<?xml version="1.0"?>
<rss version="2.0">
   <channel>
      <title>Spécialité Terminale HLP by M. Le Loupp</title>
      <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk</link>
      <description>fait avec un soupcon d&#39;intelligence</description>
      <language>en-us</language>
      <pubDate>2020-11-08 12:58:52 UTC</pubDate>
      <lastBuildDate>2025-09-27 02:39:08 UTC</lastBuildDate>
      <webMaster>hello@padlet.com</webMaster>
      <image>
         <url></url>
      </image>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912695311</link>
         <description><![CDATA[<div><strong>Jane Austen, </strong><strong><em>Raison et sensibilité ou les Deux Manières d’aimer</em></strong><strong>, Chapitre 4, 1811</strong></div><div> </div><div>— Quel dommage, Elinor, dit Maria à sa sœur, qu’Edward n’ait aucun goût pour le dessin !</div><div> </div><div>— Aucun goût pour le dessin ! pourquoi pensez-vous cela ? Il ne dessine pas lui-même, il est vrai ; mais il a le plus grand plaisir à voir de bons ouvrages en dessin et en peinture, et il sait les admirer. Je vous assure même qu’il a beaucoup de goût naturel pour cet art, quoiqu’il n’ait pas eu d’occasion de l’étudier. S’il l’avait entrepris, je crois qu’il aurait eu un vrai talent ; il se défie de son propre jugement en cela comme en toute autre chose, et ne se hasarde pas à donner son opinion, mais il a un sentiment intérieur de ce qui est beau, et un goût simple et sûr qui le dirige très-bien.</div><div> </div><div>Elinor défendit son ami avec plus de vivacité qu’à l’ordinaire, et Maria craignant de l’avoir offensée, ne dit plus rien contre le goût naturel d’Edward, mais sans en avoir meilleure opinion. Cette froide approbation qu’il donnait aux talens, sans en avoir lui-même, était trop loin de cet enthousiasme, de ces ravissemens qui, dans son idée, étaient la marque certaine du goût : cependant en souriant en elle-même de l’aveugle présomption d’Elinor, elle lui en sut beaucoup de gré.</div><div> </div><div>— J’espère, ma chère Maria, continua Elinor, que vous ne croyez pas vous-même qu’Edward manque de goût ou de sensibilité ? Toute votre conduite avec lui est si parfaitement amicale ; et je sais que si vous aviez cette opinion de lui, à peine pourriez-vous prendre sur vous d’être polie.</div><div> </div><div>Maria ne sut que répondre : elle ne voulait pas blesser les sentiments de sa sœur, et dire ce qu’elle ne pensait pas lui était impossible. Après un instant de silence, elle lui dit : — Ne soyez pas offensée, chère Elinor, si mes éloges ne répondent pas exactement à l’idée que vous avez de son mérite ; j’ai moins d’occasion que vous de discerner toutes ses qualités, de connaître ses inclinations, ses goûts, de lire dans son cœur et dans son esprit ; mais je vous assure que j’ai la plus haute opinion de sa bonté, de sa raison, de son bon sens, et je pense que personne n’est plus digne que lui d’inspirer une sincère amitié.</div><div> <br><br></div><div><br></div><div> <br><br></div><div>À quoi semble être rattachée la conception de l’art selon chacune des soeurs?</div><div>Relevez les réactions des deux soeurs.</div><div>Comment Maria décrit indirectement son amoureux idéal?</div><div>En quoi l’art se rapproche-t-il de la sensibilité?<br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2020-11-11 13:34:20 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912695311</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912696498</link>
         <description><![CDATA[<div><strong>Marcel Proust, </strong><strong><em>Le Temps Retrouvé</em></strong><strong>,1927</strong></div><div> </div><div><em>Marcel Proust naît le 10 juillet 1871 à Paris. Écrivain, il remporte le prix Goncourt en 1919 pour À l'ombre des jeunes filles en fleur. Son œuvre la plus connue est sans conteste À la recherche du temps perdu et sa célèbre madeleine, une réflexion sur le temps qui passe, écrite dès 1913.</em></div><div> </div><div>La grandeur de l'art véritable, au contraire de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie.</div><div>La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature. Cette vie qui en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas «développés». Notre vie ; et aussi la vie des autres car le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier et autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini, et bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial.</div><div> </div><div><br></div><div> </div><ol><li>Pourquoi seule la pratique de l’art nous permet-elle de vivre réellement notre vie?</li><li>En quoi l’art nous permet-il de sortir de nous?</li><li>Pourquoi les oeuvres d’art sont-elle émouvantes?</li><li>Selon Proust, quelles sont les vertus de l’art, tant au point de vue de la création que de celui de la réception?</li></ol>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2020-11-11 13:34:43 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912696498</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912697892</link>
         <description><![CDATA[<div><strong>Albert Camus, </strong><strong><em>Discours de Stockholm </em></strong><strong>du 10/12/1957</strong></div><div> </div><div><a href="https://www.youtube.com/watch?v=M5QD-32MCv4">https://www.youtube.com/watch?v=M5QD-32MCv4</a></div><div> </div><div>Relevez les mots forts du discours. </div><div>Quel est le rôle de l’artiste selon Camus?</div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2020-11-11 13:35:08 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912697892</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Que suscite cet article? À quelles impressions ou réflexions vous pousse Yves Michaud? Quelles sont les limites de l’art selon vous?</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912700925</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.telerama.fr/scenes/yves-michaud-la-transgression-aujourd-hui-ne-va-pas-tres-loin-il-s-agit-d-une-audace-ritualisee-et-encadree,40623.php" />
         <pubDate>2020-11-11 13:36:00 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912700925</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912702257</link>
         <description><![CDATA[<div><strong>La fascination pour un tableau: Daniel Arasse</strong></div><div> </div><div><a href="https://www.franceculture.fr/peinture/histoires-de-peintures-le-rien-est-lobjet-du-desir">https://www.franceculture.fr/peinture/histoires-de-peintures-le-rien-est-lobjet-du-desir</a></div><div> </div><div><br></div><div> </div><ol><li>Ecoutez l’émission avec Daniel Arasse au sujet du tableau de Fragonard.</li><li>À la manière de Daniel Arasse, vous rédigerez dans un premier temps un texte sur une oeuvre d’art dans laquelle le rien devient selon vous l’objet du désir et vous expliquerez votre propos en interprétant vos propos. Vous préciserez votre pensée et ferez preuve de précision dans vos références. Introduisez l’oeuvre puis problématisez pour y répondre.</li><li>Enregistrez sur une clef USB votre mise en voix du texte rédigé. L’enregistrement doit durer 3 minutes maximum. Le  titre du document doit comporter votre nom et le titre de l’oeuvre et doit être mis en format MP3 ou MP4.</li></ol><div><br></div>]]></description>
         <enclosure url="http://www.addict-art.com/leverroue.jpg" />
         <pubDate>2020-11-11 13:36:24 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912702257</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912720178</link>
         <description><![CDATA[<div><strong>Marguerite Yourcenar, </strong><strong><em>Souvenirs pieux</em></strong><strong>, 1974</strong></div><div> </div><div>"L'être que j'appelle moi vint au monde un certain lundi 8 juin 1903, vers les 8 heures du matin, à Bruxelles, et naissait d'un Français appartenant à une vieille famille du nord, et d'une Belge dont les ascendants avaient été durant quelques siècles établis à Liège, puis s'étaient fixés dans le Hainaut. La maison où se passait cet événement, puisque toute naissance en est un pour le père et la mère et quelques personnes qui leur tiennent de près, se trouvait située au numéro 193 de l'avenue Louise, et a disparu il y a une quinzaine d'années, dévorée par un building.</div><div>"Ayant ainsi consigné ces quelques faits qui ne signifient rien par eux-mêmes, et qui, cependant, et pour chacun de nous, même plus loin que notre propre histoire et même que l'histoire tout court, je m'arrête, prise de vertige devant l'inextricable enchevêtrement d'incidents et de circonstances qui plus ou moins nous déterminent tous. Cet enfant du sexe féminin, déjà pris dans les coordonnées de l'ère chrétienne et de l'Europe du XXème siècle, ce bout de chair rose pleurant dans un berceau bleu, m'oblige à me poser une série de questions d'autant plus redoutables qu'elles paraissent banales, et qu'un littérateur qui sait son métier se garde bien de formuler. Que cet enfant soit moi, je n'en puis douter sans douter de tout. Néanmoins, pour triompher en partie du sentiment d'irréalité que me donne cette identification, je suis forcée, tout comme je le serais pour un personnage historique que j'aurais tenté de recréer, de m'accrocher à des bribes de souvenirs reçus de seconde ou de dixième main, à des informations tirées de bouts de lettre ou de feuillets de calepins qu'on a négligé de jeter au panier, et que notre avidité de savoir pressure au-delà de ce qu'ils peuvent donner, ou d'aller compulser dans les mairies ou chez des notaires des pièces authentiques dont le jargon administratif et légal élimine tout contenu humain. Je n'ignore pas que tout cela est faux ou vague comme tout ce qui a été réinterprété par la mémoire de trop d'individus différents, plat comme ce qu'on écrit sur la ligne pointillée d'une demande de passeport, niais comme les anecdotes qu'on se transmet en famille, rongé par ce qui entre temps s'est amassé en nous comme une pierre par le lichen ou du métal par la rouille. Ces bribes de faits crus connus sont cependant entre cet enfant et moi la seule passerelle viable ; ils sont aussi la seule bouée qui nous soutient tout deux sur la mer du temps."</div><div> <br><br></div><div><br></div><div> </div><div>Comment l’écriture fait ressortir les problèmes de l’autobiographie? En quoi semble-t-elle être une enquête?</div><div>Vous interpréterez le texte de Marguerite Yourcenar.</div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2020-11-11 13:41:32 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912720178</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912722368</link>
         <description><![CDATA[<div><strong>Jean-Paul Sartre, </strong><strong><em>L’Être et le Néant</em></strong><strong>, 1943</strong></div><div> </div><div>Or la signification du passé est étroitement dépendante de mon projet présent. Cela ne signifie nullement que je puis faire varier au gré de mes caprices le sens de mes actes antérieurs; mais, bien au contraire, que le projet fondamental que je suis décidé absolument de la signification que peut avoir pour moi et pour les autres le passé que j’ai à être. Moi seul en effet peut décider à chaque moment de la portée du passé :.non pas en discutant, en délibérant et en appréciant en chaque cas l’importance de tel ou tel. événement antérieur, mais en me projetant vers mes buts, je sauve le passé avec moi et je décide par l’action de sa signification. Cette crise mystique de ma quinzième année, qui décidera si elle «.a été» pur, accident de puberté ou au contraire premier signe d’une conversion future? Moi, selon que je déciderai – à vingt ans, à trente ans – de me convertir. Le projet de conversion’ confère d’un seul coup à une crise d’adolescence la valeur d’une prémonition que je n’avais pas prise au sérieux. Qui décidera si le séjour en prison que j’ai fait, après un vol, a été fruc¬tueux ou déplorable? Moi, selon que je renonce à voler ou que je m’endurcis. Qui peut décider de la valeur d’enseignement d’un voyage, de la sincérité d’un serment d’amour, de la pureté d’une intention passée, etc. ? C’est moi, toujours moi, selon les fins par lesquelles je les éclaire. </div><div> <br><br></div><div><br></div><div> </div><ol><li>Relevez les temps des verbes. Quels sont les champs lexicaux? Qu’en déduisez-vous? Quel lien faites-vous avec le thème?</li><li>Comment la vie de l’auteur est-elle mise en récit? Relevez des exemples et justifiez-les. Proposez ensuite des exemples de votre culture personnelle pour justifier votre propos.</li><li>Comment l’écriture autobiographique peut-elle donner du sens au passé? Vous rédigerez un essai pour répondre à cette question en vous appuyant sur vos précédents travaux.</li></ol>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2020-11-11 13:42:10 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912722368</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912723869</link>
         <description><![CDATA[<div><strong>Jean-Jacques Rousseau, </strong><strong><em>Les Confessions</em></strong><strong>, 1782</strong></div><div> </div><div><em>Intus, et in cute</em></div><div> </div><div>Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme, ce sera moi. </div><div> </div><div>Moi seul. Je sens mon cœur, et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu. </div><div> </div><div>Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon; et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire. J'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus : méprisable et vil quand je l'ai été; bon, généreux, sublime, quand je l'ai été : j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables; qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son cœur au pied de ton trône avec la même sincérité, et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : je fus meilleur que cet homme-là. </div><div> </div><div><em>Intus, et in cute : à l'intérieur et sous la peau</em></div><div> <br><br></div><ol><li>Qui est le narrateur?</li><li>Quels sont les pronoms utilisés? Quel est l’effet recherché?</li><li>Quelle expression représente la vérité? Quelle est la figure de style employée? Quel est l’effet produit?</li><li>Quels sont les temps employés? Quel est l’effet recherché?</li><li>Que cherche à prouver Rousseau au lecteur?</li></ol>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2020-11-11 13:42:36 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912723869</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912727580</link>
         <description><![CDATA[<div><strong>Frédéric Beigbeder, </strong><strong><em>Un Roman français</em></strong><strong>, 2009</strong></div><div> </div><div>pp268-269</div><div> </div><div><br></div><div> </div><div>Commenter cet extrait de Frédéric Beigbeder.</div><div>Que met en avant Frédéric Beigbeder dans cet extrait?</div><div>Définir ce qui semble être selon vous l’autofiction en lisant ce passage.</div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2020-11-11 13:43:36 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912727580</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912792105</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://youtu.be/L5NrxOTb2ro" />
         <pubDate>2020-11-11 14:01:11 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912792105</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912802482</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://longreads.com/2016/07/26/the-miseducation-of-john-muir/" />
         <pubDate>2020-11-11 14:03:53 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912802482</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912807070</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Emerson-La-Nature/108177" />
         <pubDate>2020-11-11 14:05:01 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912807070</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912816052</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Sand-Mauprat/96957" />
         <pubDate>2020-11-11 14:07:17 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912816052</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912835636</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Colette-Claudine-a-lecole/3723" />
         <pubDate>2020-11-11 14:12:09 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912835636</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912843027</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://youtu.be/L5NrxOTb2ro" />
         <pubDate>2020-11-11 14:13:59 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912843027</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912851529</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.dailymotion.com/video/x66105" />
         <pubDate>2020-11-11 14:16:00 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912851529</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912855748</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Beauvoir-Memoires-dune-jeune-fille-rangee/2904" />
         <pubDate>2020-11-11 14:16:59 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912855748</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912865065</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Ellis-Lunar-Park/4612" />
         <pubDate>2020-11-11 14:19:06 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912865065</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912870383</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Woolf-Les-Vagues/19111" />
         <pubDate>2020-11-11 14:20:24 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912870383</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912872922</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Zola-Les-Rougon-Macquart-tome-14--LOeuvre/609012" />
         <pubDate>2020-11-11 14:21:01 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912872922</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912874601</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Gogol-Le-portrait/3803" />
         <pubDate>2020-11-11 14:21:26 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912874601</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912877231</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Foenkinos-Charlotte/622284" />
         <pubDate>2020-11-11 14:22:01 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/912877231</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Un Roman français de F. Beigbeder</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1049742538</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://padlet-uploads.storage.googleapis.com/739480699/26f161278bf1cd75e8955743045a874b/un_roman_francais_F__Beigbeder.pdf" />
         <pubDate>2021-01-03 11:05:36 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1049742538</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Préface de Cromwell de Victor Hugo</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242726132</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://fr.wikisource.org/wiki/Cromwell_-_Pr%C3%A9face" />
         <pubDate>2021-02-25 18:57:46 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242726132</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Léopold Sédar SENGHOR, “Ma Négritude”, L&#39;Étudiant noir, 1935</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242730914</link>
         <description><![CDATA[<div><br></div><div><br></div><div>Ma Négritude point n’est sommeil de la race mais soleil de l’âme, ma négritude vue et vie</div><div>Ma Négritude est truelle à la main, est lance au poing</div><div>Récade. Il n’est question de boire, de manger l’instant qui passe</div><div>Tant pis si je m’attendris sur les roses du Cap-Vert !</div><div>Ma tâche est d ‘éveiller mon peuple aux futurs flamboyants</div><div>Ma joie de créer des images pour le nourrir, ô lumières rythmées de la Parole !</div><div><br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-02-25 18:58:39 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242730914</guid>
      </item>
      <item>
         <title>André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242735197</link>
