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      <title>Clonage de Littérature engagée à compléter by LESPINAS Celso</title>
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      <description>Présentation d&#39;œuvres engagées </description>
      <language>en-us</language>
      <pubDate>2021-03-23 08:32:19 UTC</pubDate>
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      <item>
         <title>&quot;Ce Coeur qui haïssait la guerre&quot;, Robert Desnos - L&#39;Honneur des poètes - 1943</title>
         <author>celsolespinas</author>
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         <description><![CDATA[<div>Ce cœur qui haïssait la guerre<br>voilà qu'il bat pour le combat et la bataille !<br>Ce cœur qui ne battait qu'au rythme des marées, à celui des saisons,<br>à celui des heures du jour et de la nuit,<br>Voilà qu'il se gonfle et qu'il envoie dans les veines<br>un sang brûlant de salpêtre et de haine.<br>Et qu'il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent<br>Et qu'il n'est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne<br>Comme le son d'une cloche appelant à l'émeute et au combat.<br>Écoutez, je l'entends qui me revient renvoyé par les échos.<br><br>Mais non, c'est le bruit d'autres cœurs, de millions d'autres cœurs<br>battant comme le mien à travers la France.<br>Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs,<br>Leur bruit est celui de la mer à l'assaut des falaises<br>Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d'ordre :<br>Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !<br>Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,<br>Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères<br>Et des millions de Francais se préparent dans l'ombre<br>à la besogne que l'aube proche leur imposera.<br>Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté<br>au rythme même des saisons et des marées,<br>du jour et de la nuit.<br><br>Biographie :  Né en 1900 à Paris, mort en Tchécoslovaquie en 1945.<br>   Poète français. Mouvement intellectuel et esthétique. Mouvement dadaïsme de dada) &gt; surréalisme. Comme Paul Eluard, s'en est écarté à cause de désaccords politiques avec André Breton. S'engage dans le journalisme, continue à écrire poèmes. Recueil célèbre : Corps et biens, 1930 &gt; inspiration spontanée &gt; écriture automatique. Participation à émissions radio de 1930 à 1939. Actualité, menaces sur l'Europe. Engagement dans activité domestique, journalistique. Mobilisé, démobilisé. Travail dans journal "Aujourd'hui" après Vel'd'Hiv'. Il s'engage dans la résistance. Arrêté par la Gestapo. Déporté en Tchécoslovaquie en février 44. Meurt du typhus après l'arrivée des alliés à Terezin. <br><br><em>Recueils </em>: Chantefable, Etats de veille. </div>]]></description>
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         <pubDate>2021-03-23 08:32:19 UTC</pubDate>
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         <title>&quot;Ballade de celui qui chanta dans les supplices&quot;, Louis Aragon - 1944</title>
         <author>celsolespinas</author>
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         <description><![CDATA[<div>Et s'il était à refaire<br>Je referais ce chemin<br>Une voix monte des fers<br>Et parle des lendemains</div><div><br></div><div>On dit que dans sa cellule<br>Deux hommes cette nuit-là<br>Lui murmuraient "Capitule<br>De cette vie es-tu las</div><div>Tu peux vivre tu peux vivre<br>Tu peux vivre comme nous<br>Dis le mot qui te délivre<br>Et tu peux vivre à genoux"</div><div>Et s'il était à refaire<br>Je referais ce chemin<br>La voix qui monte des fers<br>Parle pour les lendemains</div><div>Rien qu'un mot la porte cède<br>S'ouvre et tu sors Rien qu'un mot<br>Le bourreau se dépossède<br>Sésame Finis tes maux</div><div>Rien qu'un mot rien qu'un mensonge<br>Pour transformer ton destin<br>Songe songe songe songe<br>A la douceur des matins</div><div>Et si c'était à refaire<br>Je referais ce chemin<br>La voix qui monte