encore capté le progrès, ni assez écouté la chanteuse ? Source de malentendu ; on suspend la comm’.  On lui fait confiance pour  le pari du bonheur, avec ce qu’elle trouvera sur place.  Joli clin d’œil optimiste.  <br><br></div><div>Le temps presse, le tour de boule se termine. Jolie urgence  presque téléphonique… « Du silence, du silence ! », pas facile quand  la cliente semble tellement aimer la parole. Rencontre avec le chat de la petite fille, et lui, il a déjà un nom ; cela voudrait-il dire, que dans cette boule, l’existence est déjà réalité ? Regard sur le futur.  En tous cas, lui, le futur n’est soumis à aucune contrainte et ne craint aucune allergie, mais attention trop de mots finissent par l’effacer.  <br><br></div><div>Enfin, les ultimes cinq minutes ne seront finalement pas pour un dernier mot… Retour au sourire, sourire venu du passé. Un passage très émouvant quand l’écouteuse du cristal décrypte tous les mots qui restent derrière les sourires et donne la clé à la cliente : prendre soin de toutes les rencontres faites autour du globe de verre posé au-dessus des temps. <br><br></div><div>Ce texte a un tout autre tour que les deux premiers, une légèreté de regard vers le futur. On reste avec le sourire sur les lèvres et on le partagera au premier face à face … dans le métro par exemple.<br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-22 10:56:57 UTC</pubDate>
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         <title>Retour de Joëlle pour Dominique</title>
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         <description><![CDATA[<div><strong>Dans les pas d’Emily.</strong></div><div>Joséphine arrive au paradis. Soleil, roseraie, fougères, landes, horizon.</div><div>Joséphine, vu son grand âge, est fatiguée. Chambre, fauteuil fleuri, thé.</div><div>Elle vient réaliser un rêve, retrouver le jardin de celle qui avait marqué son enfance d’une « empreinte forte ». Elle veut retrouver Émily et les souvenirs de son adolescence, fascinée par le décor des <em>Hauts de Hurlement</em>. Paysage, colline de joncs, murets de pierre parmi la bruyère.</div><div>Elle réalise enfin son voyage dans le temps. Mais elle a un peu peur « l’imagination est tellement plus forte que la réalité », qui m’évoque Mark Twain : « La seule différence entre la réalité et la fiction, c’est que la fiction doit être crédible ».</div><div>La réalité, là, dans ce village d’Haworth, va-t-elle tenir le coup ?</div><div>Les lieux déjà, ça c’est une valeur sûre : le presbytère, la tasse de porcelaine blanche... mais ce serait tellement mieux si ces lieux étaient déserts, juste quelques revenants, Emily par exemple, l’homme à cheval...</div><div>Joséphine se plonge dans le livre, évoque un film, commence son voyage rêvé dans ce fauteuil fleuri, dans cette chambre 7. Et s’endort ? Et c’est la fiction qui l’emporte, la conversation au téléphone avec l’auteure morte à trente ans. « C’était ma nature, dit le téléphone ».</div><div>Et puis, les contingences... « Elle descendit pour le dîner », continuant à rêver que demain, au presbytère, Émilie lui jouerait du Mozart, sur son piano droit.</div><div>Merci pour ce voyage imaginé.</div><div> </div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-23 09:53:34 UTC</pubDate>
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         <title>retour de celine pour marin</title>
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         <description><![CDATA[<div>Quelle madeleine que ce bleu. Bleu du regard qui s'immisse sous la tapisserie. Bleu du telephone qui annonce le retour des souvenirs. Poésie bleue avec beaucoup de rythme, bravo.<br><br>Poésie, cadence,  jeu de "vous". Mais qui est ce ? Vous, moi, je. J'aime une fois de plus l'introspection, "l'ennui amusé" et le final d'une naissance à hauteur de molets. <br><br>Un texte ou les souvenir de l'enfance se floutent et "catapult"e le narrateur dans le bleu  qui indentifie, qui rassure et qui construit.<br><br>Bel enchainement des 3 textes avec des fils qui s'étirent. On a envie de suivre ce fil bleu au gré des soubresauts du tremplin.<br><br><strong>Retour de Dominique pour Céline<br></strong><br><br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-23 16:38:13 UTC</pubDate>
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         <title>Chat </title>
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         <description><![CDATA[<div>Mais qui est ce chat aux milles grâces, pattes au élans délicats qui n’ose pas sortir de cette cage. Il sait montrer toute son agilité, sauter entre les flaques de larmes déposées. Il sait jouer, être drôle par ses jeux amusées. Là où il y une banalité, il sait créer des fantaisies. Une balle, un cailloux et le monde enchantée des fééries ludiques se crée par son savoir de s’amuser de rien là où bien d’autres ont besoin de tout et plus encore pour espérer un instant de bonheur. Pourtant ce félin, au besoin de liberté évidente restait enfermée dans cette pièce obscure et étroite, étouffée, n’ayant que pour seul échappatoire ses yeux tournés vers l’extérieur où les autres vivaient si simplement. Pourquoi cette prison. La porte est pourtant ouverte mais l’air froid peut être mais surtout le vent des mots qu’il ne pouvait supporter. Ce tourbillon dans les oreilles était trop difficile à supporter pour lui. Malentendu, se demandant s’il n’était pas malentendant puisque bien souvent les orateurs réfutaient leurs dires.. Ses oreilles et ses moustaches étaient bien trop le réceptacle de mauvaises intentions glissées derrières des affirmations cherchant à le définir tel qu’il n’était pas. Il était chat, libre et félin et rien d’autres que cela. La langue humaine n’était pas son mode de communication et dans ce dédale des mots, il en perdait le sens et la raison<br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-25 20:56:06 UTC</pubDate>
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         <title>Retours de Marin pour Isé</title>
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         <description><![CDATA[<div>Chère Isé, les mots ont emmené avec facilité la lectrice que je suis. La fluidité des phrases m'a permise de me concentrer sur les détails plus loufoques et palpitants de l'histoire et de me plonger pleinement dans mon imagination mêlée à des expériences vécues. Je ne sais pas si c'est voulu, mais un "champ lexical" de notre contexte actuel m'a permis d'aborder ton histoire avec évasion. <br>Mention spéciale pour cette phrase "Des mots, elle scandait des mots hachés, mots dans la langue de la montagne." C'est beau de mener les mots à un langage des éléments.<br>Un écho reste en moi après cette lecture, celui de s'attacher aux petites choses, de pousser son regard dans tout cadre quotidien, que ce soit face à une pochette de disque, une folle rencontre, ou un paysage. Merci !<br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-28 10:45:28 UTC</pubDate>
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         <title>Joëlle pour Céline</title>
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         <description><![CDATA[<div>J’ai adoré les Bi Bip Bruuuu, et autres PchhhhPppppchh Pchiiiiii et tutti quanti...</div><div>Le loup qui doit ramener le beurre et les tartines... le train qui entame sa métaphore... Les rails enguirlandés... les voyageurs, appelés à être « légers et fou »...</div><div> « Seul demeure le silence, la non-pensée »...(Ce matin ma voisine, 80 ans et analphabète : « Ils vaccinent les vieux pour les tuer ».)</div><div>Merci pour les rêves de la petite, pour l’arbre qui « prie de toutes (ses) feuilles » et pour la promesse d’un monde plein d’énergie créatrice et «où les arbres sont libres <mark>».</mark></div><div> </div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-28 15:11:42 UTC</pubDate>
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