         <description><![CDATA[<div><br></div><div><br></div><div>Faites-vous apporter de quoi écrire, après vous être établi en un lieu aussi favorable que possible à la concentration de votre esprit sur lui-même. Placez-vous dans l'état le plus passif, ou réceptif, que vous pourrez. Faites abstraction de votre génie, de vos talents et de ceux de tous les autres. Dites-vous bien que la littérature est un des plus tristes chemins qui mènent à tout. Ecrivez vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas retenir et ne pas être tenté de vous relire. La première phrase viendra toute seule, tant il est vrai qu'à chaque seconde il est une phrase étrangère à notre pensée consciente qui ne demande qu'à s'extérioriser. Il est assez difficile de se prononcer sur le cas de la phrase suivante ; elle participe sans doute à la fois de notre activité consciente et de l'autre, si l'on admet que le fait d'avoir écrit la première entraîne un minimum de perception. Peu doit vous importer, d'ailleurs ; c'est en cela que réside, pour la plus grande part, l'intérêt du jeu surréaliste. Toujours est-il que la ponctuation s'oppose sans doute à la continuité absolue de la coulée qui nous occupe, bien qu'elle paraisse aussi nécessaire que la distribution des noeuds sur une corde vivante. Continuez autant qu'il vous plaira. Fiez-vous au caractère inépuisable du murmure. Si le silence menace de s'établir pour peu que vous ayez commis une faute : une faute, peut-on dire, d'inattention, rompez sans hésiter avec une ligne claire. A la suite du mot dont l'origine vous semble suspecte, posez une lettre quelconque, la lettre l, et ramenez l'arbitraire en imposant cette lettre pour initiale au mot qui suivra.</div><div><br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-02-25 18:59:28 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242735197</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Michel Butor, La Modification, 1957</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242742446</link>
         <description><![CDATA[<div>Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et de votre épaule droite vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant.</div><div><br></div><div>Vous vous introduisez par l'étroite ouverture en vous frottant contre ses bords, puis, votre valise couverte de granuleux cuir sombre couleur d'épaisse bouteille, votre valise assez petite d'homme habitué aux longs voyages, vous l'arrachez par sa poignée collante, avec vos doigts qui se sont échauffés, si peu lourde qu'elle soit, de l'avoir portée jusqu'ici, vous la soulevez et vous sentez vos muscles et vos tendons se dessiner non seulement dans vos phalanges, dans votre paume, votre poignet et votre bras, mais dans votre épaule aussi, dans toute la moitié du dos et dans vos vertèbres depuis votre cou jusqu'aux reins.</div><div><br></div><div>Non, ce n'est pas seulement l'heure, à peine matinale, qui est responsable de cette faiblesse inhabituelle, c'est déjà l'âge qui cherche à vous convaincre de sa domination sur votre corps, et pourtant, vous venez seulement d'atteindre les quarante-cinq ans.</div><div><br></div><div>Vos yeux sont mal ouverts, comme voilés de fumée légère, vos paupières sensibles et mal lubrifiées, vos tempes crispées, à la peau tendue et comme raidie en plis minces, vos cheveux qui se clairsèment et grisonnent, insensiblement pour autrui mais non pour vous, pour Henriette et pour Cécile, ni même pour les enfants désormais, sont un peu hérissés et tout votre corps à l'intérieur de vos habits qui le gênent, le serrent et lui pèsent, est comme baigné, dans son réveil imparfait, d'une eau agitée et gazeuse pleine d'animalcules en suspension.</div><div><br></div><div>Si vous êtes entré dans ce compartiment, c'est que le coin couloir face à la marche à votre gauche est libre, cette place même que vous auriez fait demandé par Marnal comme à l'habitude s'il avait été encore temps de retenir, mais non que vous auriez demandé vous-même par téléphone, car il ne fallait pas que quelqu'un sût chez Scabelli que c'était vers Rome que vous vous échappiez pour ces quelques jours.</div><div><br></div><div>Un homme à votre droite, son visage à la hauteur de votre coude, assis en face de cette place où vous allez vous installer pour ce voyage, un peu plus jeune que vous, quarante ans tout au plus, plus grand que vous, pâle, aux cheveux plus gris que les vôtres, aux yeux clignotants derrière des verres très grossissants, aux mains longues et agitées, aux ongles rongés et brunis de tabac, aux doigts qui se croisent et se décroisent nerveusement dans l'impatience du départ, selon toute vraisemblance le possesseur de cette serviette noire bourrée de dossiers dont vous apercevez quelques coins colorés qui s'insinuent par une couture défaite, et de livres sans doute ennuyeux, reliés, au-dessus de lui comme un emblème, comme une légende qui n'en est pas moins explicative, ou énigmatique, pour être une chose, une possession et non un mot, posée sur le filet de métal aux trous carrés, et appuyée sur la paroi du corridor, cet homme vous dévisage, agacé par votre immobilité, debout, ses pieds gênés par vos pieds.</div><div><br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-02-25 19:00:46 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242742446</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Jack Kerouac, Sur la route, 1957</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242751966</link>
         <description><![CDATA[<div>D'étranges villes-carrefours du toit du monde défilaient, avec des Indiens en châle qui nous regardaient sous les bords de leur chapeau et de leurs rebozos. Ils avaient tous la main tendue, quêtant quelque chose que la civilisation, croyaient-ils, pouvait leur offrir; ils étaient loin de se douter de la tristesse de cette pauvre illusion brisée. Ils ne savaient pas qu'une bombe était advenue, qui pouvait met­tre en pièces nos ponts et nos rives, les déchiqueter comme une avalanche, et que nous serions aussi pauvres qu'eux, un jour, à tendre la main tout pareil. Notre Ford déglinguée, ves­tige des années trente et d'une Amérique en marche, fendait leurs rangs dans un bruit de feraille et disparaissait dans la poussière. A Zimapan, ou Ixmiquilpan, ou Actopan, je ne sais plus, on a atteint les abords du dernier plateau. A présent, le soleil se dorait, l'air était vit ef bleu, et le désert, où apparais­saient par-ci par-là des rivières, une vaste étendue lumineuse de sable chaud, avec, soudain, des ombrages sortis de la Bible. Des bergers sont apparus. Neal dormait, et Frank avait pris le volant. On a franchi une zone où les Indiens étaient vêtus comme au temps des commencements, de longs habits flot­tants, les femmes portant des ballots de filasse dorée, les hom­mes appuyés sur de grands bâtons. Au fil du désert étincelant, on a vu de grands arbres, avec des assemblées de bergers assis dessous, pendant que les bêtes allaient et venaient au soleil en soulevant la poussière. De grands agaves poussaient comme des champignons dans cet étrange pays de Judée. «Mec, mec ! » j'ai braillé pour tenter de réveiller Neal, « réveille-toi, que tu voies les bergers, réveille-toi, que tu voies de tes pro­pres veux le monde doré d'où est venu Jésus ! ». Mais il n'a pas repris conscience. Moi, j'ai disjoncté : voilà qu'on passait devant une ville de torchis en ruine, où des centaines de ber­gers étaient rassemblés à l'ombre d'un mur de pierres délabré, leurs longs vêtements traînant dans la poussière; leurs chiens bondissaient, leurs enfants couraient, leurs femmes gardaient la tête baissée, le regard mélancolique, et les hommes aux grands bâtons nous regardaient passer, avec leur port de chefs, comme s'ils avaient été interrompus dans leurs médita­tions communales au soleil vivant par la soudaine arrivée de cette américaine ferraillante avec ses trois clowns dedans. J'ai crié à Neal de regarder. Il a levé la tête aussitôt, embrassé la scène du regard, dans les braises du couchant, et il est retombé endormi. Quand il s'est réveillé, il m'a tout décrit en détails, et il a dit ; « Oui, mec, je suis content que tu m'aies dit de regarder. Ô Seigneur, que faire? où aller?» Il se frottait le ventre, il levait au ciel ses yeux rouges, j'ai cru qu'il allait pleu­rer. À Colonia, nous avons atteint le dernier palier du grand Plateau mexicain, où une route droite comme une flèche menait à Zumpango, puis Mexico. Là, bien sûr, l'air étail for­midablement frais, et sec, et agréable. La fin de notre voyage s'annonçait. De grands champs s'étendaient des deux côtés de la route. Un noble vent soufflait sur les arbres immenses, ça et là, sur les bois, et les vieilles missions, qui se teintaient de rose aux derniers rayons. Les nuages étaient tout proches, énormes, roses aussi. «Mexico au crépuscule!» On y était arrivés. Quand on s'est arrêtés 🤬, j'ai traversé un champ pour m'approcher des grands arbres et je me suis assis un moment méditer dans la plaine, Frank et Neal gesticulaient dans la voiture. Les pauvres diables, leur chair, mêlée à la mienne, venait de bourlinguer sur trois mille cinq cents bor­nes depuis les jardins de Denver, dans l'après-midi, jusqu'à ces vastes contrées bibliques, et à présent nous arrivions bout de la route, et moi, qui ne m'en doutais guère, j'arrivais au bout de ma route avec Neal. Or, ma route avec Neal était bien plus longue que ces trois mille cinq cents bornes. « On quitte nos T-shirts pleins d'insectes? -- Non, gardons-les pour entrer en ville, nom de d'là.» Et nous sommes entrés dans Mexico. Un bref col de montagne nous mène à un sommet d'où nous voyons toute la ville dans son cratère, en contrebas, avec ses fumerolles urbaines, et ses lumières qui brillent déjà. On fond sur elle, on tond sur Insurgentes Boulevard, plein pot, jusqu'au Paseo de la Réforme, cœur battant de la cité. Des gamins jouent au foot sur d'immenses terrains tristes, en faisant voler la poussière. Des chauffeurs de taxi nous rattra­pent, pour savoir si nous voulons des filles. Non, des filles, pas tout de suite. De longs bidonvilles en torchis s'étendent sur la plaine; on voit des silhouettes solitaires dans les ruelles en crépuscule. La nuit viendra bientôt. Et puis c'est la cla­meur de la cité, nous voilà devant des cafés bondés, des ciné­mas; des mécaniciens passent, pieds nus, le pas traînant, avec leur clef anglaise et leur chiffon. Des chauffards indiens aux pieds nus nous coupent la route, nous encerclent en klaxon­nant, dans un trafic dément. Un boucan incroyable. Il n'y a pas de silencieux sur les voitures mexicaines; on écrase le klaxon allègrement, en permanence. «Yee! s'écrie Neal, faites gaffe!» Il balance la voiture dans la circulation, en jouant avec tout le monde.Il conduit comme un Indien. Il s'engage sur le rond-point de la Réforme, ses huit rayons nous cra­chent leurs voitures de tous les côtés, à gauche, à droite, en face, il braille, il saute, il se tient plus de joie. « Ça c'est la cir­culation dont j'ai toujours rêvé, les gens ROULENT, ici!» Voilà qu'une ambulance déboule. En Amérique, l'ambulance se faufile dans la circulation sirène hurlante; les planétaires ambulances des Indiens fellahin déchirent les rues de la ville à cent vingt à l'heure, et il faut leur dégager le passage, pas de danger quelles s'arrêtent un seul instant sous aucun prétexte, elles te foncent dessus bille en tête.</div><div><br><br></div><div>Rouleau comme la route = quels en sont les effets?</div><div>Rythme, modernité du langage...</div><div><br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-02-25 19:02:37 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242751966</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Nathalie Sarraute, L&#39;ère du soupcon, 1956</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242757342</link>
         <description><![CDATA[<div>Mais il y a plus : si étrange que cela puisse paraître, cet auteur que la perspicacité grandissante et la méfiance du lecteur intimident se méfie, de son côté, de plus en plus, du lecteur.</div><div><br></div><div>Le lecteur, en effet, même le plus averti, dès qu’on l’abandonne à lui-même, c’est plus fort que lui, typifie.</div><div><br></div><div>Il le fait — comme d’ailleurs le romancier, aussitôt qu’il se repose — sans même s’en apercevoir, pour la commodité de la vie quotidienne, à la suite d’un long entraînement. Tel le chien de Pavlov, à qui le tintement d’une clochette fait sécréter de la salive, sur le plus faible indice il fabrique des personnages. Comme au jeu des « statues », tous ceux qu’il touche se pétrifient. Ils vont grossir dans sa mémoire la vaste collection de figurines de cire que tout au long de ses journées il complète à la hâte et que, depuis qu’il a l’âge de lire, n’ont cessé d’enrichir d’innombrables romans.</div><div><br></div><div>Or, nous l’avons vu, les personnages, tels que les concevait le vieux roman (et tout le vieil appareil qui servait à les mettre en valeur), ne parviennent plus à contenir la réalité psychologique actuelle. Au lieu, comme autrefois, de la révéler, ils l’escamotent.</div><div><br></div><div>Aussi, par une évolution analogue à celle de la peinture — bien qu’infiniment plus timide et plus lente, coupée de longs arrêts et de reculs — l’élément psychologique, comme l’élément pictural, se libère insensiblement de l’objet avec lequel il faisait corps. Il tend à se suffire à lui-même et à se passer le plus possible de support. C’est sur lui que tout l’effort de recherche du romancier se concentre, et sur lui que doit porter tout l’effort d’attention du lecteur.</div><div><br></div><div>Il faut donc empêcher le lecteur de courir deux lièvres à la fois, et puisque ce que les personnages gagnent en vitalité facile et en vraisemblance, les états psychologiques auxquels ils servent de support le perdent en vérité profonde, il faut éviter qu’il disperse son attention et la laisse accaparer par les personnages, et, pour cela, le priver le plus possible de tous les indices dont, malgré lui, par un penchant naturel, il s’empare pour fabriquer des trompe-l’œil.</div><div><br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-02-25 19:03:36 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242757342</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Perec, l&#39;oulipo</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242763196</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="http://classes.bnf.fr/pdf/fiche_Oulipo.pdf" />
         <pubDate>2021-02-25 19:04:44 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242763196</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Préface de Pierre et Jean de Maupassant</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242766764</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://fr.wikisource.org/wiki/Pierre_et_Jean/Pr%C3%A9face" />
         <pubDate>2021-02-25 19:05:25 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242766764</guid>
      </item>
      <item>
         <title>l&#39;Art Poétique de Boileau</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242799118</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://fr.wikisource.org/wiki/Boileau_-_%C5%92uvres_po%C3%A9tiques/L%E2%80%99Art_po%C3%A9tique/Chant_I" />
         <pubDate>2021-02-25 19:11:45 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242799118</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Georgia O&#39;Keefe</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242831129</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://awarewomenartists.com/artiste/georgia-okeeffe/" />
         <pubDate>2021-02-25 19:17:56 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242831129</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Louise Bourgeois</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242837470</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.beauxarts.com/grand-format/louise-bourgeois-en-3-minutes/" />
         <pubDate>2021-02-25 19:19:13 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242837470</guid>
      </item>
      <item>
         <title>10 performances</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242898924</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.numero.com/fr/Art/performances-artistiques-galerie-trash-sensationnelles-orlan-chris-burden-gutai-fluxus-gina-pane-joseph-beuys" />
         <pubDate>2021-02-25 19:31:46 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242898924</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Agrippa d’Aubigné, “Misères”, Les Tragiques, Livre I, 1616</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242903844</link>
         <description><![CDATA[<div><em>Dans Les Tragiques, Agrippa d’Aubigné fait des descriptions particulièrement choquantes des conditions dans lesquelles les protestants sont assassinés par les catholiques. C’est le cas de ce passage qui donne la parole au poète soldat, puis à un homme mourant.</em></div><div><br></div><div>Là de mille maisons on ne trouva que feux,</div><div>Que charognes1, que morts ou visages affreux.</div><div>La faim va devant moi, force est que je la suive.</div><div>J’ouïs2 d’un gosier3 mourant une voix demi-vive :</div><div>Le cri me sert de guide, et fait voir à l’instant</div><div>D’un homme demi-mort le chef4 se débattant,</div><div>Qui sur le seuil d’un huis5 dissipait sa cervelle.</div><div>Ce demi-vif la mort à son secours appelle</div><div>De sa mourante voix, cet esprit demi-mort</div><div>Disait en son patois (langue de Périgord) :</div><div>« Si vous êtes Français, Français, je vous adjure6,</div><div>Donnez secours de mort, c’est l’aide la plus sûre</div><div>Que j’espère de vous, le moyen de guérir ;</div><div>Faites-moi d’un bon coup et promptement7 mourir.</div><div>Les reîtres8 m’ont tué par faute de viande,</div><div>Ne pouvant ni fournir ni ouïr leur demande ;</div><div>D’un coup de coutelas l’un d’eux m’a emporté</div><div>Ce bras que vous voyez près du lit à côté ;</div><div>J’ai au travers du corps deux balles de pistole9.</div><div><br></div><div><br></div><div>1Corps en décomposition.</div><div>2J’entends</div><div>3Gorge</div><div>4La tête.</div><div>5D’une porte.</div><div>6Supplie.</div><div>7Rapidement</div><div>8Soldats brutaux.</div><div>9 Pistolet.</div><div><br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-02-25 19:32:48 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242903844</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Marguerite Duras, La Douleur, 1985</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242909552</link>
         <description><![CDATA[<div>Dans mon souvenir, à un moment donné, les bruits s’éteignent et je le vois. Immense. Devant moi. Je ne le reconnais pas. Il me regarde. Il sourit. Il se laisse regarder. Une fatigue surnaturelle se montre dans son sourire, celle d’être arrivé à vivre jusqu’à ce moment-ci. C’est à ce sourire que tout à coup je le reconnais, mais de très loin, comme si je le voyais au fond d’un tunnel. C’est un sourire de confusion. Il s’excuse d’en être là, réduit à ce déchet. Et puis le sourire s’évanouit. Et il redevient un inconnu. Mais la connaissance est là, que cet inconnu c’est lui, Robert L., dans sa totalité.</div><div><br></div><div>     Il avait voulu revoir la maison. On l’avait soutenu et il avait fait le tour des chambres. Ses joues se plissaient mais elles ne se décollaient pas des mâchoires, c’était dans ses yeux qu’on avait vu son sourire. Quand il était passé dans la cuisine, il avait vu le clafoutis qu’on lui avait fait. Il a cessé de sourire : « Qu’est-ce que c’est ? » On le lui avait dit. À quoi il était? Aux cerises, c’était la pleine saison. «Je peux en manger? — Nous ne le savons pas, c’est le docteur qui le dira. » II était revenu au salon, il s’était allongé sur le divan. « Alors je ne peux pas en manger? — Pas encore. — Pourquoi? — Parce qu’il y a déjà eu des accidents dans Paris à trop vite faire manger les déportés au retour des camps. »</div><div>     II avait cessé de poser des questions sur ce qui s’était passé pendant son absence. Il avait cessé de nous voir. Son visage s’était recouvert d’une douleur intense et muette parce que la nourriture lui était encore refusée, que ça continuait comme au camp de concentration. Et comme au camp, il avait accepté en silence. Il n’avait pas vu qu’on pleurait. Il n’avait pas vu non plus qu’on pouvait à peine le regarder, à peine lui répondre.</div><div><br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-02-25 19:34:01 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242909552</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Philippe Claudel, Le Rapport Bordeck, 2007</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242915166</link>