des fers<br>Parle aux hommes de demain</div><div>J'ai tout dit ce qu'on peut dire<br>L'exemple du Roi Henri<br>Un cheval pour mon empire<br>Une messe pour Paris</div><div>Rien à faire Alors qu'ils partent<br>Sur lui retombe son sang<br>C'était son unique carte<br>Périsse cet innocent</div><div>Et si c'était à refaire<br>Referait-il ce chemin<br>La voix qui monte des fers<br>Dit je le ferai demain</div><div>Je meurs et France demeure<br>Mon amour et mon refus<br>O mes amis si je meurs<br>Vous saurez pour quoi ce fut</div><div>Ils sont venus pour le prendre<br>Ils parlent en allemand<br>L'un traduit Veux-tu te rendre<br>Il répète calmement</div><div>Et si c'était à refaire<br>Je referais ce chemin<br>Sous vos coups chargés de fers<br>Que chantent les lendemains</div><div>Il chantait lui sous les balles<br>Des mots sanglant est levé<br>D'une seconde rafale<br>Il a fallu l'achever</div><div>Une autre chanson française<br>A ses lèvres est montée<br>Finissant la Marseillaise<br>Pour toute l'humanité<br><br>Biographie : <br>Louis Aragon (1897-1982) est un poète engagé qui publie sa « Ballade de celui qui chanta dans les supplices » en hommage aux résistants et plus particulièrement au communiste Gabriel Peri. Réfugié en zone libre, Aragon continuera de publier sous différents pseudonymes et créera le Comité national des écrivains de zone sud.</div>]]></description>
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         <pubDate>2021-03-23 08:32:19 UTC</pubDate>
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         <title>&quot;Liberté&quot;, Paul Eluard- 1942</title>
         <author>celsolespinas</author>
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         <description><![CDATA[<div>Sur mes cahiers d’écolier<br>Sur mon pupitre et les arbres<br>Sur le sable sur la neige<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur toutes les pages lues<br>Sur toutes les pages blanches<br>Pierre sang papier ou cendre<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur les images dorées<br>Sur les armes des guerriers<br>Sur la couronne des rois<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur la jungle et le désert<br>Sur les nids sur les genêts<br>Sur l’écho de mon enfance<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur les merveilles des nuits<br>Sur le pain blanc des journées<br>Sur les saisons fiancées<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur tous mes chiffons d’azur<br>Sur l’étang soleil moisi<br>Sur le lac lune vivante<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur les champs sur l’horizon<br>Sur les ailes des oiseaux<br>Et sur le moulin des ombres<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur chaque bouffée d’aurore<br>Sur la mer sur les bateaux<br>Sur la montagne démente<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur la mousse des nuages<br>Sur les sueurs de l’orage<br>Sur la pluie épaisse et fade<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur les formes scintillantes<br>Sur les cloches des couleurs<br>Sur la vérité physique<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur les sentiers éveillés<br>Sur les routes déployées<br>Sur les places qui débordent<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur la lampe qui s’allume<br>Sur la lampe qui s’éteint<br>Sur mes maisons réunies<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur le fruit coupé en deux<br>Du miroir et de ma chambre<br>Sur mon lit coquille vide<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur mon chien gourmand et tendre<br>Sur ses oreilles dressées<br>Sur sa patte maladroite<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur le tremplin de ma porte<br>Sur les objets familiers<br>Sur le flot du feu béni<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur toute chair accordée<br>Sur le front de mes amis<br>Sur chaque main qui se tend<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur la vitre des surprises<br>Sur les lèvres attentives<br>Bien au-dessus du silence<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur mes refuges détruits<br>Sur mes phares écroulés<br>Sur les murs de mon ennui<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur l’absence sans désir<br>Sur la solitude nue<br>Sur les marches de la mort<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Sur la santé revenue<br>Sur le risque disparu<br>Sur l’espoir sans souvenir<br>J’écris ton nom<br><br></div><div>Et par le pouvoir d’un mot<br>Je recommence ma vie<br>Je suis né pour te connaître<br>Pour te nommer<br><br></div><div>Liberté.</div><div><br></div><div><em>Poésie et vérité 1942</em> (recueil clandestin)<br><em>Au rendez-vous allemand</em> (1945, Les Editions de Minuit)<br><br>Biographie: <br>Paul Éluard est né à Saint-Denis le 14 décembre 1895.  Boursier à l’école supérieure Colbert,il obtient le brevet en 1912. Sa scolarité est perturbée par une santé fragile, il souffre d’une maladie des poumons.</div><div>En 1914 il est mobilisé et part comme infirmier militaire sur le front de la Somme. A la suite d’une bronchite, il est renvoyé à Paris. La guerre et les tranchées le marquent à jamais.<br>En 1917, il adhère au mouvement Dada, et  par la suite, il prend part au mouvement surréaliste.<br>Pendant la période de l’occupation allemande, Paul Éluard fait partie de la résistance. Il participe à la littérature clandestine à la tête du Comité national des écrivains zone Nord. Il continue à publier jusqu’à la libération en 1945. Son poème « <a href="http://www.poetica.fr/poeme-279/liberte-paul-eluard/">Liberté</a> » est parachuté à des milliers d’exemplaires au-dessus de la France occupée  par les avions anglais sous forme de tractes.</div><div><br><br></div><div><br><br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2021-03-23 08:32:19 UTC</pubDate>
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         <title>&quot;Morts les enfants&quot;, Renaud Séchan- 1986</title>
         <author>celsolespinas</author>
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         <description><![CDATA[<div><br> <br>Morts les enfants...<br> <br>Chiffon imbibé d´essence,<br>Un enfant meurt en silence<br>Sur le trottoir de Bogotá<br>On ne s´arrête pas<br>Dechiqu´tés aux champs de mines,<br>Décimés aux premières lignes<br>Morts les enfants de la guerre<br>Pour les idées de leur père<br><br>Bal à l´ambassade,<br>Quelques vieux malades<br>Imbéciles et grabataires<br>Se partagent l´univers<br><br>Morts les enfants de Bopale,<br>Industrie occidentale<br>Parti dans les eaux du Gange,<br>Des avocats s´arrangent<br>Morts les enfants de la haine<br>Près de nous où plus lointaine<br>Morts les enfants de la peur<br>Chevrotine dans le cœur<br><br>Bal à l´ambassade,<br>Quelques vieux malades<br>Imbéciles et militaires<br>Se partagent l´univers<br><br>Morts les enfants du Sahel,<br>On accuse le soleil<br>Morts les enfants de Seveso,<br>Morts les arbres, les oiseaux<br>Morts les enfants de la route,<br>Dernier week-end du mois d´août<br>Papa picolait sans doute<br>Deux ou trois verres, quelques gouttes<br><br>Bal à l´ambassade,<br>Quelques vieux malades<br>Imbéciles les tortionnaires<br>Se partagent l´univers<br><br>Mort l´enfant qui vivait en moi,<br>Qui voyait en ce monde-là<br>Un jardin, une rivière<br>Et des hommes plutôt frères<br>Le jardin est une jungle,<br>Les hommes sont devenus dingues<br>La rivière charrie les larmes,<br>Un jour l´enfant prend une arme<br><br>Bal sur l´ambassade,<br>Attentat grenade<br>Hécatombe au ministère<br>Sur les gravats, les grabataires<br><br>Biographie:<br>Renaud Séchan naît le 11 mai 1952 à Paris.En 1969, il abandonne ses études, se confronte à la vie active et trouve une place de vendeur dans une librairie parisienne.<br>Les années 80 marquent un tournant dans son style, vers une écriture davantage inspiré de sa vie personnelle; auteur-interprète prolifique il publie de nombreux albums.<br>L'artiste sombre dans la dépression et l'alcool pendant plusieurs années. <strong>En 2002, c'est la rédemption</strong> avec l'album <em>Boucan d'enfer</em> qui caracole en tête des ventes avec plus de deux millions d'exemplaires vendus, et rafle plusieurs prix.</div>]]></description>