         <description><![CDATA[<div>Ceux qui nous gardaient et nous battaient répétaient toujours que nous n'étions que des fientes, moins que des merdes de rat. Nous n'avions pas le droit de les regarder en face. Il fallait maintenir toujours notre tête vers le sol et recevoir les coups sans mot dire. Chaque soir, ils versaient la soupe dans les gamelles de leurs chiens de garde, des dogues au pelage miel, aux gueules retroussées dont les yeux bavaient des larmes un peu rouges. Nous devions nous tenir à quatre pattes,comme les chiens, et prendre la nourriture en nous servant seulement de nos bouches, comme les chiens. La plupart de ceux qui étaient enfermés avec moi ont refusé de le faire. Ils sont morts. Moi, je mangeais comme les chiens,à quatre pattes et avec ma bouche. Et je suis vivant.</div><div>Parfois, lorsque les étaient ivres ou désoeuvrés, ils s'amusaient avec moi en me mettant un collier et une laisse. Il fallait que je marche ainsi, avec le collier et la laisse, il fallait que je fasse le beau, que je tourne sur moi-même, que j'aboie, que je tire la langue, que je lèche leurs bottes. Les gardes ne m'appelaient plus Brodeck, mais Chien Brodeck. Et ils riaient de plus belle. La plupart de ceux qui étaient avec moi refusèrent de faire le chien, et ils moururent, soit de faim, soit des coups répétés que les gardent portaient sur eux. Aucun des autres prisonniers ne m'adressait plus la parole depuis longtemps. " tu es pire que ceux qui nous gardent, tu es un animal, tu es une 🤬 Brodeck!" Comme les gardiens, ils répétaient que je n'étais plus un homme. Ils sont morts. Tous morts. MOi, je suis vivant. Peut-être n'avaient-ils aucun amour au profond de leur cœur ou dans leur village? Oui, peut-être n'avaient-ils aucune raison de vivre.</div><div>Durant les nuits, les gardes avaient fini par m'attacher à un piquet, près de la niche des dogues. Je dormais à même le sol, dans la poussière et l'odeur des péages, des souffles des chiens, de leur urine. Au-dessus de moi, il y avait le ciel. UN peu plus loin, les miradors, les sentinelles, et plus loin la campagne, ces champs qu'on voyait le jour et qui faisaient onduler avec une irréelle insolence leurs blés sous le vent, les houppes des bosquets de bouleaux, le bruit de la grande rivière qui coulait son eau d'argent, toute proche. Moi, en vérité, j'étais très loin de ce lieu. Je n'étais pas attaché à un piquet. Je n'avais pas de collier en cuir. Je n'étais pas allongé à demi nu près des dogues. J'étais dans notre maison, dans notre couche, tout contre le corps tiède d'Emelia et plus du tout dans la poussière. J'étais au chaud et je sentais son coeur battre contre le mien. J'entendais sa voix me dire tous les mots d'amour qu'elle savait si bien chercher dans le noir de notre chambre. Pour tout cela, je suis revenu. Chien Brodeck est revenu chez lui, vivant, et a retrouvé son Emelia qui l'attendait.</div><div><br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-02-25 19:35:11 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242915166</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Primo Lévi, Si c’est un homme, 1988</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242919400</link>
         <description><![CDATA[<div>Et brusquement ce fut le dénouement. La portière s’ouvrit avec fracas ; l’obscurité retentit d’ordres hurlés dans une langue étrangère, et de ces aboiements barbares naturels aux Allemands quand ils commandent, et qui semblent libérer une hargne séculaire. Nous découvrîmes un large quai, éclairé par des projecteurs. Un peu plus loin, une file de camions. Puis tout se tut à nouveau. Quelqu’un traduisit les ordres : il fallait descendre avec les bagages et les déposer le long du train. En un instant, le quai fourmillait d’ombres ; mais nous avions peur de rompre le silence, et tous s’affairaient autour des bagages, se cherchaient, s’interpellaient, mais timidement, à mi-voix.</div><div>Une dizaine de SS, plantés sur leurs jambes écartées, se tenaient à distance, l’air indifférent. À un moment donné, ils s’approchèrent, et sans élever la voix, le visage impassible, ils se mirent à interroger certains d’entre nous en les prenant à part, rapidement : « Quel âge ? En bonne santé ou malade ? » et selon la réponse, ils nous indiquaient deux directions différentes.</div><div><br></div><div> </div><div><br></div><div>Tout baignait dans un silence d’aquarium, de scène vue en rêve. Là où nous nous attendions à quelque chose de terrible, d’apocalyptique, nous trouvions, apparemment, de simples agents de police. C’était à la fois déconcertant et désarmant. Quelqu’un osa s’inquiéter des bagages : ils lui dirent: « bagages, après » ; un autre ne voulait pas quitter sa femme : ils lui dirent « après, de nouveau ensemble » ; beaucoup de mères refusaient de se séparer de leurs enfants : ils leur dirent « bon, bon, rester avec enfants ». Sans jamais se départir de la tranquille assurance de qui ne fait qu’accomplir son travail de tous les jours ; mais comme Renzo s’attardait un peu trop à dire adieu à Francesca, sa fiancée, d’un seul coup en pleine figure ils l’envoyèrent rouler à terre : c’était leur travail de tous les jours.</div><div>En moins de dix minutes, je me trouvai faire partie du groupe des hommes valides. Ce qu’il advint des autres, femmes, enfants, vieillards, il nous fut impossible alors de le savoir : la nuit les engloutit, purement et simplement. Aujourd’hui pourtant, nous savons que ce tri rapide et sommaire avait servi à juger si nous étions capables ou non de travailler utilement pour le Reich ; nous savons que les camps de Buna-Monowitz et de Birkenau n’accueillirent respectivement que quatre-vingt-seize hommes et vingt-neuf femmes de notre convoi et que deux jours plus 🤬 il ne restait de tous les autres – plus de cinq cents – aucun survivant. Nous savons aussi que même ce semblant de critère dans la discrimination entre ceux qui étaient reconnus aptes et ceux qui ne l’étaient pas ne fut pas toujours appliqué, et qu’un système plus expéditif fut adopté par la suite : on ouvrait les portières des wagons des deux côtés en même temps, sans avertir les nouveaux venus ni leur dire ce qu’il fallait faire. Ceux que le hasard faisait descendre du bon côté entraient dans le camp ; les autres finissaient à la chambre à gaz.</div><div><br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-02-25 19:36:00 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242919400</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Robert Antelme, L’Espèce humaine, 1947</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242922957</link>
         <description><![CDATA[<div>Nous sommes au point de ressembler à tout ce qui se bat que pour manger, au point de nous niveler sur une autre espèce, qui ne sera jamais nôtre et vers laquelle on tend ; mais celle-ci qui vit du moins selon la loi authentique — les bêtes ne peuvent pas devenir plus bêtes — apparaît aussi somptueuse que la nôtre « véritable » dont la loi peut être aussi de nous conduire ici. Mais il n’y a pas d’ambigüité, nous restons des hommes, nous ne finirons qu’en hommes. La distance qui nous sépare d’une autre espèce reste intacte, elle n’est pas historique. C’est un rêve SS de croire que nous avons pour mission historique de changer d’espèce, et comme cette mutation se fait trop lentement, ils tuent. Non, cette maladie extraordinaire n’est autre chose qu’un moment culminant de l’histoire des hommes. Et cela peut signifier deux choses : d’abord que l’on fait l’épreuve de la solidité de cette espèce, de sa fixité. Ensuite, que la variété des rapports entre les hommes, leur couleur, leurs coutumes, leur formation en classes masquent une vérité qui apparaît ici éclatante, au bord de la nature, à l’approche de nos limites : il n’y a pas des espèces humaines, il y a une espèce humaine. C’est parce que nous sommes des hommes comme eux que les SS seront en définitive impuissants devant nous. C’est parce qu’ils auront tenté de mettre en cause l’unité de cette espèce qu’ils seront finalement écrasés. […]  Eh bien, ici, la bête est luxueuse, l’arbre est la divinité et nous ne pouvons devenir ni la bête ni l’arbre. Nous ne pouvons pas et les SS ne peuvent pas nous y faire aboutir. Et c’est au moment où le masque a emprunté la figure la plus hideuse, au moment où il va devenir notre figure, qu’il tombe. […] nous en tenons ici la preuve, et la plus irréfutable preuve, puisque la pire victime ne peut faire autrement que de constater que, dans son pire exercice, la puissance du bourreau ne peut être autre qu’une de celles de l’homme : la puissance de meurtre. Il peut tuer un homme, mais il ne peut pas le changer en autre chose.</div><div><br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-02-25 19:36:44 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242922957</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Voyage au bout de l&#39;enfer, Cimino, 1978</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242926998</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://youtu.be/qHnXyFiRs5Y" />
         <pubDate>2021-02-25 19:37:28 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242926998</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Anna Akhmatova, Le Poème sans héros</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242937923</link>
         <description><![CDATA[<div>Dans les années terribles de la lejov, j'ai passé dix-sept mois à faire la queue devant les prisons de Leningrad. Un jour, quelqu'un a cru m'y reconnaître. Alors une femme aux lèvres bleuâtres qui était derrière moi et à qui mon nom ne disait rien, sortit de cette torpeur qui nous était coutumière et me demanda à l'oreille (là-bas, on ne parlait qu'en chuchotant):</div><div>- Et cela, pourriez-vous le décrire?</div><div>Et je répondis:</div><div>- Oui, je le peux.</div><div>Alors, une espèce de sourire glissa sur ce qui avait été jadis son visage.</div><div>1er avril 1957</div><div><br></div><div>Depuis dix-sept mois je crie,</div><div>Je t’appelle à la maison.</div><div>Je me suis jetée au pied du bourreau,</div><div>Pour toi, mon fils,</div><div>mon tourment,</div><div>Tout à jamais s’est emmêlé,</div><div>Je ne distingue plus désormais</div><div>Ni la bête, ni l’homme.</div><div>L’exécution - l’attente -</div><div>C’est pour quand ?</div><div>Rien que des fleurs trop belles,</div><div>Le grincement de l’encensoir et,</div><div>Quelque part, des empreintes</div><div>vers nulle part.</div><div>Une étoile immense me regarde</div><div>Droit dans les yeux, avec</div><div>Cette menace d’une mort prochaine.</div><div><br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-02-25 19:39:48 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242937923</guid>
      </item>
      <item>
         <title>BO terminale</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242946399</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://cache.media.education.gouv.fr/file/SPE8_MENJ_25_7_2019/92/0/spe255_annexe_1158920.pdf" />
         <pubDate>2021-02-25 19:41:36 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242946399</guid>
      </item>
      <item>
         <title>BO première</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242949482</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://cache.media.education.gouv.fr/file/SP1-MEN-22-1-2019/00/2/spe578_annexe_1063002.pdf" />
         <pubDate>2021-02-25 19:42:17 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242949482</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Grand oral</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242956064</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.education.gouv.fr/baccalaureat-2021-epreuve-du-grand-oral-permettre-aux-eleves-de-travailler-une-competence-89576" />
         <pubDate>2021-02-25 19:43:40 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242956064</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Epreuves écrites</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242960179</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.education.gouv.fr/bo/20/Special2/MENE2001793N.htm" />
         <pubDate>2021-02-25 19:44:32 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242960179</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Alcools, G. Apollinaire</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242969261</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Apollinaire-Alcools/7656" />
         <pubDate>2021-02-25 19:46:28 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242969261</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Bêtes sans patrie, U. Iweala</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242973007</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Iweala-Betes-sans-patrie/89757" />
         <pubDate>2021-02-25 19:47:11 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242973007</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Ravage, Barjavel</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242976413</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Barjavel-Ravage/6590" />
         <pubDate>2021-02-25 19:47:55 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242976413</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Charlotte Delbo</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242989364</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Delbo-Auschwitz-et-apres-tome-1--Aucun-de-nous-ne-revie/676924" />
         <pubDate>2021-02-25 19:50:08 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1242989364</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383455468</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://padlet-uploads.storage.googleapis.com/739480699/48d367953522023b772b0994da9adcf1/IMG_1704.jpg" />
         <pubDate>2021-04-05 15:08:07 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383455468</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383460797</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://padlet-uploads.storage.googleapis.com/739480699/9fc37fcd83ee78471b0217a5ec924928/IMG_1705.jpg" />
         <pubDate>2021-04-05 15:09:22 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383460797</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383464154</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.clemi.fr/fr/evenements/toutes-les-actualites/actualite/news/detail/News/lancement-des-10-modules-video-les-petits-tutos-du-grand-oral-de-lumni-en-collaboration-avec-le-c.html" />
         <pubDate>2021-04-05 15:10:13 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383464154</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383499104</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://padlet-uploads.storage.googleapis.com/739480699/d21dbe10ea07ecffd9fd27635efc9b0c/grille_eval_grand_oral.jpg" />
         <pubDate>2021-04-05 15:18:45 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383499104</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383510534</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://padlet-uploads.storage.googleapis.com/739480699/53f72e84b3d5121dae1309e9be33b93b/ppt_mongrandoral_1_1311281_54.jpg" />
         <pubDate>2021-04-05 15:21:34 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383510534</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383511661</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://padlet-uploads.storage.googleapis.com/739480699/fd2647487fb683685011754032884fb3/ppt_mongrandoral_2_1311284_54.jpg" />
         <pubDate>2021-04-05 15:21:51 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383511661</guid>
      </item>
      <item>
         <title></title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383519040</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.lemonde.fr/archives/article/1982/01/05/i-la-science-probleme_2899451_1819218.html" />
         <pubDate>2021-04-05 15:23:40 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383519040</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Emile Zola, La Bête humaine chapitre X, 1890</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383529455</link>
         <description><![CDATA[<div><br>Enfin, Jacques ouvrit les paupières. Ses regards troubles se portèrent sur elles, tour à tour, sans qu’il parût les reconnaître. Elles ne lui importaient pas. Mais ses yeux ayant rencontré, à quelques mètres, la machine qui expirait, s’effarèrent d’abord, puis se fixèrent, vacillants d’une émotion croissante. Elle, la Lison, il la reconnaissait bien, et elle lui rappelait tout, les deux pierres en travers de la voie, l’abominable secousse, ce broiement qu’il avait senti à la fois en elle et en lui, dont lui ressuscitait, tandis qu’elle, sûrement, allait en mourir. Elle n’était point coupable de s’être montrée rétive ; car, depuis sa maladie contractée dans la neige, il n’y avait pas de sa faute, si elle était moins alerte ; sans compter que l’âge arrive, qui alourdit les membres et durcit les jointures. Aussi lui pardonnait-il volontiers, débordé d’un gros chagrin, à la voir blessée à mort, en agonie. La pauvre Lison n’en avait plus que pour quelques minutes. Elle se refroidissait, les braises de son foyer tombaient en cendre, le souffle qui s’était échappé si violemment de ses flancs ouverts, s’achevait en une petite plainte d’enfant qui pleure. Souillée de terre et de bave, elle toujours si luisante, vautrée sur le dos, dans une mare noire de charbon, elle avait la fin tragique d’une bête de luxe qu’un accident foudroie en pleine rue. Un instant, on avait pu voir, par ses entrailles crevées, fonctionner ses organes, les pistons battre comme deux cœurs jumeaux, la vapeur circuler dans les tiroirs comme le sang de ses veines ; mais, pareilles à des bras convulsifs, les bielles n’avaient plus que des tressaillements, les révoltes dernières de la vie ; et son âme s’en allait avec la force qui la faisait vivante, cette haleine immense dont elle ne parvenait pas à se vider toute. La géante éventrée s’apaisa encore, s’endormit peu à peu d’un sommeil très doux, finit par se taire. Elle était morte. Et le tas de fer, d’acier et de cuivre, qu’elle laissait là, ce colosse broyé, avec son tronc fendu, ses membres épars, ses organes meurtris, mis au plein jour, prenait l’affreuse tristesse d’un cadavre humain, énorme, de tout un monde qui avait vécu et d’où la vie venait d’être arrachée, dans la douleur.<br><br></div><div><br>Alors, Jacques, ayant compris que la Lison n’était plus, referma les yeux avec le désir de mourir lui aussi, si faible d’ailleurs, qu’il croyait être emporté dans le dernier petit souffle de la machine ; et, de ses paupières closes, des larmes lentes coulaient maintenant, inondant ses joues. C’en fut trop pour Pecqueux, qui était resté là, immobile, la gorge serrée. Leur bonne amie mourait, et voilà que son mécanicien voulait la suivre. C’était donc fini, leur ménage à trois ? Finis, les voyages, où, montés sur son dos, ils faisaient des cent lieues, sans échanger une parole, s’entendant quand même si bien tous les trois, qu’ils n’avaient pas besoin de faire un signe pour se comprendre ! Ah ! la pauvre Lison, si douce dans sa force, si belle quand elle luisait au soleil ! Et Pecqueux, qui pourtant n’avait pas bu, éclata en sanglots violents, dont les hoquets secouaient son grand corps, sans qu’il pût les retenir.<br><br></div><div><br>Séverine et Flore, elles aussi, se désespéraient, inquiètes de ce nouvel évanouissement de Jacques. La dernière courut chez elle, revint avec de l’eau-de-vie camphrée, se mit à le frictionner, pour faire quelque chose. Mais les deux femmes, dans leur angoisse, étaient exaspérées encore par l’agonie interminable du cheval qui, seul des cinq, survivait, les deux pieds de devant emportés. Il gisait près d’elles, il avait un hennissement continu, un cri presque humain, si retentissant et d’une si effroyable douleur, que deux des blessés, gagnés par la contagion, s’étaient mis à hurler eux aussi, ainsi que des bêtes. Jamais cri de mort n’avait déchiré l’air avec cette plainte profonde, inoubliable, qui glaçait le sang. La torture devenait atroce, des voix tremblantes de pitié et de colère s’emportaient, suppliaient qu’on l’achevât, ce misérable cheval qui souffrait tant, et dont le râle sans fin, maintenant que la machine était morte, restait comme la lamentation dernière de la catastrophe. Alors, Pecqueux, toujours sanglotant, ramassa la hache au fer brisé, puis, d’un seul coup en plein crâne, l’abattit. Et, sur le champ de massacre, le silence tomba.<br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-04-05 15:26:08 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383529455</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Tchernobyl</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383540817</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://player.allocine.fr/19583270.html" />