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         <pubDate>2021-03-23 11:34:40 UTC</pubDate>
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      </item>
      <item>
         <title> &quot;Romance de la garde civile espagnole&quot; Federico garcia lorca- 1928</title>
         <author>celsolespinas</author>
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         <description><![CDATA[<div>Les chevaux sont noirs.<br>Les fers sont noirs.<br>Sur les capes brillent<br>des taches d’encre et de cire.<br>Ils ont des crânes de plomb,<br>c’est pour cela qu’ils ne pleurent pas.<br>Avec une âme de cuir verni<br>ils arrivent par la route.<br>Bossus et nocturnes,<br>où ils passent, ils ordonnent<br>des silences de gomme obscure<br>et des peurs de sable fin.<br>Ils passent, s’ils veulent passer,<br>et cachent dans leur tête<br>une vague astronomie<br>de pistolets irréels.<br><br></div><div>*<br><br></div><div>Oh ville des gitans !<br>Aux coins des rues, des drapeaux.<br>La lune et la calebasse<br>avec les griottes en conserve.<br>Oh ville des gitans !<br>Qui t’a vue et ne se souvient ?<br>Ville de douleur et de muse,<br>avec des tours de cannelle.<br><br></div><div>*<br><br></div><div>Quand la nuit tombait,<br>nuit de la nuit noire,<br>les gitans à leurs enclumes<br>forgeaient des soleils et des flèches.<br>Un cheval meurtri<br>frappait à toutes les portes.<br>Des coqs de verre chantaient<br>par Jerez de la Frontera.<br>Le vent nu tourne le coin<br>de la rue de la surprise,<br>dans la nuit d’argent éteint<br>nuit de la nuit noire.<br><br></div><div>Federico Garcia Lorca, <em>La Désillusion du monde<br><br></em>Biographie:<br><br>Federico García Lorca est un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Po%C3%A8te">poète</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Dramaturge">dramaturge</a> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Espagne">espagnol</a>, également <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Prosateur">prosateur</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Peinture_d%27art">peintre</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Pianiste">pianiste</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Compositeur">compositeur</a>, né le 5 juin 1898 à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Fuente_Vaqueros">Fuente Vaqueros</a> près de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Grenade_(Espagne)">Grenade</a> et exécuté sommairement le 19 août 1936 entre <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Viznar">Viznar</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alfacar">Alfacar</a> par des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Milice">milices</a> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Franquiste">franquistes</a>.<em><br><br></em><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2021-03-23 12:00:02 UTC</pubDate>
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      </item>
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         <title>&quot;Les menteurs&quot;, Pablo-Neruda- 1936</title>
         <author>celsolespinas</author>
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         <description><![CDATA[<div><br>Madrid seule et solennelle, Juillet t’avait surprise avec ta joie<br>De rayon de miel pauvre ; claire était ta rue,<br>Clairs étaient tes songes.<br>Un hoquet noir<br>De généraux, une vague<br>De soutanes rageuses<br>Rompit entre tes genoux<br>Ses eaux boueuses et leurs ruisseaux de fange.<br>Les yeux encore tout meurtris de sommeil,<br>Avec un vieux fusil et des pierres, Madrid,<br>Récemment blessée,<br>Tu te défendis. Tu courais<br>Dans les rues<br>Laissant les traces de ton sang sacré<br>Rassemblant, appelant d’une voix d’océan<br>Avec ton visage à jamais changé<br>Par la lueur du sang,<br>Madrid,<br>Comme une montagne vengeresse,<br>Comme une sifflante<br>Étoile de couteaux.