         <pubDate>2021-04-05 15:28:53 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383540817</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Metropolis F. Lanj</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383553219</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://player.allocine.fr/19583270.html" />
         <pubDate>2021-04-05 15:31:38 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383553219</guid>
      </item>
      <item>
         <title>L&#39;armée des 12 singes, T. Gillian</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383558500</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://player.allocine.fr/19583270.html" />
         <pubDate>2021-04-05 15:32:54 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383558500</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Existenz, D. Cronenberg</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383566835</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://player.allocine.fr/19583270.html" />
         <pubDate>2021-04-05 15:34:56 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383566835</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Matrix, Wachowski</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383569030</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://player.allocine.fr/19583270.html" />
         <pubDate>2021-04-05 15:35:25 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383569030</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Bienvenue à Gattaca, Nicol</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383576789</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://player.allocine.fr/19583270.html" />
         <pubDate>2021-04-05 15:37:13 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383576789</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Minority report, Spielberg</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383581886</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://player.allocine.fr/19583270.html" />
         <pubDate>2021-04-05 15:38:19 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383581886</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Total Recall, Verhoeven</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383586413</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://player.allocine.fr/19583270.html" />
         <pubDate>2021-04-05 15:39:22 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383586413</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Ghost in the shell, Oshii</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383591286</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://player.allocine.fr/19583270.html" />
         <pubDate>2021-04-05 15:40:29 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383591286</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Fahreinheit 451, Truffaut</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383600537</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://player.allocine.fr/19583270.html" />
         <pubDate>2021-04-05 15:42:42 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383600537</guid>
      </item>
      <item>
         <title>L&#39;établi, Linhart</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383608549</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-L%E2%80%99%C3%89tabli%C2%A0-2172-1-1-0-1.html" />
         <pubDate>2021-04-05 15:44:39 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383608549</guid>
      </item>
      <item>
         <title>l&#39;Etabli, Linart</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383612609</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-L%E2%80%99%C3%89tabli%C2%A0-2172-1-1-0-1.html" />
         <pubDate>2021-04-05 15:45:42 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383612609</guid>
      </item>
      <item>
         <title>La Servante écarlate, M. Atwood</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383616960</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Atwood-La-Servante-ecarlate/7074" />
         <pubDate>2021-04-05 15:46:45 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383616960</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Le Mur invisible, Haushofer</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383619814</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Haushofer-Le-Mur-invisible/25719" />
         <pubDate>2021-04-05 15:47:27 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383619814</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Ecoféminisme: la femme est-elle l&#39;avenir de la planète?</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383668686</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.arte.tv/fr/videos/088128-004-A/kreatur-n-8/" />
         <pubDate>2021-04-05 15:58:27 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383668686</guid>
      </item>
      <item>
         <title>A voix haute</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383726729</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://youtu.be/-KLE7PTx92U" />
         <pubDate>2021-04-05 16:11:45 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383726729</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Vigilance</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383736801</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://padlet-uploads.storage.googleapis.com/739480699/5089740cb9e37454d97d0ac433563f74/1GT14_LES_ELEMENTS_SUR_LESQUELS_VOUS_DEVEZ_ETRE_VIGILANT.pdf" />
         <pubDate>2021-04-05 16:14:08 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1383736801</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Julie ou La Nouvelle Héloïse, Rousseau</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1707043202</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.babelio.com/livres/Rousseau-Julie-ou-la-nouvelle-Heloise/4208" />
         <pubDate>2021-08-31 13:11:33 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1707043202</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Julie ou la Nouvelle Heloise, Rousseau I 23</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1707080309</link>
         <description><![CDATA[<div><strong><br>Lettre XXXIII de Julie</strong>[<a href="https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Page:%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_de_Jean-Jacques_Rousseau_-_II.djvu/50&amp;action=edit&amp;section=T-1">modifier</a>]</div><div><br>Ah ! mon ami, le mauvais refuge pour deux amants qu’une assemblée ! Quel tourment de se voir et de se contraindre ! Il vaudrait mieux cent fois ne se point voir. Comment avoir l’air tranquille avec tant d’émotion ? Comment être si différent de soi-même ? Comment songer à tant d’objets quand on n’est occupé que d’un seul ? Comment contenir le geste et les yeux quand le cœur vole ? Je ne sentis de ma vie un trouble égal à celui que j’éprouvai hier quand on t’annonça chez Mme d’Hervart. Je pris ton nom prononcé pour un reproche qu’on m’adressait : je m’imaginai que tout le monde m’observait de concert ; je ne savais plus ce que je faisais ; et à ton arrivée je rougis si prodigieusement, que ma cousine, qui veillait sur moi, fut contrainte d’avancer son visage et son éventail, comme pour me parler à l’oreille. Je tremblai que cela même ne fît un mauvais effet, et qu’on cherchât du mystère à cette chucheterie ; en un mot, je trouvais partout de nouveaux sujets d’alarmes, et je ne sentis jamais mieux combien une conscience coupable arme contre nous de témoins qui n’y songent pas.<br><br></div><div><br>Claire prétendit remarquer que tu ne faisais pas une meilleure figure : tu lui paraissais embarrassé de ta contenance, inquiet de ce que tu devais faire, n’osant aller ni venir, ni m’aborder, ni t’éloigner, et promenant tes regards à la ronde, pour avoir, disait-elle, occasion de les tourner sur nous. Un peu remise de mon agitation, je crus m’apercevoir moi-même de la tienne, jusqu’à ce que la jeune Mme Belon t’ayant adressé la parole, tu t’assis en causant avec elle, et devins plus calme à ses côtés.<br><br></div><div><br>Je sens, mon ami, que cette manière de vivre, qui donne tant de contrainte et si peu de plaisir, n’est pas bonne pour nous ; nous aimons trop pour pouvoir nous gêner ainsi. Ces rendez-vous publics ne conviennent qu’à des gens qui, sans connaître l’amour, ne laissent pas d’être bien ensemble, ou qui peuvent se passer du mystère : les inquiétudes sont trop vives de ma part, les indiscrétions trop dangereuses de la tienne : et je ne puis pas tenir une madame Belon toujours à mes côtés, pour faire diversion au besoin.<br><br></div><div><br>Reprenons, reprenons cette vie solitaire et paisible dont je t’ai tiré si mal à propos : c’est elle qui a fait naître et nourri nos feux ; peut-être s’affaibliraient-ils par une manière de vivre plus dissipée. Toutes les grandes passions se forment dans la solitude ; on n’en a point de semblables dans le monde, où nul objet n’a le temps de faire une profonde impression, et où la multitude des goûts énerve la force des sentiments. Cet état aussi plus convenable à ma mélancolie ; elle s’entretient du même aliment que mon amour : c’est ta chère image qui soutient l’une et l’autre, et j’aime mieux te voir tendre et sensible au fond de mon cœur, que contraint et distrait dans une assemblée.<br><br></div><div><br>Il peut d’ailleurs venir un temps où je serai forcée à une plus grande retraite : fût-il déjà venu, ce temps désiré ! La prudence et mon inclination veulent également que je prenne d’avance des habitudes conformes à ce que peut exiger la nécessité. Ah ! si de mes fautes pouvait naître le moyen de les réparer ! Le doux espoir d’être un jour… Mais insensiblement j’en dirais plus que je n’en veux dire sur le projet qui m’occupe : pardonne-moi ce mystère, mon unique ami ; mon cœur n’aura jamais de secret qui ne te fût doux à savoir. Tu dois pourtant ignorer celui-ci ; et tout ce que je t’en puis dire à présent, c’est que l’amour qui fit nos maux doit nous en donner le remède. Raisonne, commente si tu veux, dans ta tête ; mais je te défends de m’interroger là-dessus.<br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-08-31 13:26:20 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1707080309</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Julie ou La Nouvelle Heloise, Rousseau IV 3</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1707089314</link>
         <description><![CDATA[<div><strong><br>Lettre III. A madame d’Orbe</strong>[<a href="https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Page:%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_de_Jean-Jacques_Rousseau_-_II.djvu/207&amp;action=edit&amp;section=T-1">modifier</a>]</div><div><br>Ma cousine, ma bienfaitrice, mon amie, j’arrive des extrémités de la terre, et j’en rapporte un cœur tout plein de vous. J’ai passé quatre fois la ligne ; j’ai parcouru les deux hémisphères ; j’ai vu les quatre parties du monde ; j’en ai mis le diamètre entre nous ; j’ai fait le tour entier du globe, et n’ai pu vous échapper un moment. On a beau fuir ce qui nous est cher, son image, plus vite que la mer et les vents, nous suit au bout de l’univers ; et partout où l’on se porte, avec soi l’on y porte ce qui nous fait vivre. J’ai beaucoup souffert ; j’ai vu souffrir davantage. Que d’infortunés j’ai vus mourir ! Hélas ! ils mettaient un si grand prix à la vie ! et moi je leur ai survécu !…<br><br></div><div><br>Peut-être étais-je en effet moins à plaindre ; les misères de mes compagnons m’étaient plus sensibles que les miennes ; je les voyais tout entiers à leurs peines ; ils devaient souffrir plus que moi. Je me disais : « Je suis mal ici, mais il est un coin sur la terre où je suis heureux et paisible », et je me dédommageais au bord du lac de Genève de ce que j’endurais sur l’Océan. J’ai le bonheur en arrivant de voir confirmer mes espérances ; milord Edouard m’apprend que vous jouissez toutes deux de la paix et de la santé et que, si vous en particulier avez perdu le doux titre d’épouse, il vous reste ceux d’amie et de mère, qui doivent suffire à votre bonheur.<br><br></div><div><br>Je suis trop pressé de vous envoyer cette lettre, pour vous faire à présent un détail de mon voyage ; j’ose espérer d’en avoir bientôt une occasion plus commode. Je me contente ici de vous en donner une légère idée, plus pour exciter que pour satisfaire votre curiosité. J’ai mis près de quatre ans au trajet immense dont je viens de vous parler, et suis revenu dans le même vaisseau sur lequel j’étais parti, le seul que le commandant ait ramené de son escadre.<br><br></div><div><br>J’ai vu d’abord l’Amérique méridionale, ce vaste continent que le manque de fer a soumis aux Européens, et dont ils ont fait un désert pour s’en assurer l’empire. J’ai vu les côtes du Brésil, où Lisbonne et Londres puisent leurs trésors et dont les peuples misérables foulent aux pieds l’or et les diamants sans oser y porter la main. J’ai traversé paisiblement les mers orageuses qui sont sous le cercle antarctique ; j’ai trouvé dans la mer Pacifique les plus effroyables tempêtes.<br><br></div><div><br>E in mar dubbioso sotto ignoto polo<br><br></div><div><br>Provai l’onde fallaci, e’l vento infido.<br><br></div><div><br>J’ai vu de loin le séjour de ces prétendus géants qui ne sont grands qu’en courage, et dont l’indépendance est plus assurée par une vie simple et frugale que par une haute stature. J’ai séjourné trois mois dans une île déserte et délicieuse, douce et touchante image de l’antique beauté de la nature, et qui semble être confinée au bout du monde pour y servir d’asile à l’innocence et à l’amour persécutés ; mais l’avide Européen suit son humeur farouche en empêchant l’Indien paisible de l’habiter, et se rend justice en ne l’habitant pas lui-même.<br><br></div><div><br>J’ai vu sur les rives du Mexique et du Pérou le même spectacle que dans le Brésil : j’en ai vu les rares et infortunés habitants, tristes restes de deux puissants peuples, accablés de fers, d’opprobre et de misères au milieu de leurs riches métaux, reprocher au ciel en pleurant les trésors qu’il leur a prodigués. J’ai vu l’incendie affreux d’une ville entière sans résistance et sans défenseurs. Tel est le droit de la guerre parmi les peuples savants, humains et polis de l’Europe ; on ne se borne pas à faire à son ennemi tout le mal dont on peut tirer du profit : mais on compte pour un profit tout le mal qu’on peut lui faire à pure perte. J’ai côtoyé presque toute la partie occidentale de l’Amérique, non sans être frappé d’admiration en voyant quinze cents lieues de côte et la plus grande mer du monde sous l’empire d’une seule puissance qui tient pour ainsi dire en sa main les clefs d’un hémisphère du globe.<br><br></div><div><br>Après avoir traversé la grande mer, j’ai trouvé dans l’autre continent un nouveau spectacle. J’ai vu la plus nombreuse et la plus illustre nation de l’univers soumise à une poignée de brigands ; j’ai vu de près ce peuple célèbre, et n’ai plus été surpris de le trouver esclave. Autant de fois conquis qu’attaqué, il fut toujours en proie au premier venu et le sera jusqu’à la fin des siècles. Je l’ai trouvé digne de son sort, n’ayant pas même le courage d’en gémir. Lettré, lâche, hypocrite et charlatan ; parlant beaucoup sans rien dire, plein d’esprit sans aucun génie, abondant en signes et stérile en idées ; poli, complimenteur, adroit, fourbe et fripon ; qui met tous les devoirs en étiquettes, toute la morale en simagrées, et ne connaît d’autre humanité que les salutations et les révérences. J’ai surgi dans une seconde île déserte, plus inconnue, plus charmante encore que la première, et où le plus cruel accident faillit à nous confiner pour jamais. Je fus le seul peut-être qu’un exil si doux n’épouvanta point. Ne suis-je pas désormais partout en exil ? J’ai vu dans ce lieu de délices et d’effroi ce que peut tenter l’industrie humaine pour tirer l’homme civilisé d’une solitude où rien ne lui manque, et le replonger dans un gouffre de nouveaux besoins.<br><br></div><div><br>J’ai vu dans le vaste Océan, où il devrait être si doux à des hommes d’en rencontrer d’autres, deux grands vaisseaux se chercher, se trouver, s’attaquer, se battre avec fureur, comme si cet espace immense eût été trop petit pour chacun d’eux. Je les ai vus vomir l’un contre l’autre le fer et les flammes. Dans un combat assez court, j’ai vu l’image de l’enfer ; j’ai entendu les cris de joie des vainqueurs couvrir les plaintes des blessés et les gémissements des mourants. J’ai reçu en rougissant ma part d’un immense butin ; je l’ai reçu, mais en dépôt ; et s’il fut pris sur des malheureux, c’est à des malheureux qu’il sera rendu.<br><br></div><div><br>J’ai vu l’Europe transportée à l’extrémité de l’Afrique par les soins de ce peuple avare, patient et laborieux, qui a vaincu par le temps et la constance des difficultés que tout l’héroïsme des autres peuples n’a jamais pu surmonter. J’ai vu ces vastes et malheureuses contrées qui ne semblent destinées qu’à couvrir la terre de troupeaux d’esclaves. A leur vil aspect j’ai détourné les yeux de dédain, d’horreur et de pitié ; et, voyant la quatrième partie de mes semblables changée en bêtes pour le service des autres, j’ai gémi d’être homme.<br><br></div><div><br>Enfin j’ai vu dans mes compagnons de voyage un peuple intrépide et fier, dont l’exemple et la liberté rétablissaient à mes yeux l’honneur de mon espèce, pour lequel la douleur et la mort ne sont rien, et qui ne craint au monde que la faim et l’ennui. J’ai vu dans leur chef un capitaine, un soldat, un pilote, un sage, un grand homme, et, pour dire encore plus peut-être, le digne ami d’Edouard Bomston ; mais ce que je n’ai point vu dans le monde entier, c’est quelqu’un qui ressemble à Claire d’Orbe, à Julie d’Etange, et qui puisse consoler de leur perte un cœur qui sut les aimer.<br><br></div><div><br>Comment vous parler de ma guérison ? C’est de vous que je dois apprendre à la connaître. Reviens-je plus libre et plus sage que je ne suis parti ? J’ose le croire et ne puis l’affirmer. La même image règne toujours dans mon cœur ; vous savez s’il est possible qu’elle s’en efface ; mais son empire est plus digne d’elle et, si je ne me fais pas illusion, elle règne dans ce cœur infortuné comme dans le vôtre. Oui, ma cousine, il me semble que sa vertu m’a subjugué, que je ne suis pour elle que le meilleur et le plus tendre ami qui fût jamais, que je ne fais plus que l’adorer comme vous l’adorez vous-même ; ou plutôt il me semble que mes sentiments ne se sont pas affaiblis, mais rectifiés ; et, avec quelque soin que je m’examine, je les trouve aussi purs que l’objet qui les inspire. Que puis-je vous dire de plus jusqu’à l’épreuve qui peut m’apprendre à juger de moi ? Je suis sincère et vrai ; je veux être ce que je dois être : mais comment répondre de mon cœur avec tant de raisons de m’en défier ? Suis-je le maître du passé ? Puis-je empêcher que mille feux ne m’aient autrefois dévoré ? Comment distinguerai-je par la seule imagination ce qui est de ce qui fut ? Et comment me représenterai-je amie celle que je ne vis jamais qu’amante ? Quoi que vous pensiez peut-être du motif secret de mon empressement, il est honnête et raisonnable ; il mérite que vous l’approuviez. Je réponds d’avance au moins de mes intentions. Souffrez que je vous voie, et m’examinez vous-même ; ou laissez-moi voir Julie, et je saurai ce que je suis.<br><br></div><div><br>Je dois accompagner milord Edouard en Italie. Je passerai près de vous ! et je ne vous verrais point ! Pensez-vous que cela se puisse ? Eh ! si vous aviez la barbarie de l’exiger, vous mériteriez de n’être pas obéie. Mais pourquoi l’exigeriez-vous ? N’êtes-vous pas cette même Claire, aussi bonne et compatissante que vertueuse et sage, qui daigna m’aimer dès sa plus tendre jeunesse, et qui doit m’aimer bien plus encore aujourd’hui que je lui dois tout ? Non, non, chère et charmante amie, un si cruel refus ne serait ni de vous ni fait pour moi ; il ne mettra point le comble à ma misère. Encore une fois, encore une fois en ma vie, je déposerai mon cœur à vos pieds. Je vous verrai, vous y consentirez. Je la verrai, elle y consentira. Vous connaissez trop bien toutes deux mon respect pour elle. Vous savez si je suis homme à m’offrir à ses yeux en me sentant indigne d’y paraître. Elle a déploré si longtemps l’ouvrage de ses charmes, ah ! qu’elle voie une fois l’ouvrage de sa vertu !<br><br></div><div><br>P.-S. ─ Milord Edouard est retenu pour quelques temps encore ici par des affaires ; s’il m’est permis de vous voir, pourquoi ne prendrais-je pas les devants pour être plus tôt auprès de vous ?<br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-08-31 13:29:47 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1707089314</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Julie ou La Nouvelle Heloise, Rousseau, V 3</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1707099339</link>
         <description><![CDATA[<div><strong><br>Lettre III à milord Edouard</strong>[<a href="https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Page:%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_de_Jean-Jacques_Rousseau_-_II.djvu/282&amp;action=edit&amp;section=T-1">modifier</a>]</div><div><br>Nous avons eu des hôtes ces jours derniers. Ils sont repartis hier, et nous recommençons entre nous trois une société d’autant plus charmante qu’il n’est rien resté dans le fond des cœurs qu’on veuille se cacher l’un à l’autre. Quel plaisir je goûte à reprendre un nouvel être qui me rend digne de votre confiance ! Je ne reçois pas une marque d’estime de Julie et de son mari que je ne me dise avec une certaine fierté d’âme : « Enfin j’oserai me montrer à lui. » C’est par vos soins, c’est sous vos yeux, que j’espère honorer mon état présent de mes fautes passées. Si l’amour éteint jette l’âme dans l’épuisement, l’amour subjugué lui donne, avec la conscience de sa victoire, une élévation nouvelle et un attrait plus vif pour tout ce qui est grand et beau. Voudrait-on perdre le fruit d’un sacrifice qui nous a coûté si cher ? Non, milord ; je sens qu’à votre exemple mon cœur va mettre à profit tous les ardents sentiments qu’il a vaincus ; je sens qu’il faut avoir été ce que je fus pour devenir ce que je veux être.<br><br></div><div><br>Après six jours perdus aux entretiens frivoles des gens indifférents, nous avons passé aujourd’hui une matinée à l’anglaise, réunis et dans le silence, goûtant à la fois le plaisir d’être ensemble et la douceur du recueillement. Que les délices de cet état sont connues de peu de gens ! Je n’ai vu personne en France en avoir la moindre idée. « La conversation des amis ne tarit jamais », disent-ils. Il est vrai, la langue fournit un babil facile aux attachements médiocres ; mais l’amitié, milord, l’amitié ! Sentiment vif et céleste, quels discours sont dignes de toi ? Quelle langue ose être ton interprète ? Jamais ce qu’on dit à son ami peut-il valoir ce qu’on sent à ses côtés ? Mon Dieu ! qu’une main serrée, qu’un regard animé, qu’une étreinte contre la poitrine, que le soupir qui la suit, disent de choses, et que le premier mot qu’on prononce est froid après tout cela ! O veillées de Besançon ! moments consacrés au silence et recueillis par l’amitié ! O Bomston, âme grande, ami sublime ! non, je n’ai point avili ce que tu fis pour moi, et ma bouche ne t’en a jamais rien dit.<br><br></div><div><br>Il est sûr que cet état de contemplation fait un des grands charmes des hommes sensibles. Mais j’ai toujours trouvé que les importuns empêchaient de le goûter, et que les amis ont besoin d’être sans témoin pour pouvoir ne se rien dire qu’à leur aise. On veut être recueillis, pour ainsi dire, l’un dans l’autre : les moindres distractions sont désolantes, la moindre contrainte est insupportable. Si quelquefois le cœur porte un mot à la bouche, il est si doux de pouvoir le prononcer sans gêne ! Il semble qu’on n’ose penser librement ce qu’on n’ose dire de même ; il semble que la présence d’un seul étranger retienne le sentiment et comprime des âmes qui s’entendraient si bien sans lui.<br><br></div><div><br>Deux heures se sont ainsi écoulées entre nous dans cette immobilité d’extase, plus douce mille fois que le froid repos des dieux d’Epicure. Après le déjeuner, les enfants sont entrés comme à l’ordinaire dans la chambre de leur mère ; mais au lieu d’aller ensuite s’enfermer avec eux dans le gynécée selon sa coutume, pour nous dédommager en quelque sorte du temps perdu sans nous voir, elle les a fait rester avec elle, et nous ne nous sommes point quittés jusqu’au dîner. Henriette, qui commence à savoir tenir l’aiguille, travaillait assise devant la Fanchon, qui faisait de la dentelle, et dont l’oreiller posait sur le dossier de sa petite chaise. Les deux garçons feuilletaient sur une table un recueil d’images dont l’aîné expliquait les sujets au cadet. Quand il se trompait, Henriette attentive, et qui sait le recueil par cœur, avait soin de le corriger. Souvent, feignant d’ignorer à quelle estampe ils étaient, elle en tirait un prétexte de se lever, d’aller et venir de sa chaise à la table et de la table à la chaise. Ces promenades ne lui déplaisaient pas, et lui attiraient toujours quelque agacerie de la part du petit mali ; quelquefois même il s’y joignait un 🤬 que sa bouche enfantine sait mal appliquer encore, mais dont Henriette, déjà plus savante, lui épargne volontiers la façon. Pendant ces petites leçons, qui se prenaient et se donnaient sans beaucoup de soin, mais aussi sans la moindre gêne, le cadet comptait furtivement des onchets de buis qu’il avait cachés sous le livre.<br><br></div><div><br>Mme de Wolmar brodait près de la fenêtre vis-à-vis des enfants ; nous étions, son mari et moi, encore autour de la table à thé, lisant la gazette, à laquelle elle prêtait assez peu d’attention. Mais à l’article de la maladie du roi de France et de l’attachement singulier de son peuple, qui n’eut jamais d’égal que celui des Romains pour Germanicus, elle a fait quelques réflexions sur le bon naturel de cette nation douce et bienveillante, que toutes haïssent et qui n’en hait aucune, ajoutant qu’elle n’enviait du rang suprême que le plaisir de s’y faire aimer. « N’enviez rien, lui a dit son mari d’un ton qu’il m’eût dû laisser prendre ; il y a longtemps que nous sommes tous vos sujets. » A ce mot, son ouvrage est tombé de ses mains ; elle a tourné la tête, et jeté sur son digne époux un regard si touchant, si tendre, que j’en ai tressailli moi-même. Elle n’a rien dit : qu’eût-elle dit qui valût ce regard ? Nos yeux se sont aussi rencontrés. J’ai senti, à la manière dont son mari m’a serré la main, que la même émotion nous gagnait tous trois, et que la douce influence de cette âme expansive agissait autour d’elle et triomphait de l’insensibilité même.<br><br></div><div><br>C’est dans ces dispositions qu’a commencé le silence dont je vous parlais : vous pouvez juger qu’il n’était pas de froideur et d’ennui. Il n’était interrompu que par le petit manège des enfants ; encore, aussitôt que nous avons cessé de parler, ont-ils modéré par imitation leur caquet, comme craignant de troubler le recueillement universel. C’est la petite surintendante qui la première s’est mise à baisser la voix, à faire signe aux autres, à courir sur la pointe du pied ; et leurs jeux sont devenus d’autant plus amusants que cette légère contrainte y ajoutait un nouvel intérêt. Ce spectacle, qui semblait être mis sous nos yeux pour prolonger notre attendrissement, a produit son effet naturel.<br><br></div><div><br>Ammutiscon le lingue, e parlan l’alme.<br><br></div><div><br>Que de choses se sont dites sans ouvrir la bouche ! Que d’ardents sentiments se sont communiqués sans la froide entremise de la parole ! Insensiblement Julie s’est laissée absorber à celui qui dominait tous les autres. Ses yeux se sont tout à fait fixés sur ses trois enfants, et son cœur, ravi dans une si délicieuse extase, animait son charmant visage de tout ce que la tendresse maternelle eut jamais de plus touchant.<br><br></div><div><br>Livrés nous-mêmes à cette double contemplation, nous nous laissions entraîner Wolmar et moi, à nos rêveries, quand les enfants qui les causaient les ont fait finir. L’aîné, qui s’amusait aux images, voyant que les onchets empêchaient son frère d’être attentif, a pris le temps qu’il les avait rassemblés, et, lui donnant un coup sur la main, les a fait sauter par la chambre. Marcellin s’est mis à pleurer ; et, sans s’agiter pour le faire taire, Mme de Wolmar a dit à Fanchon d’emporter les onchets. L’enfant s’est tu sur-le-champ, mais les onchets n’ont pas moins été emportés sans qu’il ait recommencé de pleurer, comme je m’y étais attendu. Cette circonstance, qui n’était rien, m’en a rappelé beaucoup d’autres auxquelles je n’avais fait nulle attention ; et je ne me souviens pas, en y pensant, d’avoir vu d’enfants à qui l’on parlât si peu et qui fussent moins incommodes. Ils ne quittent presque jamais leur mère, et à peine s’aperçoit-on qu’ils soient là. Ils sont vifs, étourdis, sémillants, comme il convient à leur âge, jamais importuns ni criards, et l’on voit qu’ils sont discrets avant de savoir ce que c’est que discrétion. Ce qui m’étonnait le plus dans les réflexions où ce sujet m’a conduit, c’était que cela se fît comme de soi-même, et qu’avec une si vive tendresse pour ses enfants Julie se tourmentât si peu autour d’eux. En effet, on ne la voit jamais s’empresser à les faire parler ou taire, ni à leur prescrire ou défendre ceci ou cela. Elle ne dispute point avec eux, elle ne les contrarie point dans leurs amusements ; on dirait qu’elle se contente de les voir et de les aimer, et que, quand ils ont passé leur journée avec elle, tout son devoir de mère est rempli.<br><br></div><div><br>Quoique cette paisible tranquillité me parût plus douce à considérer que l’inquiète sollicitude des autres mères, je n’en étais pas moins frappé d’une indolence qui s’accordait mal avec mes idées. J’aurais voulu qu’elle n’eût pas encore été contente avec tant de sujets de l’être : une activité superflue sied si bien à l’amour maternel ! Tout ce que je voyais de bon dans ses enfants, j’aurais voulu l’attribuer à ses soins ; j’aurais voulu qu’ils dussent moins à la nature et davantage à leur mère ; je leur aurais presque désiré des défauts, pour la voir plus empressée à les corriger.<br><br></div><div><br>Après m’être occupé longtemps de ces réflexions en silence, je l’ai rompu pour les lui communiquer. « Je vois, lui ai-je dit, que le ciel récompense la vertu des mères par le bon naturel des enfants ; mais ce bon naturel veut être cultivé. C’est dès leur naissance que doit commencer leur éducation. Est-il un temps plus propre à les former que celui où ils n’ont encore aucune forme à détruire ? Si vous les livrez à eux-mêmes dès leur enfance, à quel âge attendrez-vous d’eux de la docilité ? Quand vous n’auriez rien à leur apprendre, il faudrait leur apprendre à vous obéir. ─ Vous apercevez-vous, a-t-elle répondu, qu’ils me désobéissent ? ─ Cela serait difficile, ai-je dit, quand vous ne leur commandez rien. » Elle s’est mise à sourire en regardant son mari ; et, me prenant par la main, elle m’a mené dans le cabinet où nous pouvions causer tous trois sans être entendus des enfants.<br><br></div><div><br>C’est là que, m’expliquant à loisir ses maximes, elle m’a fait voir sous cet air de négligence la plus vigilante attention qu’ait jamais donnée la tendresse maternelle. « Longtemps, m’a-t-elle dit, j’ai pensé comme vous sur les instructions prématurées ; et durant ma première grossesse, effrayé de tous mes devoirs et des soins que j’aurais bientôt à remplir, j’en parlais souvent à M. de Wolmar avec inquiétude. Quel meilleur guide pouvais-je prendre en cela, qu’un observateur éclairé qui joignait à l’intérêt d’un père le sang-froid d’un philosophe ? Il remplit et passa mon attente ; il dissipa mes préjugés, et m’apprit à m’assurer avec moins de peine un succès beaucoup plus étendu. Il me fit sentir que la première et la plus importante éducation, celle précisément que tout le monde oublie, est de rendre un enfant propre à être élevé. Une erreur commune à tous les parents qui se piquent de lumières est de supposer leurs enfants raisonnables dès leur naissance, et de leur parler comme à des hommes avant même qu’ils sachent parler. La raison est l’instrument qu’on pense employer à les instruire ; au lieu que les autres instruments doivent servir à former celui-là, et que de toutes les instructions propres à l’homme, celle qu’il acquiert le plus 🤬 et le plus difficilement est la raison même. En leur parlant dès leur bas âge une langue qu’ils n’entendent point, on les accoutume à se payer de mots, à en payer les autres, à contrôler tout ce qu’on leur dit, à se croire aussi sages que leurs maîtres, à devenir disputeurs et mutins ; et tout ce qu’on pense obtenir d’eux par des motifs raisonnables, on ne l’obtient en effet que par ceux de crainte ou de vanité qu’on est toujours forcé d’y joindre.<br><br></div><div><br>Il n’y a point de patience que ne lasse enfin l’enfant qu’on veut élever ainsi ; et voilà comment, ennuyés, rebutés, excédés de l’éternelle importunité dont ils leur ont donné l’habitude eux-mêmes, les parents, ne pouvant plus supporter le tracas des enfants, sont forcés de les éloigner d’eux en les livrant à des maîtres ; comme si l’on pouvait jamais espérer d’un précepteur plus de patience et de douceur que n’en peut avoir un père.<br><br></div><div><br>La nature, a continué Julie, veut que les enfants soient enfants avant que d’être hommes. Si nous voulons pervertir cet ordre, nous produirons des fruits précoces qui n’auront ni maturité ni saveur, et ne tarderont pas à se corrompre ; nous aurons de jeunes docteurs et de vieux enfants. L’enfance a des manières de voir, de penser, de sentir, qui lui sont propres. Rien n’est moins sensé que d’y vouloir substituer les nôtres ; et j’aimerais autant exiger qu’un enfant eût cinq pieds de haut que du jugement à dix ans.<br><br></div><div><br>La raison ne commence à se former qu’au bout de plusieurs années, et quand le corps a pris une certaine consistance. L’intention de la nature est donc que le corps se fortifie avant que l’esprit s’exerce. Les enfants sont toujours en mouvement ; le repos et la réflexion sont l’aversion de leur âge ; une vie appliquée et sédentaire les empêche de croître et de profiter ; leur esprit ni leur corps ne peuvent supporter la contrainte. Sans cesse enfermés dans une chambre avec des livres, ils perdent toute leur vigueur ; ils deviennent délicats, faibles, malsains, plutôt hébétés que raisonnables ; et l’âme se sent toute la vie du dépérissement du corps.<br><br></div><div><br>Quand toutes ces instructions prématurées profiteraient à leur jugement autant qu’elles y nuisent, encore y aurait-il un très grand inconvénient à les leur donner indistinctement et sans égard à celles qui conviennent par préférence au génie de chaque enfant. Outre la constitution commune à l’espèce, chacun apporte en naissant un tempérament particulier qui détermine son génie et son caractère, et qu’il ne s’agit ni de changer ni de contraindre, mais de former et de perfectionner. Tous les caractères sont bons et sains en eux-mêmes, selon M. de Wolmar. Il n’y a point, dit-il, d’erreurs dans la nature ; tous les vices qu’on impute au naturel sont l’effet des mauvaises formes qu’il a reçues. Il n’y a point de scélérat dont les penchants mieux dirigés n’eussent produit de grandes vertus. Il n’y a point d’esprit faux dont on n’eût tiré des talents utiles en le prenant d’un certain biais, comme ces figures difformes et monstrueuses qu’on rend belles et bien proportionnées en les mettant à leur point de vue. Tout concourt au bien commun dans le système universel. Tout homme a sa place assignée dans le meilleur ordre des choses ; il s’agit de trouver cette place et de ne pas pervertir cet ordre. Qu’arrive-t-il d’une éducation commencée dès le berceau et toujours sous une même formule, sans égard à la prodigieuse diversité des esprits ? Qu’on donne à la plupart des instructions nuisibles ou déplacées, qu’on les prive de celles qui leur conviendraient, qu’on gêne de toutes parts la nature, qu’on efface les grandes qualités de l’âme pour en substituer de petites et d’apparentes qui n’ont aucune réalité ; qu’en exerçant indistinctement aux mêmes choses tant de talents divers, on efface les uns par les autres, on les confond tous ; qu’après bien des soins perdus à gâter dans les enfants les vrais dons de la nature, on voit bientôt ternir cet éclat passager et frivole qu’on leur préfère, sans que le naturel étouffé revienne jamais ; qu’on perd à la fois ce qu’on a détruit et ce qu’on a fait ; qu’enfin, pour le prix de tant de peine indiscrètement prise, tous ces petits prodiges deviennent des esprits sans force et des hommes sans mérite, uniquement remarquables par leur faiblesse et par leur inutilité. »<br><br></div><div><br>« J’entends ces maximes, ai-je dit à Julie ; mais j’ai peine à les accorder avec vos propres sentiments sur le peu d’avantage qu’il y a de développer le génie et les talents naturels de chaque individu, soit pour son propre bonheur, soit pour le vrai bien de la société. Ne vaut-il pas infiniment mieux former un parfait modèle de l’homme raisonnable et de l’honnête homme, puis rapprocher chaque enfant de ce modèle par la force de l’éducation, en excitant l’un, en retenant l’autre, en réprimant les passions, en perfectionnant la raison, en corrigeant la nature ?… ─ Corriger la nature ! a dit Wolmar en m’interrompant ; ce mot est beau ; mais, avant que de l’employer, il fallait répondre à ce que Julie vient de vous dire. »<br><br></div><div><br>Une réponse très péremptoire, à ce qu’il me semblait, était de nier le principe ; c’est ce que j’ai fait. « Vous supposez toujours que cette diversité d’esprits et de génies qui distingue les individus est l’ouvrage de la nature ; et cela n’est rien moins qu’évident. Car enfin, si les esprits sont différents, ils sont inégaux ; et si la nature les a rendus inégaux, c’est en douant les uns préférablement aux autres d’un peu plus de finesse de sens, d’étendue de mémoire, ou de capacité d’attention. Or, quant aux sens et à la mémoire, il est prouvé par l’expérience que leurs divers degrés d’étendue et de perfection ne sont point la mesure de l’esprit des hommes ; et quant à la capacité d’attention, elle dépend uniquement de la force des passions qui nous animent ; et il est encore prouvé que tous les hommes sont, par leur nature, susceptibles de passions assez fortes pour les douer du degré d’attention auquel est attachée la supériorité de l’esprit.<br><br></div><div><br>Que si la diversité des esprits, au lieu de venir de la nature, était un effet de l’éducation, c’est-à-dire de diverses idées, des divers sentiments qu’excitent en nous dès l’enfance les objets qui nous frappent, les circonstances où nous nous trouvons, et toutes les impressions que nous recevons, bien loin d’attendre pour élever les enfants qu’on connût le caractère de leur esprit, il faudrait au contraire se hâter de déterminer convenablement ce caractère par une éducation propre à celui qu’on veut leur donner. »<br><br></div><div><br>A cela il m’a répondu que ce n’était pas sa méthode de nier ce qu’il voyait, lorsqu’il ne pouvait l’expliquer. « Regardez, m’a-t-il dit, ces deux chiens qui sont dans la cour ; ils sont de la même portée. Ils ont été nourris et traités de même, ils ne se sont jamais quittés. Cependant l’un des deux est vif, gai, caressant, plein d’intelligence ; l’autre, lourd, pesant, hargneux, et jamais on n’a pu lui rien apprendre. La seule différence des tempéraments a produit en eux celle des caractères, comme la seule différence de l’organisation intérieure produit en nous celle des esprits ; tout le reste a été semblable… ─ Semblable ? ai-je interrompu ; quelle différence ! Combien de petits objets ont agi sur l’un et non pas sur l’autre ! combien de petites circonstances les ont frappés diversement sans que vous vous en soyez aperçu ! ─ Bon ! a-t-il repris, vous voilà raisonnant comme les astrologues. Quand on leur opposait que deux hommes nés sous le même aspect avaient des fortunes si diverses, ils rejetaient bien loin cette identité. Ils soutenaient que, vu la rapidité des cieux, il y avait une distance immense du thème de l’un de ces hommes à celui de l’autre, et que, si l’on eût pu remarquer les deux instants précis de leurs naissances, l’objection se fût tournée en preuve.