<br><br></div><div><br>Lorsque dans les ténébreuses casernes,<br>Dans les sacristies de la trahison,<br>S’enfonça ton épée ardente,<br>Il n’y eut qu’un long silence d’aube,<br>Il n’y eut que le pas haletant des drapeaux,<br>Et qu’une honorable goutte de sang sur ton sourire.<br><br>Biographie:<br><br>Pablo Neruda, nom de plume de Ricardo Eliecer Neftalí Reyes Basoalto, est un poète, écrivain, diplomate, homme politique et penseur chilien, né le 12 juillet 1904 à Parral (province de Linares, Chili), mort le 23 septembre 1973 à Santiago du Chili.<br>De 1910 à 1920, il fréquente le lycée pour garçons de Temuco au Chili. À treize ans déjà, il publie ses premiers poèmes et textes en prose. À partir de 1921, il étudie la langue et la littérature française à Santiago.<br>À dix-neuf ans, il publie son premier livre « Crepusculario », Crépusculaire. Suit, un an plus tard, « Veinte poemas de amor y una canción desesperada, Vingt Poèmes d’amour et une chanson désespérée ».<br>En 1927, Neruda entre au service diplomatique et Il devient consul.<br>Le 21 octobre 1971, Pablo Neruda obtient le Prix Nobel de littérature. En 1972, il retourne au Chili.<br>&nbsp;Le poète et homme politique meurt le 23 septembre 1973, officiellement d’un cancer de la prostate.</div>]]></description>
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         <pubDate>2021-03-24 12:37:03 UTC</pubDate>
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      </item>
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         <title>&quot;Le temps du Martyr&quot;, David Diop- 1956</title>
         <author>celsolespinas</author>
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         <description><![CDATA[<div>Le Temps du Martyr <br>Le Blanc a tué mon père<br>Car mon père était fier<br>Le Blanc a violé ma mère<br>Car ma mère était belle<br>Le Blanc a courbé mon frère sous le soleil des routes<br>Car mon frère était fort<br>Puis le Blanc a tourné vers moi<br>Ses mains rouges de sang noir <br>M’a craché son mépris au visage<br>Et sa voix de maître :<br>« Hé boy, un balai, une serviette, de l’eau ! »<br>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;David Diop, Coups de pilon, 1956<br><br>Biographie:<br><br>&nbsp;David&nbsp; Diop est né le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/9_juillet">9</a> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Juillet_1927">juillet</a> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/1927">1927</a> à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Bordeaux">Bordeaux</a>, d'un père <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9n%C3%A9galais">sénégalais</a>, G. Mamadou Diop Yandé et d'une mère <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Camerounaise">camerounaise</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Maria_Mandessi_Bell">Maria Mandessi Bell</a>. En 1935, à l'âge de huit ans, son père décède et David est élevé aux côtés de ses cinq frères et sœurs par sa mère.<br><br>À cause de sa santé fragile, David vit une partie de son enfance dans les hôpitaux en <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/France">France</a> -notamment pendant la période de l'<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_de_la_France_par_l%27Allemagne_pendant_la_Seconde_Guerre_mondiale">occupation</a> et de la guerre. Il se découvre alors une passion pour la littérature et ne tarde pas à écrire pour exprimer ses sentiments.</div><div>Il entre d'abord en Faculté de Médecine, puis se tourne vers les lettres modernes. Au cours de ses études, David a <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9opold_S%C3%A9dar_Senghor">Léopold Sédar Senghor</a> comme professeur. Après avoir obtenu sa licence, il part pour le Sénégal.<br>Alors qu'il était en vacances administratives, il meurt au large des côtes du Sénégal dans un accident d'avion le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/29_ao%C3%BBt">29</a> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ao%C3%BBt_1960">août</a> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/1960">1960</a>.</div>]]></description>