<br><br></div><div><br>Laissons, je vous prie, toutes ces subtilités, et nous en tenons à l’observation. Elle nous apprend qu’il y a des caractères qui s’annoncent presque en naissant, et des enfants qu’on peut étudier sur le sein de leur nourrice. Ceux-là font une classe à part et s’élèvent en commençant de vivre. Mais quant aux autres qui se développent moins vite, vouloir former leur esprit avant de le connaître, c’est s’exposer à gâter le bien que la nature a fait, et à faire plus mal à sa place. Platon votre maître ne soutenait-il pas que tout le savoir humain, toute la philosophie ne pouvait tirer d’une âme humaine que ce que la nature y avait mis, comme toutes les opérations chimiques n’ont jamais tiré d’aucun mixte qu’autant d’or qu’il en contenait déjà ? Cela n’est vrai ni de nos sentiments ni de nos idées ; mais cela est vrai de nos dispositions à les acquérir. Pour changer l’organisation intérieure ; pour changer un caractère, il faudrait changer le tempérament dont il dépend. Avez-vous jamais ouï dire qu’un emporté soit devenu flegmatique, et qu’un esprit méthodique et froid ait acquis de l’imagination ? Pour moi, je trouve qu’il serait tout aussi aisé de faire un blond d’un brun, et d’un sot un homme d’esprit. C’est donc en vain qu’on prétendrait refondre les divers esprits sur un modèle commun. On peut les contraindre et non les changer : on peut empêcher les hommes de se montrer tels qu’ils sont, mais non les faire devenir autres ; et, s’ils se déguisent dans le cours ordinaire de la vie, vous les verrez dans toutes les occasions importantes reprendre leur caractère originel, et s’y livrer avec d’autant moins de règle qu’ils n’en connaissent plus en s’y livrant. Encore une fois, il ne s’agit point de changer le caractère et de plier le naturel, mais au contraire de le pousser aussi loin qu’il peut aller, de le cultiver, et d’empêcher qu’il ne dégénère ; car c’est ainsi qu’un homme devient tout ce qu’il peut être, et que l’ouvrage de la nature s’achève en lui par l’éducation. Or, avant de cultiver le caractère il faut l’étudier, attendre paisiblement qu’il se montre, lui fournir les occasions de se montrer, et toujours s’abstenir de rien faire plutôt que d’agir mal à propos. A tel génie il faut donner des ailes, à d’autres des entraves ; l’un veut être pressé, l’autre retenu ; l’un veut qu’on le flatte, et l’autre qu’on l’intimide : il faudrait tantôt éclairer, tantôt abrutir. Tel homme est fait pour porter la connaissance humaine jusqu’à son dernier terme ; à tel autre il est même funeste de savoir lire. Attendons la première étincelle de la raison ; c’est elle qui fait sortir le caractère et lui donne sa véritable forme ; c’est par elle aussi qu’on le cultive, et il n’y a point avant la raison de véritable éducation pour l’homme.<br><br></div><div><br>Quant aux maximes de Julie que vous mettez en opposition, je ne sais ce que vous y voyez de contradictoire. Pour moi je les trouve parfaitement d’accord. Chaque homme apporte en naissant un caractère, un génie et des talents qui lui sont propres. Ceux qui sont destinés à vivre dans la simplicité champêtre n’ont pas besoin, pour être heureux, du développement de leurs facultés, et leurs talents enfouis sont comme les mines d’or du Valais que le bien public ne permet pas qu’on exploite. Mais dans l’état civil, où l’on a moins besoin de bras que de tête, et où chacun doit compte à soi-même et aux autres de tout son prix, il importe d’apprendre à tirer des hommes tout ce que la nature leur a donné, à les diriger du côté où ils peuvent aller le plus loin, et surtout à nourrir leurs inclinations de tout ce qui peut les rendre utiles. Dans le premier cas, on n’a d’égard qu’à l’espèce, chacun fait ce que font tous les autres ; l’exemple est la seule règle, l’habitude est le seul talent, et nul n’exerce de son âme que la partie commune à tous. Dans le second, on s’applique à l’individu, à l’homme en général ; on ajoute en lui tout ce qu’il peut avoir de plus qu’un autre : on le suit aussi loin que la nature le mène ; et l’on en fera le plus grand des hommes s’il a ce qu’il faut pour le devenir. Ces maximes se contredisent si peu, que la pratique en est la même pour le premier âge. N’instruisez point l’enfant du villageois, car il ne lui convient pas d’être instruit. N’instruisez pas l’enfant du citadin, car vous ne savez encore quelle instruction lui convient. En tout état de cause, laissez former le corps jusqu’à ce que la raison commence à poindre ; alors c’est le moment de la cultiver. »<br><br></div><div><br>« Tout cela me paraîtrait fort bien, ai-je dit, si je n’y voyais un inconvénient qui nuit fort aux avantages que vous attendez de cette méthode ; c’est de laisser prendre aux enfants mille mauvaises habitudes qu’on ne prévient que par les bonnes. Voyez ceux qu’on abandonne à eux-mêmes ; ils contractent bientôt tous les défauts dont l’exemple frappe leurs yeux, parce que cet exemple est commode à suivre, et n’imitent jamais le bien, qui coûte plus à pratiquer. Accoutumés à tout obtenir, à faire en toute occasion leur indiscrète volonté, ils deviennent mutins, têtus, indomptables… ─ Mais, a repris M. de Wolmar, il me semble que vous avez remarqué le contraire dans les nôtres, et que c’est ce qui a donné lieu à cet entretien. ─ Je l’avoue, ai-je dit, et c’est précisément ce qui m’étonne. Qu’a-t-elle fait pour les rendre dociles ? Comment s’y est-elle prise ? Qu’a-t-elle substitué au joug de la discipline ? ─ Un joug bien plus inflexible, a-t-il dit à l’instant, celui de la nécessité. Mais, en vous détaillant sa conduite elle vous fera mieux entendre ses vues. » Alors il l’a engagée à m’expliquer sa méthode ; et, après une courte pause, voici à peu près comme elle m’a parlé.<br><br></div><div><br>« Heureux les enfants bien nés, mon aimable ami ! Je ne présume pas autant de nos soins que M. de Wolmar. Malgré ses maximes, je doute qu’on puisse jamais tirer un bon parti d’un mauvais caractère, et que tout naturel puisse être tourné à bien ; mais, au surplus, convaincue de la bonté de sa méthode, je tâche d’y conformer en tout ma conduite dans le gouvernement de la famille. Ma première espérance est que des méchants ne seront pas sortis de mon sein ; la seconde est d’élever assez bien les enfants que Dieu m’a donnés, sous la direction de leur père, pour qu’ils aient un jour le bonheur de lui ressembler. J’ai tâché pour cela de m’approprier les règles qu’il m’a prescrites, en leur donnant un principe moins philosophique et plus convenable à l’amour maternel : c’est de voir mes enfants heureux. Ce fut le premier vœu de mon cœur en portant le doux nom de mère, et tous les soins de mes jours sont destinés à l’accomplir. La première fois que je tins mon fils aîné dans mes bras, je songeai que l’enfance est presque un quart des plus longues vies, qu’on parvient rarement aux trois autres quarts, et que c’est une bien cruelle prudence de rendre cette première portion malheureuse pour assurer le bonheur du reste, qui peut-être ne viendra jamais. Je songeai que, durant la faiblesse du premier âge, la nature assujettit les enfants de tant de manières, qu’il est barbare d’ajouter à cet assujettissement l’empire de nos caprices en leur ôtant une liberté si bornée et dont ils peuvent si peu abuser. Je résolus d’épargner au mien toute contrainte autant qu’il serait possible, de lui laisser tout l’usage de ses petites forces, et de ne gêner en lui nul des mouvements de la nature. J’ai déjà gagné à cela deux grands avantages : l’un, d’écarter de son âme naissante le mensonge, la vanité, la colère, l’envie, en un mot tous les vices qui naissent de l’esclavage, et qu’on est contraint de fomenter dans les enfants pour obtenir d’eux ce qu’on en exige ; l’autre, de laisser fortifier librement son corps par l’exercice continuel que l’instinct lui demande. Accoutumé tout comme les paysans à courir tête nue au soleil, au froid, à s’essouffler, à se mettre en sueur, il s’endurcit comme eux aux injures de l’air et se rend plus robuste en vivant plus content. C’est le cas de songer à l’âge d’homme et aux accidents de l’humanité. Je vous l’ai déjà dit, je crains cette pusillanimité meurtrière qui, à force de délicatesse et de soins, affaiblit, effémine un enfant, le tourmente par une éternelle contrainte, l’enchaîne par mille vaines précautions, enfin l’expose pour toute sa vie aux périls inévitables dont elle veut le préserver un moment, et, pour lui sauver quelques rhumes dans son enfance, lui prépare de loin des fluxions de poitrine, des pleurésies, des coups de soleil, et la mort étant grand.<br><br></div><div><br>Ce qui donne aux enfants livrés à eux-mêmes la plupart des défauts dont vous parliez, c’est lorsque, non contents de faire leur propre volonté, ils la font encore faire aux autres, et cela par l’insensée indulgence des mères à qui l’on ne complaît qu’en servant toutes les fantaisies de leur enfant. Mon ami, je me flatte que vous n’avez rien vu dans les miens qui sentît l’empire et l’autorité, même avec le dernier domestique, et que vous ne m’avez pas vue non plus applaudir en secret aux fausses complaisances qu’on a pour eux. C’est ici que je crois suivre une route nouvelle et sûre pour rendre à la fois un enfant libre, paisible, caressant, docile, et cela par un moyen fort simple, c’est de le convaincre qu’il n’est qu’un enfant.<br><br></div><div><br>A considérer l’enfance en elle-même, y a-t-il au monde un être plus faible, plus misérable, plus à la merci de tout ce qui l’environne, qui ait si grand besoin de pitié, d’amour, de protection, qu’un enfant ? Ne semble-t-il pas que c’est pour cela que les premières voix qui lui sont suggérées par la nature sont les cris et les plaintes ; qu’elle lui a donné une figure si douce et un air si touchant, afin que tout ce qui l’approche s’intéresse à sa faiblesse et s’empresse à le secourir ? Qu’y a-t-il donc de plus choquant, de plus contraire à l’ordre, que de voir un enfant, impérieux et mutin, commander à tout ce qui l’entoure, prendre impudemment un ton de maître avec ceux qui n’ont qu’à l’abandonner pour le faire périr, et d’aveugles parents, approuvant cette audace, l’exercer à devenir le tyran de sa nourrice, en attendant qu’il devienne le leur ?<br><br></div><div><br>Quant à moi, je n’ai rien épargné pour éloigner de mon fils la dangereuse image de l’empire et de la servitude, et pour ne jamais lui donner lieu de penser qu’il fût plutôt servi par devoir que par pitié. Ce point est peut-être le plus difficile et le plus important de toute l’éducation ; et c’est un détail qui ne finirait point que celui de toutes les précautions qu’il m’a fallu prendre, pour prévenir en lui cet instinct si prompt à distinguer les services mercenaires des domestiques de la tendresse des soins maternels.<br><br></div><div><br>L’un des principaux moyens que j’ai employés a été, comme je vous l’ai dit, de le bien convaincre de l’impossibilité où le tient son âge de vivre sans notre assistance. Après quoi je n’ai pas eu peine à lui montrer que tous les secours qu’on est forcé de recevoir d’autrui sont des actes de dépendance ; que les domestiques ont une véritable supériorité sur lui, en ce qu’il ne saurait se passer d’eux, tandis qu’il ne leur est bon à rien ; de sorte que, bien loin de tirer vanité de leurs services, il les reçoit avec une sorte d’humiliation, comme un témoignage de sa faiblesse, et il aspire ardemment au temps où il sera assez grand et assez fort pour avoir l’honneur de se servir lui-même. »<br><br></div><div><br>« Ces idées, ai-je dit, seraient difficiles à établir dans des maisons où le père et la mère se font servir comme des enfants ; mais dans celle-ci, où chacun, à commencer par vous, a ses fonctions à remplir, et où le rapport des valets aux maîtres n’est qu’un échange perpétuel de services et de soins, je ne crois pas cet établissement impossible. Cependant il me reste à concevoir comment des enfants accoutumés à voir prévenir leurs besoins n’étendent pas ce droit à leurs fantaisies, ou comment ils ne souffrent pas quelquefois de l’humeur d’un domestique qui traitera de fantaisie un véritable besoin. »<br><br></div><div><br>« Mon ami, a repris Mme de Wolmar, une mère peu éclairée se fait des monstres de tout. Les vrais besoins sont très bornés dans les enfants comme dans les hommes, et l’on doit plus regarder à la durée du bien-être qu’au bien-être d’un seul moment. Pensez-vous qu’un enfant qui n’est point gêné puisse assez souffrir de l’humeur de sa gouvernante, sous les yeux d’une mère, pour en être incommodé ? Vous supposez des inconvénients qui naissent de vices déjà contractés, sans songer que tous mes soins ont été d’empêcher ces vices de naître. Naturellement les femmes aiment les enfants. La mésintelligence ne s’élève entre eux que quand l’un veut assujettir l’autre à ses caprices. Or cela ne peut arriver ici, ni sur l’enfant dont on n’exige rien, ni sur la gouvernante à qui l’enfant n’a rien à commander. J’ai suivi en cela tout le contre-pied des autres mères, qui font semblant de vouloir que l’enfant obéisse au domestique, et veulent en effet que le domestique obéisse à l’enfant. Personne ici ne commande ni n’obéit ; mais l’enfant n’obtient jamais de ceux qui l’approchent qu’autant de complaisance qu’il en a pour eux. Par là, sentant qu’il n’a sur tout ce qui l’environne d’autre autorité que celle de la bienveillance, il se rend docile et complaisant ; en cherchant à s’attacher les cœurs des autres, le sien s’attache à eux à son tour ; car on aime en se faisant aimer, c’est l’infaillible effet de l’amour-propre ; et de cette affection réciproque, née de l’égalité, résultent sans effort les bonnes qualités qu’on prêche sans cesse à tous les enfants, sans jamais en obtenir aucune.<br><br></div><div><br>J’ai pensé que la partie la plus essentielle de l’éducation d’un enfant, celle dont il n’est jamais question dans les éducations les plus soignées, c’est de lui bien faire sentir sa misère, sa faiblesse, sa dépendance, et, comme vous a dit mon mari, le pesant joug de la nécessité que la nature impose à l’homme ; et cela, non seulement afin qu’il soit sensible à ce qu’on fait pour lui alléger ce joug, mais surtout afin qu’il connaisse de bonne heure en quel rang l’a placé la Providence, qu’il ne s’élève point au-dessus de sa portée, et que rien d’humain ne lui semble étranger à lui.<br><br></div><div><br>Induits dès leur naissance par la mollesse dans laquelle ils sont nourris, par les égards que tout le monde a pour eux, par la facilité d’obtenir tout ce qu’ils désirent, à penser que tout doit céder à leurs fantaisies, les jeunes gens entrent dans le monde avec cet impertinent préjugé, et souvent ils ne s’en corrigent qu’à force d’humiliations, d’affronts et de déplaisirs. Or je voudrais bien sauver à mon fils cette seconde et mortifiante éducation, en lui donnant par la première une plus juste opinion des choses. J’avais d’abord résolu de lui accorder tout ce qu’il demanderait, persuadée que les premiers mouvements de la nature sont toujours bons et salutaires. Mais je n’ai pas tardé de connaître qu’en se faisant un droit d’être obéis les enfants sortaient de l’état de nature presque en naissant, et contractaient nos vices par notre exemple, les leurs par notre indiscrétion. J’ai vu que si je voulais contenter toutes ses fantaisies, elles croîtraient avec ma complaisance ; qu’il y aurait toujours un point où il faudrait s’arrêter, et où le refus lui deviendrait d’autant plus sensible qu’il y serait moins accoutumé. Ne pouvant donc, en attendant la raison, lui sauver tout chagrin, j’ai préféré le moindre et le plus tôt passé. Pour qu’un refus lui fût moins cruel, je l’ai plié d’abord au refus ; et, pour lui épargner de longs déplaisirs, des lamentations, des mutineries, j’ai rendu tout refus irrévocable. Il est vrai que j’en fais le moins que je puis, et que j’y regarde à deux fois avant que d’en venir là. Tout ce qu’on lui accorde est accordé sans condition dès la première demande, et l’on est très indulgent là-dessus, mais il n’obtient jamais rien par importunité ; les pleurs et les flatteries sont également inutiles. Il en est si convaincu, qu’il a cessé de les employer ; du premier mot il prend son parti, et ne se tourmente pas plus de voir fermer un cornet de bonbons qu’il voudrait manger, qu’envoler un oiseau qu’il voudrait tenir, car il sent la même impossibilité d’avoir l’un et l’autre. Il ne voit rien dans ce qu’on lui ôte, sinon qu’il ne l’a pu garder ; ni dans ce qu’on lui refuse, sinon qu’il n’a pu l’obtenir ; et loin de battre la table contre laquelle il se blesse, il ne battrait pas la personne qui lui résiste. Dans tout ce qui le chagrine il sent l’empire de la nécessité, l’effet de sa propre faiblesse, jamais l’ouvrage du mauvais vouloir d’autrui… Un moment ! dit-elle un peu vivement, voyant que j’allais répondre ; je pressens votre objection ; j’y vais venir à l’instant.<br><br></div><div><br>Ce qui nourrit les criailleries des enfants, c’est l’attention qu’on y fait, soit pour leur céder, soit pour les contrarier. Il ne leur faut quelquefois pour pleurer tout un jour, que s’apercevoir qu’on ne veut pas qu’ils pleurent. Qu’on les flatte ou qu’on les menace, les moyens qu’on prend pour les faire taire sont tous pernicieux et presque toujours sans effet. Tant qu’on s’occupe de leurs pleurs, c’est une raison pour eux de les continuer ; mais ils s’en corrigent bientôt quand ils voient qu’on n’y prend pas garde ; car, grands et petits, nul n’aime à prendre une peine inutile. Voilà précisément ce qui est arrivé à mon aîné. C’était d’abord un petit criard qui étourdissait tout le monde ; et vous êtes témoin qu’on ne l’entend pas plus à présent dans la maison que s’il n’y avait point d’enfant. Il pleure quand il souffre ; c’est la voix de la nature qu’il ne faut jamais contraindre ; mais il se tait à l’instant qu’il ne souffre plus. Aussi fais-je une très grande attention à ses pleurs, bien sûre qu’il n’en verse jamais en vain. Je gagne à cela de savoir à point nommé quand il sent de la douleur et quand il n’en sent pas, quand il se porte bien et quand il est malade ; avantage qu’on perd avec ceux qui pleurent par fantaisie et seulement pour se faire apaiser. Au reste j’avoue que ce point n’est pas facile à obtenir des nourrices et des gouvernantes : car, comme rien n’est plus ennuyeux que d’entendre toujours lamenter un enfant, et que ces bonnes femmes ne voient jamais que l’instant présent, elles ne songent pas qu’à faire taire l’enfant aujourd’hui il en pleurera demain davantage. Le pis est que l’obstination qu’il contracte tire à conséquence dans un âge avancé. La même cause qui le rend criard à trois ans le rend mutin à douze, querelleur à vingt, impérieux à trente, et insupportable toute sa vie.<br><br></div><div><br>Je viens maintenant à vous, me dit-elle en souriant. Dans tout ce qu’on accorde aux enfants ils voient aisément le désir de leur complaire ; dans tout ce qu’on en exige ou qu’on leur refuse ils doivent supposer des raisons sans les demander. C’est un autre avantage qu’on gagne à user avec eux d’autorité plutôt que de persuasion dans les occasions nécessaires : car, comme il n’est pas possible qu’ils n’aperçoivent quelquefois la raison qu’on a d’en user ainsi, il est naturel qu’ils la supposent encore quand ils sont hors d’état de la voir. Au contraire, dès qu’on a soumis quelque chose à leur jugement, ils prétendent juger de tout, ils deviennent sophistes, subtils, de mauvaise foi, féconds en chicanes, cherchant toujours à réduire au silence ceux qui ont la faiblesse de s’exposer à leurs petites lumières. Quand on est contraint de leur rendre compte des choses qu’ils ne sont point en état d’entendre, ils attribuent au caprice la conduite la plus prudente, sitôt qu’elle est au-dessus de leur portée. En un mot, le seul moyen de les rendre dociles à la raison n’est pas de raisonner avec eux, mais de les bien convaincre que la raison est au-dessus de leur âge : car alors ils la supposent du côté où elle doit être, à moins qu’on ne leur donne un juste sujet de penser autrement. Ils savent bien qu’on ne veut pas les tourmenter quand ils sont sûrs qu’on les aime ; et les enfants se trompent rarement là-dessus. Quand donc je refuse quelque chose aux miens, je n’argumente point avec eux, je ne leur dis point pourquoi je ne veux pas, mais je fais en sorte qu’ils le voient, autant qu’il est possible, et quelquefois après coup. De cette manière ils s’accoutument à comprendre que jamais je ne les refuse sans en avoir une bonne raison, quoiqu’ils ne l’aperçoivent pas toujours.<br><br></div><div><br>Fondée sur le même principe, je ne souffrirai pas non plus que mes enfants se mêlent dans la conversation des gens raisonnables, et s’imaginent sottement y tenir leur rang comme les autres, quand on y souffre leur babil indiscret. Je veux qu’ils répondent modestement et en peu de mots quand on les interroge, sans jamais parler de leur chef, et surtout sans qu’ils s’ingèrent à questionner hors de propos les gens plus âgés qu’eux auxquels ils doivent du respect. »<br><br></div><div><br>« En vérité, Julie, dis-je en l’interrompant, voilà bien de la rigueur pour une mère aussi tendre ! Pythagore n’était pas plus sévère à ses disciples que vous l’êtes aux vôtres. Non seulement vous ne les traitez pas en hommes, mais on dirait que vous craignez de les voir cesser trop tôt d’être enfants. Quel moyen plus agréable et plus sûr peuvent-ils avoir de s’instruire que d’interroger sur les choses qu’ils ignorent les gens plus éclairés qu’eux ? Que penseraient de vos maximes les dames de Paris, qui trouvent que leurs enfants ne jasent jamais assez tôt ni assez longtemps, et qui jugent de l’esprit qu’ils auront étant grands par les sottises qu’ils débitent étant jeunes ? Wolmar me dira que cela peut être bon dans un pays où le premier mérite est de bien babiller, et où l’on est dispensé de penser pourvu qu’on parle. Mais vous qui voulez faire à vos enfants un sort si doux, comment accorderez-vous tant de bonheur avec tant de contrainte, et que devient parmi toute cette gêne la liberté que vous prétendez leur laisser ? »<br><br></div><div><br>« Quoi donc ? a-t-elle repris à l’instant, est-ce gêner leur liberté que de les empêcher d’attenter à la nôtre, et ne sauraient-ils être heureux à moins que toute une compagnie en silence n’admire leurs puérilités ? Empêchons leur vanité de naître, ou du moins arrêtons-en les progrès ; c’est là vraiment travailler à leur félicité ; car la vanité de l’homme est la source de ses plus grandes peines, et il n’y a personne de si parfait et de si fêté, à qui elle ne donne encore plus de chagrins que de plaisirs.<br><br></div><div><br>Que peut penser un enfant de lui-même, quand il voit autour de lui tout un cercle de gens sensés l’écouter, l’agacer, l’admirer, attendre avec un lâche empressement les oracles qui sortent de sa bouche, et se récrier avec des retentissements de joie à chaque impertinence qu’il dit ? La tête d’un homme aurait bien de la peine à tenir à tous ces faux applaudissements ; jugez de ce que deviendra la sienne ! Il en est du babil des enfants comme des prédictions des almanachs. Ce serait un prodige si, sur tant de vaines paroles, le hasard ne fournissait jamais une rencontre heureuse. Imaginez ce que font alors les exclamations de la flatterie sur une pauvre mère déjà trop abusée par son propre cœur, et sur un enfant qui ne sait ce qu’il dit et se voit célébrer ! Ne pensez pas que pour démêler l’erreur je m’en garantisse : non, je vois la faute, et j’y tombe ; mais si j’admire les reparties de mon fils, au moins je les admire en secret ; il n’apprend point, en me les voyant applaudir, à devenir babillard et vain, et les flatteurs, en me les faisant répéter, n’ont pas le plaisir de rire de ma faiblesse.<br><br></div><div><br>Un jour qu’il nous était venu du monde, étant allée donner quelques ordres, je vis en rentrant quatre ou cinq grands nigauds occupés à jouer avec lui, et s’apprêtant à me raconter d’un air d’emphase je ne sais combien de gentillesses qu’ils venaient d’entendre, et dont ils semblaient tout émerveillés. Messieurs, leur dis-je assez froidement, je ne doute pas que vous ne sachiez faire dire à des marionnettes de fort jolies choses ; mais j’espère qu’un jour mes enfants seront hommes, qu’ils agiront et parleront d’eux-mêmes, et alors j’apprendrai toujours dans la joie de mon cœur tout ce qu’ils auront dit et fait de bien. Depuis qu’on a vu que cette manière de faire sa cour ne prenait pas, on joue avec mes enfants comme avec des enfants, non comme avec Polichinelle ; il ne leur vient plus de compère, et ils en valent sensiblement mieux depuis qu’on ne les admire plus.<br><br></div><div><br>A l’égard des questions, on ne les leur défend pas indistinctement. Je suis la première à leur dire de demander doucement en particulier à leur père ou à moi tout ce qu’ils ont besoin de savoir ; mais je ne souffre pas qu’ils coupent un entretien sérieux pour occuper tout le monde de la première impertinence qui leur passe par la tête. L’art d’interroger n’est pas si facile qu’on pense. C’est bien plus l’art des maîtres que des disciples ; il faut avoir déjà beaucoup appris de choses pour savoir demander ce qu’on ne sait pas. Le savant sait et s’enquiert, dit un proverbe indien ; mais l’ignorant ne sait pas même de quoi s’enquérir. Faute de cette science préliminaire, les enfants en liberté ne font presque jamais que des questions ineptes qui ne servent à rien, ou profondes et scabreuses, dont la solution passe leur portée ; et puisqu’il ne faut pas qu’ils sachent tout, il importe qu’ils n’aient pas le droit de tout demander. Voilà pourquoi, généralement parlant, ils s’instruisent mieux par les interrogations qu’on leur fait que par celles qu’ils font eux-mêmes.<br><br></div><div><br>Quand cette méthode leur serait aussi utile qu’on croit, la première et la plus importante science qui leur convient n’est-elle pas d’être discrets et modestes ? et y en a-t-il quelque autre qu’ils doivent apprendre au préjudice de celle-là ? Que produit donc dans les enfants cette émancipation de paroles avant l’âge de parler, et ce droit de soumettre effrontément les hommes à leur interrogatoire ? De petits questionneurs babillards, qui questionnent moins pour s’instruire que pour importuner, pour occuper d’eux tout le monde, et qui prennent encore plus de goût à ce babil par l’embarras où ils s’aperçoivent que jettent quelquefois leurs questions indiscrètes, en sorte que chacun est inquiet aussitôt qu’ils ouvrent la bouche. Ce n’est pas tant un moyen de les instruire que de les rendre étourdis et vains ; inconvénient plus grand à mon avis que l’avantage qu’ils acquièrent par là n’est utile ; car par degrés l’ignorance diminue, mais la vanité ne fait jamais qu’augmenter.<br><br></div><div><br>Le pis qui pût arriver de cette réserve trop prolongée serait que mon fils en âge de raison eût la conversation moins légère, le propos moins vif et moins abondant ; et en considérant combien cette habitude de passer sa vie à dire des riens rétrécit l’esprit, je regarderais plutôt cette heureuse stérilité comme un bien que comme un mal. Les gens oisifs, toujours ennuyés d’eux-mêmes, s’efforcent de donner un grand prix à l’art de les amuser, et l’on dirait que le savoir-vivre consiste à ne dire que de vaines paroles, comme à ne faire que des dons inutiles ; mais la société humaine a un objet plus noble, et ses vrais plaisirs ont plus de solidité. L’organe de la vérité, le plus digne organe de l’homme, le seul dont l’usage le distingue des animaux, ne lui a point été donné pour n’en pas tirer un meilleur parti qu’ils ne font de leurs cris. Il se dégrade au-dessous d’eux quand il parle pour ne rien dire, et l’homme doit être homme jusque dans ses délassements. S’il y a de la politesse à étourdir tout le monde d’un vain caquet, j’en trouve une bien plus véritable à laisser parler les autres par préférence, à faire plus grand cas de ce qu’ils disent que de ce qu’on dirait soi-même, et à montrer qu’on les estime trop pour croire les amuser par des niaiseries. Le bon usage du monde, celui qui nous y fait le plus rechercher et chérir, n’est pas tant d’y briller que d’y faire briller les autres, et de mettre, à force de modestie, leur orgueil plus en liberté. Ne craignons pas qu’un homme d’esprit, qui ne s’abstient de parler que par retenue et discrétion, puisse jamais passer pour un sot. Dans quelque pays que ce puisse être, il n’est pas possible qu’on juge un homme sur ce qu’il n’a pas dit, et qu’on le méprise pour s’être tu. Au contraire, on remarque en général que les gens silencieux en imposent, qu’on s’écoute devant eux, et qu’on leur donne beaucoup d’attention quand ils parlent ; ce qui, leur laissant le choix des occasions, et faisant qu’on ne perd rien de ce qu’ils disent, met tout l’avantage de leur côté. Il est si difficile à l’homme le plus sage de garder toute sa présence d’esprit dans un long flux de paroles, il est si rare qu’il ne lui échappe des choses dont il se repent à loisir, qu’il aime mieux retenir le bon que risquer le mauvais. Enfin, quand ce n’est pas faute d’esprit qu’il se tait, s’il ne parle pas, quelque discret qu’il puisse être, le tort en est à ceux qui sont avec lui.<br><br></div><div><br>Mais il y a bien loin de six ans à vingt : mon fils ne sera pas toujours enfant, et à mesure que sa raison commencera de naître, l’intention de son père est bien de la laisser exercer. Quant à moi, ma mission ne va pas jusque-là. Je nourris des enfants et n’ai pas la présomption de vouloir former des hommes. J’espère, dit-elle en regardant son mari, que de plus dignes mains se chargeront de ce noble emploi. Je suis femme et mère, je sais me tenir à mon rang. Encore une fois, la fonction dont je suis chargée n’est pas d’élever mes fils, mais de les préparer pour être élevés.<br><br></div><div><br>Je ne fais même en cela que suivre de point en point le système de M. de Wolmar ; et plus j’avance, plus j’éprouve combien il est excellent et juste, et combien il s’accorde avec le mien. Considérez mes enfants, et surtout l’aîné ; en connaissez-vous de plus heureux sur la terre, de plus gais, de moins importuns ? Vous les voyez sauter, rire, courir toute la journée, sans jamais incommoder personne. De quels plaisirs, de quelle indépendance leur âge est-il susceptible, dont ils ne jouissent pas ou dont ils abusent ? Ils se contraignent aussi peu devant moi qu’en mon absence. Au contraire, sous les yeux de leur mère ils ont toujours un peu plus de confiance ; et quoique je sois l’auteur de toute la sévérité qu’ils éprouvent, ils me trouvent toujours la moins sévère, car je ne pourrais supporter de n’être pas ce qu’ils aiment le plus au monde.<br><br></div><div><br>Les seules lois qu’on leur impose auprès de nous sont celles de la liberté même, savoir, de ne pas plus gêner la compagnie qu’elle ne les gêne, de ne pas crier plus haut qu’on ne parle ; et comme on ne les oblige point de s’occuper de nous, je ne veux pas non plus qu’ils prétendent nous occuper d’eux. Quand ils manquent à de si justes lois, toute leur peine est d’être à l’instant renvoyés, et tout mon art, pour que c’en soit une, de faire qu’ils ne se trouvent nulle part aussi bien qu’ici. A cela près, on ne les assujettit à rien ; on ne les force jamais de rien apprendre ; on ne les ennuie point de vaines corrections ; jamais on ne les reprend ; les seules leçons qu’ils reçoivent sont des leçons de pratique prises dans la simplicité de la nature. Chacun, bien instruit là-dessus, se conforme à mes intentions avec une intelligence et un soin qui ne me laissent rien à désirer, et si quelque faute est à craindre, mon assiduité la prévient ou la répare aisément.<br><br></div><div><br>Hier, par exemple, l’aîné, ayant ôté un tambour au cadet, l’avait fait pleurer. Fanchon ne dit rien ; mais une heure après, au moment que le ravisseur en était le plus occupé, elle le lui reprit : il la suivait en le lui redemandant et pleurant à son tour. Elle lui dit : « Vous l’avez pris par force à votre frère ; je vous le reprends de même. Qu’avez-vous à dire ? Ne suis-je pas la plus forte ? » Puis elle se mit à battre la caisse à son imitation, comme si elle y eût pris beaucoup de plaisir. Jusque-là tout était à merveille. Mais quelque temps après elle voulut rendre le tambour au cadet : alors je l’arrêtai ; car ce n’était plus la leçon de la nature, et de là pouvait naître un premier germe d’envie entre les deux frères. En perdant le tambour, le cadet supporta la dure loi de la nécessité ; l’aîné sentit son injustice ; tous deux connurent leur faiblesse, et furent consolés le moment d’après. »<br><br></div><div><br>Un plan si nouveau et si contraire aux idées reçues m’avait d’abord effarouché. A force de me l’expliquer, ils m’en rendirent enfin l’admirateur ; et je sentis que, pour guider l’homme, la marche de la nature est toujours la meilleure. Le seul inconvénient que je trouvais à cette méthode, et cet inconvénient me parut fort grand, c’était de négliger dans les enfants la seule faculté qu’ils aient dans toute sa vigueur et qui ne fait que s’affaiblir en avançant en âge. Il me semblait que, selon leur propre système, plus les opérations de l’entendement étaient faibles, insuffisantes, plus on devait exercer et fortifier la mémoire, si propre alors à soutenir le travail. « C’est elle, disais-je, qui doit suppléer à la raison jusqu’à sa naissance, et l’enrichir quand elle est née. Un esprit qu’on n’exerce à rien devient lourd et pesant dans l’inaction. Le semence ne prend point dans un champ mal préparé, et c’est une étrange préparation pour apprendre à devenir raisonnable que de commencer par être stupide. ─ Comment, stupide ! s’est écriée aussitôt Mme de Wolmar. Confondriez-vous deux qualités aussi différentes et presque aussi contraires que la mémoire et le jugement ? Comme si la quantité des choses mal digérées et sans liaison dont on remplit une tête encore faible n’y faisait pas plus de tort que de profit à la raison ! J’avoue que de toutes les facultés de l’homme la mémoire est la première qui se développe et la plus commode à cultiver dans les enfants ; mais, à votre avis, lequel est à préférer de ce qu’il leur est le plus aisé d’apprendre, ou de ce qu’il leur importe le plus de savoir ?<br><br></div><div><br>Regardez à l’usage qu’on fait en eux de cette facilité, à la violence qu’il faut leur faire, à l’éternelle contrainte où il les faut assujettir pour mettre en étalage leur mémoire, et comparez l’utilité qu’ils en retirent au mal qu’on leur fait souffrir pour cela. Quoi ? forcer un enfant d’étudier des langues qu’il ne parlera jamais, même avant qu’il ait bien appris la sienne ; lui faire incessamment répéter et construire des vers qu’il n’entend point, et dont toute l’harmonie n’est pour lui qu’au bout de ses doigts ; embrouiller son esprit de cercles et de sphères dont il n’a pas la moindre idée ; l’accabler de mille noms de villes et de rivières qu’il confond sans cesse et qu’il rapprend tous les jours : est-ce cultiver sa mémoire au profit de son jugement, et tout ce frivole acquis vaut-il une seule des larmes qu’il lui coûte ?<br><br></div><div><br>Si tout cela n’était qu’inutile, je m’en plaindrais moins ; mais n’est-ce rien que d’instruire un enfant à se payer de mots, et à croire savoir ce qu’il ne peut comprendre ? Se pourrait-il qu’un tel amas ne nuisît point aux premières idées dont on doit meubler une tête humaine, et ne vaudrait-il pas mieux n’avoir point de mémoire que de la remplir de tout ce fatras au préjudice des connaissances nécessaires dont il tient la place ?<br><br></div><div><br>Non, si la nature a donné au cerveau des enfants cette souplesse qui le rend propre à recevoir toutes sortes d’impressions, ce n’est pas pour qu’on y grave des noms de rois, des dates, des termes de blason, de sphère, de géographie, et tous ces mots sans aucun sens pour leur âge, et sans aucune utilité pour quelque âge que ce soit, dont on accable leur triste et stérile enfance ; mais c’est pour que toutes les idées relatives à l’état de l’homme, toutes celles qui se rapportent à son bonheur et l’éclairent sur ses devoirs, s’y tracent de bonne heure en caractères ineffaçables, et lui servent à se conduire, pendant sa vie, d’une manière convenable à son être et à ses facultés.<br><br></div><div><br>Sans étudier dans les livres, la mémoire d’un enfant ne reste pas pour cela oisive : tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend le frappe, et il s’en souvient ; il tient registre en lui-même des actions, des discours des hommes ; et tout ce qui l’environne est le livre dans lequel, sans y songer, il enrichit continuellement sa mémoire, en attendant que son jugement puisse en profiter. C’est dans le choix de ces objets, c’est dans le soin de lui présenter sans cesse ceux qu’il doit connaître, et de lui cacher ceux qu’il doit ignorer, que consiste le véritable art de cultiver la première de ses facultés ; et c’est par là qu’il faut tâcher de lui former un magasin de connaissances qui serve à son éducation durant la jeunesse, et à sa conduite dans tous les temps. Cette méthode, il est vrai, ne forme point de petits prodiges, et ne fait pas briller les gouvernantes et les précepteurs ; mais elle forme des hommes judicieux, robustes, sains de corps et d’entendement, qui, sans s’être fait admirer étant jeunes, se font honorer étant grands.<br><br></div><div><br>Ne pensez pas pourtant, continua Julie, qu’on néglige ici tout à fait ces soins dont vous faites un si grand cas. Une mère un peu vigilante tient dans ses mains les passions de ses enfants. Il y a des moyens pour exciter et nourrir en eux le désir d’apprendre ou de faire telle ou telle chose ; et autant que ces moyens peuvent se concilier avec la plus entière liberté de l’enfant, et n’engendrent en lui nulle semence de vice, je les emploie assez volontiers, sans m’opiniâtrer quand le succès n’y répond pas ; car il aura toujours le temps d’apprendre, mais il n’y a pas un moment à perdre pour lui former un bon naturel ; et M. de Wolmar a une telle idée du premier développement de la raison, qu’il soutient que quand son fils ne saurait rien à douze ans, il n’en serait pas moins instruit à quinze, sans compter que rien n’est moins nécessaire que d’être savant, et rien plus que d’être sage et bon.<br><br></div><div><br>Vous savez que notre aîné lit déjà passablement. Voici comment lui est venu le goût d’apprendre à lire. J’avais dessein de lui dire de temps en temps quelque fable de La Fontaine pour l’amuser, et j’avais déjà commencé, quand il me demanda si les corbeaux parlaient. A l’instant je vis la difficulté de lui faire sentir bien nettement la différence de l’apologue au mensonge : je me tirai d’affaire comme je pus ; et convaincue que les fables sont faites pour les hommes, mais qu’il faut toujours dire la vérité nue aux enfants, je supprimai La Fontaine. Je lui substituai un recueil de petites histoires intéressantes et instructives, la plupart tirées de la Bible, puis voyant que l’enfant prenait goût à mes contes, j’imaginai de les lui rendre encore plus utiles, en essayant d’en composer moi-même d’aussi amusants qu’il me fut possible, et les appropriant toujours au besoin du moment. Je les écrivais à mesure dans un beau livre orné d’images, que je tenais bien enfermé, et dont je lui lisais de temps en temps quelques contes, rarement, peu longtemps, et répétant souvent les mêmes avec des commentaires, avant de passer à de nouveaux. Un enfant oisif est sujet à l’ennui ; les petits contes servaient de ressource : mais quand je le voyais le plus avidement attentif, je me souvenais quelquefois d’un ordre à donner, et je le quittais à l’endroit le plus intéressant, en laissant négligemment le livre. Aussitôt il allait prier sa bonne, ou Fanchon, ou quelqu’un, d’achever la lecture ; mais comme il n’a rien à commander à personne, et qu’on était prévenu, l’on n’obéissait pas toujours. L’un refusait, l’autre avait à faire, l’autre balbutiait lentement et mal, l’autre laissait, à mon exemple, un conte à moitié. Quand on le vit bien ennuyé de tant de dépendance, quelqu’un lui suggéra secrètement d’apprendre à lire, pour s’en délivrer et feuilleter le livre à son aise. Il goûta ce projet. Il fallut trouver des gens assez complaisants pour vouloir lui donner leçon : nouvelle difficulté qu’on n’a poussée qu’aussi loin qu’il fallait. Malgré toutes ces précautions, il s’est lassé trois ou quatre fois : on l’a laissé faire. Seulement je me suis efforcée de rendre les contes encore plus amusants ; et il est revenu à la charge avec tant d’ardeur, que, quoiqu’il n’y ait pas six mois qu’il a tout de bon commencé d’apprendre, il sera bientôt en état de lire seul le recueil.<br><br></div><div><br>C’est à peu près ainsi que je tâcherai d’exciter son zèle et sa volonté pour acquérir les connaissances qui demandent de la suite et de l’application, et qui peuvent convenir à son âge ; mais quoiqu’il apprenne à lire, ce n’est point des livres qu’il tirera ces connaissances ; car elles ne s’y trouvent point, et la lecture ne convient en aucune manière aux enfants. Je veux aussi l’habituer de bonne heure à nourrir sa tête d’idées et non de mots : c’est pourquoi je ne lui fais jamais rien apprendre par cœur. »<br><br></div><div><br>« Jamais ! interrompis-je : c’est beaucoup dire ; car encore faut-il bien qu’il sache son catéchisme et ses prières. ─ C’est ce qui vous trompe, reprit-elle. A l’égard de la prière, tous les matins et tous les soirs je fais la mienne à haute voix dans la chambre de mes enfants, et c’est assez pour qu’ils l’apprennent sans qu’on les y oblige : quant au catéchisme, ils ne savent ce que c’est. ─ Quoi ! Julie, vos enfants n’apprennent pas leur catéchisme ? ─ Non, mon ami, mes enfants n’apprennent pas leur catéchisme. ─ Comment ? ai-je dit tout étonné, une mère si pieuse !… Je ne vous comprends point. Et pourquoi vos enfants n’apprennent-ils pas leur catéchisme ? ─ Afin qu’ils le croient un jour, dit-elle : j’en veux faire un jour des chrétiens. ─ Ah ! j’y suis, m’écriai-je ; vous ne voulez pas que leur foi ne soit qu’en paroles, ni qu’ils sachent seulement leur religion, mais qu’ils la croient ; et vous pensez avec raison qu’il est impossible à l’homme de croire ce qu’il n’entend point. ─ Vous êtes bien difficile, me dit en souriant M. de Wolmar : seriez-vous chrétien, par hasard ? ─ Je m’efforce de l’être, lui dis-je avec fermeté. Je crois de la religion tout ce que j’en puis comprendre, et respecte le reste sans le rejeter. » Julie me fit un signe d’approbation et nous reprîmes le sujet de notre entretien.<br><br></div><div><br>Après être entrée dans d’autres détails qui m’ont fait concevoir combien le zèle maternel est actif, infatigable et prévoyant, elle a conclu en observant que sa méthode se rapportait exactement aux deux objets qu’elle s’était proposés, savoir, de laisser développer le naturel des enfants et de l’étudier. « Les miens ne sont gênés en rien, dit-elle, et ne sauraient abuser de leur liberté ; leur caractère ne peut ni se dépraver ni se contraindre : on laisse en paix renforcer leur corps et germer leur jugement ; l’esclavage n’avilit point leur âme ; les regards d’autrui ne font point fermenter leur amour-propre ; ils ne se croient ni des hommes puissants ni des animaux enchaînés, mais des enfants heureux et libres. Pour les garantir des vices qui ne sont pas en eux, ils ont, ce me semble, un préservatif plus fort que des discours qu’ils n’entendraient point, ou dont ils seraient bientôt ennuyés : c’est l’exemple des mœurs de tout ce qui les environne ; ce sont les entretiens qu’ils entendent, qui sont ici naturels à tout le monde, et qu’on n’a pas besoin de composer exprès pour eux ; c’est la paix et l’union dont ils sont témoins ; c’est l’accord qu’ils voient régner sans cesse et dans la conduite respective de tous, et dans la conduite et les discours de chacun.<br><br></div><div><br>Nourris encore dans leur première simplicité, d’où leur viendraient des vices dont ils n’ont point vu d’exemple, des passions qu’ils n’ont nulle occasion de sentir, des préjugés que rien ne leur inspire ? Vous voyez qu’aucune erreur ne les gagne, qu’aucun mauvais penchant ne se montre en eux. Leur ignorance n’est point entêtée, leurs désirs ne sont point obstinés ; les inclinations au mal sont prévenues ; la nature est justifiée ; et tout me prouve que les défauts dont nous l’accusons ne sont point son ouvrage, mais le nôtre.<br><br></div><div><br>C’est ainsi que, livrés au penchant de leur cœur sans que rien le déguise ou l’altère, nos enfants ne reçoivent point une forme extérieure et artificielle, mais conservent exactement celle de leur caractère originel ; c’est ainsi que ce caractère se développe journellement à nos yeux sans réserve, et que nous pouvons étudier les mouvements de la nature jusque dans leurs principes les plus secrets. Sûrs de n’être jamais ni grondés ni punis, ils ne savent ni mentir ni se cacher ; et dans tout ce qu’ils disent, soit entre eux, soit à nous, ils laissent voir sans contrainte tout ce qu’ils ont au fond de l’âme. Libres de babiller entre eux toute la journée, ils ne songent pas même à se gêner un moment devant moi. Je ne les reprends jamais, ni ne les fais taire, ni ne feins de les écouter, et ils diraient les choses du monde les plus blâmables que je ne ferais pas semblant d’en rien savoir : mais, en effet, je les écoute avec la plus grande attention sans qu’ils s’en doutent ; je tiens un registre exact de ce qu’ils font et de ce qu’ils disent ; ce sont les productions naturelles du fonds qu’il faut cultiver. Un propos vicieux dans leur bouche est une herbe étrangère dont le vent apporta la graine : si je la coupe par une réprimande, bientôt elle repoussera ; au lieu de cela, j’en cherche en secret la racine, et j’ai soin de l’arracher. Je ne suis, m’a-t-elle dit en riant, que la servante du jardinier ; je sarcle le jardin, j’en ôte la mauvaise herbe ; c’est à lui de cultiver la bonne.<br><br></div><div><br>Convenons aussi qu’avec toute la peine que j’aurais pu prendre il fallait être aussi bien secondée pour espérer de réussir, et que le succès de mes soins dépendait d’un concours de circonstances qui ne s’est peut-être jamais trouvé qu’ici. Il fallait les lumières d’un père éclairé pour démêler, à travers les préjugés établis, le véritable art de gouverner les enfants des leur naissance ; il fallait toute sa patience pour se prêter à l’exécution sans jamais démentir ses leçons par sa conduite ; il fallait des enfants bien nés, en qui la nature eût assez fait pour qu’on pût aimer son seul ouvrage ; il fallait n’avoir autour de soi que des domestiques intelligents et bien intentionnés, qui ne se lassassent point d’entrer dans les vues des maîtres : un seul valet brutal ou flatteur eût suffi pour tout gâter. En vérité, quand on songe combien de causes étrangères peuvent nuire aux meilleurs desseins, et renverser les projets les mieux concertés, on doit remercier la fortune de tout ce qu’on fait de bien dans la vie, et dire que la sagesse dépend beaucoup du bonheur. »<br><br></div><div><br>« Dites, me suis-je écrié, que le bonheur dépend encore plus de la sagesse. Ne voyez-vous pas que ce concours dont vous vous félicitez est votre ouvrage, et que tout ce qui vous approche est contraint de vous ressembler ? Mères de famille, quand vous vous plaignez de n’être pas secondées, que vous connaissez mal votre pouvoir ! Soyez tout ce que vous devez être, vous surmonterez tous les obstacles ; vous forcerez chacun de remplir ses devoirs, si vous remplissez bien tous les vôtres. Vos droits ne sont-ils pas ceux de la nature ? Malgré les maximes du vice, ils seront toujours chers au cœur humain. Ah ! veuillez être femmes et mères, et le plus doux empire qui soit sur la terre sera aussi le plus respecté. »<br><br></div><div><br>En achevant cette conversation, Julie a remarqué que tout prenait une nouvelle facilité depuis l’arrivée d’Henriette. « Il est certain, dit-elle, que j’aurais besoin de beaucoup moins de soins et d’adresse, si je voulais introduire l’émulation entre les deux frères ; mais ce moyen me paraît trop dangereux ; j’aime mieux avoir plus de peine et ne rien risquer. Henriette supplée à cela : comme elle est d’un autre sexe, leur aînée, qu’ils l’aiment tous deux à la folie, et qu’elle a du sens au-dessus de son âge, j’en fais en quelque sorte leur première gouvernante, et avec d’autant plus de succès que ses leçons leur sont moins suspectes.<br><br></div><div><br>Quant à elle, son éducation me regarde ; mais les principes en sont si différents qu’ils méritent un entretien à part. Au moins puis-je bien dire d’avance qu’il sera difficile d’ajouter en elle aux dons de la nature, et qu’elle vaudra sa mère elle-même, si quelqu’un au monde la peut valoir. »<br><br></div><div><br>Milord, on vous attend de jour en jour, et ce devrait être ici ma dernière lettre. Mais je comprends ce qui prolonge votre séjour à l’armée, et j’en frémis. Julie n’en est pas moins inquiète : elle vous prie de nous donner plus souvent de vos nouvelles, et vous conjure de songer, en exposant votre personne, combien vous prodiguez le repos de vos amis. Pour moi je n’ai rien à vous dire. Faites votre devoir ; un conseil timide ne peut non plus sortir de mon cœur qu’approcher du vôtre. Cher Bomston, je le sais trop, la seule mort digne de ta vie serait de verser ton sang pour la gloire de ton pays ; mais ne dois-tu nul compte de tes jours à celui qui n’a conservé les siens que pour toi ?<br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-08-31 13:33:32 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1707099339</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Julie ou la Nouvelle Heloise, Rousseau, I 64</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1707103240</link>
         <description><![CDATA[<div><strong><br>Lettre LXIV de Claire à monsieur d’Orbe</strong>[<a href="https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Page:%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_de_Jean-Jacques_Rousseau_-_II.djvu/88&amp;action=edit&amp;section=T-1">modifier</a>]</div><div><br>Mon père m’a rapporté ce matin l’entretien qu’il eut hier avec vous. Je vois avec plaisir que tout s’achemine à ce qu’il vous plaît d’appeler votre bonheur. J’espère, vous le savez, d’y trouver aussi le mien ; l’estime et l’amitié vous sont acquises, et tout ce que mon cœur peut nourrir de sentiments plus tendres est encore à vous. Mais ne vous y trompez pas ; je suis en femme une espèce de monstre, et je ne sais pas quelle bizarrerie de la nature l’amitié l’emporte en moi sur l’amour. Quand je vous dis que ma Julie m’est plus chère que vous, vous n’en faites que rire ; et cependant rien n’est plus vrai. Julie le sent si bien qu’elle est plus jalouse pour vous que vous-même, et que, tandis que vous paraissez content, elle trouve toujours que je ne vous aime pas assez. Il y a plus, et je m’attache tellement à tout ce qui lui est cher, que son amant et vous êtes à peu près dans mon cœur en même degré, quoique de différentes manières. Je n’ai pour lui que de l’amitié, mais elle est plus vive ; je crois sentir un peu d’amour pour vous, mais il est plus posé. Quoique tout cela pût paraître assez équivalent pour troubler la tranquillité d’un jaloux, je ne pense pas que la vôtre en soit fort altérée.<br><br></div><div><br>Que les pauvres enfants en sont loin, de cette douce tranquillité dont nous osons jouir ! et que notre contentement a mauvaise grâce, tandis que nos amis sont au désespoir ! C’en est fait, il faut qu’ils se quittent ; voici l’instant peut-être de leur éternelle séparation ; et la tristesse que nous leur reprochâmes le jour du concert était peut-être un pressentiment qu’ils se voyaient pour la dernière fois. Cependant votre ami ne sait rien de son infortune ; dans la sécurité de son cœur il jouit encore du bonheur qu’il a perdu ; au moment du désespoir, il goûte en idée une ombre de félicité ; et, comme celui qu’enlève un trépas imprévu, le malheureux songe à vivre, et ne voit pas la mort qui va le saisir. Hélas ! c’est de ma main qu’il doit recevoir ce coup terrible ! O divine amitié, seule idole de mon cœur, viens l’animer de ta sainte cruauté. Donne-moi le courage d’être barbare, et de te servir dignement dans un si douloureux devoir.<br><br></div><div><br>Je compte sur vous en cette occasion, et j’y compterais même quand vous m’aimeriez moins ; car je connais votre âme, je sais qu’elle n’a pas besoin du zèle de l’amour où parle celui de l’humanité. Il s’agit d’abord d’engager notre ami à venir chez moi demain dans la matinée. Gardez-vous, au surplus, de l’avertir de rien. Aujourd’hui l’on me laisse libre, et j’irai passer l’après-midi chez Julie ; tâchez de trouver milord Edouard, et de venir seul avec lui m’attendre à huit heures, afin de convenir ensemble de ce qu’il faudra faire pour résoudre au départ cet infortuné et prévenir son désespoir.<br><br></div><div><br>J’espère beaucoup de son courage et de nos soins ; j’espère encore plus de son amour. La volonté de Julie, le danger que courent sa vie et son honneur, sont des motifs auxquels il ne résistera pas. Quoi qu’il en soit, je vous déclare qu’il ne sera point question de noce entre nous que Julie ne soit tranquille, et que jamais les larmes de mon amie n’arroseront le nœud qui doit nous unir. Ainsi, monsieur, s’il est vrai que vous m’aimiez, votre intérêt s’accorde, en cette occasion, avec votre générosité ; et ce n’est pas tellement ici l’affaire d’autrui, que ce ne soit aussi la vôtre.<br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-08-31 13:35:01 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1707103240</guid>
      </item>
      <item>
         <title>Julie ou La Nouvelle Heloise, Rousseau, VI 12</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1707107726</link>
         <description><![CDATA[<div><strong><br>Lettre XII de Julie</strong>[<a href="https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Page:%C5%92uvres_compl%C3%A8tes_de_Jean-Jacques_Rousseau_-_II.djvu/376&amp;action=edit&amp;section=T-1">modifier</a>]</div><div><br>(Cette lettre était incluse dans la précédente)<br><br></div><div><br>Il faut renoncer à nos projets. Tout est changé, mon bon ami : souffrons ce changement sans murmure ; il vient d’une main plus sage que nous. Nous songions à nous réunir : cette réunion n’était pas bonne. C’est un bienfait du ciel de l’avoir prévenue ; sans doute il prévient des malheurs.<br><br></div><div><br>Je me suis longtemps fait illusion. Cette illusion me fut salutaire ; elle se détruit au moment que je n’en ai plus besoin. Vous m’avez crue guérie, et j’ai cru l’être. Rendons grâces à celui qui fit durer cette erreur autant qu’elle était utile : qui sait si, me voyant si près de l’abîme, la tête ne m’eût point tourné ? Oui, j’eus beau vouloir étouffer le premier sentiment qui m’a fait vivre, il s’est concentré dans mon cœur. Il s’y réveille au moment qu’il n’est plus à craindre ; il me soutient quand mes forces m’abandonnent ; il me ranime quand je me meurs. Mon ami, je fais cet aveu sans honte ; ce sentiment resté malgré moi fut involontaire ; il n’a rien coûté à mon innocence ; tout ce qui dépend de ma volonté fut pour mon devoir : si le cœur qui n’en dépend pas fut pour vous, ce fut mon tourment et non pas mon crime. J’ai fait ce que j’ai dû faire ; la vertu me reste sans tache, et l’amour m’est resté sans remords.<br><br></div><div><br>J’ose m’honorer du passé ; mais qui m’eût pu répondre de l’avenir ? Un jour de plus peut-être, et j’étais coupable ! Qu’était-ce de la vie entière passée avec vous ? Quels dangers j’ai courus sans le savoir ! A quels dangers plus grands j’allais être exposée ! Sans doute je sentais pour moi les craintes que je croyais sentir pour vous. Toutes les épreuves ont été faites ; mais elles pouvaient trop revenir. N’ai-je pas assez vécu pour le bonheur et pour la vertu ? Que me restait-il d’utile à tirer de la vie ? En me l’ôtant, le ciel ne m’ôte plus rien de regrettable, et met mon honneur à couvert. Mon ami, je pars au moment favorable, contente de vous et de moi ; je pars avec joie, et ce départ n’a rien de cruel. Après tant de sacrifices, je compte pour peu celui qui me reste à faire : ce n’est que mourir une fois de plus.<br><br></div><div><br>Je prévois vos douleurs, je les sens ; vous restez à plaindre, je le sais trop ; et le sentiment de votre affliction est la plus grande peine que j’emporte avec moi. Mais voyez aussi que de consolations je vous laisse ! Que de soins à remplir envers celle qui vous fut chère vous font un devoir de vous conserver pour elle ! Il vous reste à la servir dans la meilleure partie d’elle-même. Vous ne perdez de Julie que ce que vous en avez perdu depuis longtemps. Tout ce qu’elle eut de meilleur vous reste. Venez vous réunir à sa famille. Que son cœur demeure au milieu de vous. Que tout ce qu’elle aima se rassemble pour lui donner un nouvel être. Vos soins, vos plaisirs, votre amitié, tout sera son ouvrage. Le nœud de votre union formé par elle la fera revivre ; elle ne mourra qu’avec le dernier de tous.<br><br></div><div><br>Songez qu’il vous reste une autre Julie, et n’oubliez pas ce que vous lui devez. Chacun de vous va perdre la moitié de sa vie, unissez-vous pour conserver l’autre ; c’est le seul moyen qui vous reste à tous deux de me survivre, en servant ma famille et mes enfants. Que ne puis-je inventer des nœuds plus étroits encore pour unir tout ce qui m’est cher ! Combien vous devez l’être l’un à l’autre ! Combien cette idée doit renforcer votre attachement mutuel ! Vos objections contre cet engagement vont être de nouvelles raisons pour le former. Comment pourrez-vous jamais vous parler de moi sans vous attendrir ensemble ! Non, Claire et Julie seront si bien confondues, qu’il ne sera plus possible à votre cœur de les séparer. Le sien vous rendra tout ce que vous aurez senti pour son amie ; elle en sera la confidente et l’objet : vous serez heureux par celle qui vous restera, sans cesser d’être fidèle à celle que vous aurez perdue, et après tant de regrets et de peines, avant que l’âge de vivre et d’aimer se passe, vous aurez brûlé d’un feu légitime et joui d’un bonheur innocent.<br><br></div><div><br>C’est dans ce chaste lien que vous pourrez sans distractions et sans craintes vous occuper des soins que je vous laisse, et après lesquels vous ne serez plus en peine de dire quel bien vous aurez fait ici-bas. Vous le savez, il existe un homme digne du bonheur auquel il ne sait pas aspirer. Cet homme est votre libérateur, le mari de l’amie qu’il vous a rendue. Seul, sans intérêt à la vie, sans attente de celle qui la suit, sans plaisir, sans consolation, sans espoir, il sera bientôt le plus infortuné des mortels. Vous lui devez les soins qu’il a pris de vous et vous savez ce qui peut les rendre utiles. Souvenez-vous de ma lettre précédente. Passez vos jours avec lui. Que rien de ce qui m’aima ne le quitte. Il vous a rendu le goût de la vertu, montrez-lui-en l’objet et le prix. Soyez chrétien pour l’engager à l’être. Le succès est plus près que vous ne pensez : il a fait son devoir, je ferai le mien, faites le vôtre. Dieu est juste : ma confiance ne me trompera pas.<br><br></div><div><br>Je n’ai qu’un mot à vous dire sur mes enfants. Je sais quels soins va vous coûter leur éducation ; mais je sais bien aussi que ces soins ne vous seront pas pénibles. Dans les moments de dégoût inséparables de cet emploi, dites-vous : ils sont les enfants de Julie ; il ne vous coûtera plus rien. M. de Wolmar vous remettra les observations que j’ai faites sur votre mémoire et sur le caractère de mes deux fils. Cet écrit n’est que commencé : je ne vous le donne pas pour règle, et je le soumets à vos lumières. N’en faites point des savants, faites-en des hommes bienfaisants et justes. Parlez-leur quelquefois de leur mère… vous savez s’ils lui étaient chers… Dites à Marcellin qu’il ne m’en coûta pas de mourir pour lui. Dites à son frère que c’était pour lui que j’aimais la vie. Dites-leur… Je me sens fatiguée. Il faut finir cette lettre. En vous laissant mes enfants, je m’en sépare avec moins de peine ; je crois rester avec eux.<br><br></div><div><br>Adieu, adieu, mon doux ami… Hélas ! j’achève de vivre comme j’ai commencé. J’en dis trop peut-être en ce moment où le cœur ne déguise plus rien… Eh ! pourquoi craindrais-je d’exprimer tout ce que je sens ? Ce n’est plus moi qui te parle ; je suis déjà dans les bras de la mort. Quand tu verras cette lettre, les vers rongeront le visage de ton amante, et son cœur où tu ne seras plus. Mais mon âme existerait-elle sans toi ? sans toi quelle félicité goûterais-je ? Non, je ne te quitte pas, je vais t’attendre. La vertu qui nous sépara sur la terre nous unira dans le séjour éternel. Je meurs dans cette douce attente : trop heureuse d’acheter au prix de ma vie le droit de t’aimer toujours sans crime, et de te le dire encore une fois !<br><br></div>]]></description>
         <enclosure url="" />
         <pubDate>2021-08-31 13:36:43 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/1707107726</guid>
      </item>
      <item>
         <title>épreuve orale</title>
         <author>mlelouppprof</author>
         <link>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/2915166351</link>
         <description><![CDATA[]]></description>
         <enclosure url="https://www.education.gouv.fr/reussir-au-lycee/baccalaureat-comment-se-passe-le-grand-oral-100028" />
         <pubDate>2024-03-12 07:10:49 UTC</pubDate>
         <guid>https://padlet.com/mlelouppprof/s07jvw82fjecyfgk/wish/2915166351</guid>
      </item>
   </channel>
</rss>