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         <pubDate>2021-03-24 13:04:50 UTC</pubDate>
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      <item>
         <title>&quot;Entendez-vous gens du Viêt-nam...&quot;, Jacques Prévert- 1953</title>
         <author>celsolespinas</author>
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         <description><![CDATA[<div>Entendez-vous</div><div>&nbsp;</div><div>Entendez-vous gens du</div><div>Viet-Nam entendez-vous dans vos campagnes dans vos rizières dans vos montagnes..</div><div>&nbsp;</div><div>Oui nous les entendons</div><div>&nbsp;</div><div>Ces êtres inférieurs</div><div>&nbsp;</div><div>architectes danseurs pêcheurs et mineurs jardiniers et sculpteurs tisserands ou chasseurs paysans et pasteurs artisans et dockers coolies navigateurs</div><div>&nbsp;</div><div>Ces êtres inférieurs</div><div>&nbsp;</div><div>ne savaient haïr que la haine</div><div>&nbsp;</div><div>ne méprisaient que le mépris</div><div>&nbsp;</div><div>Ces êtres inférieurs</div><div>&nbsp;</div><div>ne craignaient guère la mort</div><div>&nbsp;</div><div>tant ils aimaient l’amour</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>tant ils vivaient la vie</div><div>&nbsp;</div><div>et leur vie quelquefois était belle comme le jour et le sang de la lune courait sur les rizières et le jour lui aussi était beau comme la nuit</div><div>&nbsp;</div><div>n y avait aussi la faim et la misère</div><div>&nbsp;</div><div>les très mauvaises fièvres et le trop dur labeur</div><div>&nbsp;</div><div>Mais le jour était beau comme la nuit</div><div>&nbsp;</div><div>le soleil fou dansait dans les yeux des jeunes filles</div><div>&nbsp;</div><div>et la nuit était belle comme le jour</div><div>&nbsp;</div><div>la lune folle aussi dansait seule sur la mer</div><div>&nbsp;</div><div>la misère se faisait une beauté pour l’amour</div><div>&nbsp;</div><div>Et les enfants en fête malgré les</div><div>Mauvais</div><div>Temps jouaient avec les bêtes en pourchassant le vent</div><div>&nbsp;</div><div>Mais</div><div>&nbsp;</div><div>il y avait aussi et venant de très loin</div><div>&nbsp;</div><div>les</div><div>Monopolitains</div><div>&nbsp;</div><div>ceux de la</div><div>Métropole et de l’appât du gain</div><div>&nbsp;</div><div>Négociants trafiquants notables résidents avec les légionnaires les expéditionnaires et les concessionnaires et les hauts-commissaires</div><div>&nbsp;</div><div>Et puis les missionnaires et les confeseionnaires</div><div>&nbsp;</div><div>venus là pour soigner leurs frères inférieurs</div><div>&nbsp;</div><div>venus pour les guérir de l’amour de la vie</div><div>&nbsp;</div><div>cette vieille et folle honteuse maladie</div><div>&nbsp;</div><div>Et cela depuis fort longtemps</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>bien avant la mort de</div><div>Louis</div><div>XVI bien avant l’exploitation et l’exportation de la</div><div>Marseillaise</div><div>&nbsp;</div><div>Et la misère était cotée en</div><div>Bourse</div><div>&nbsp;</div><div>sous le couvert</div><div>&nbsp;</div><div>et dans les plis et replis du pavillon tricolore</div><div>&nbsp;</div><div>Et puis une dernière fois ce fut encore la</div><div>Grande</div><div>&nbsp;</div><div>Guerre ses nouvelles financières et ses hauts faits divers</div><div>Comme elle était</div><div>Mondiale</div><div>&nbsp;</div><div>des</div><div>Français déclassés grands caïds du</div><div>Viet-Nam avec les chefs du gang de l’empire du</div><div>Milieu se partageaient déjà comme barons en foire les morceaux du gâteau des lambeaux de pays avec l’assentiment de</div><div>S.</div><div>M.</div><div>Bao-Dai</div><div>&nbsp;</div><div>Soudain</div><div>&nbsp;</div><div>sont emportés dans les rapides de l’Histoire</div><div>&nbsp;</div><div>leurs bateaux de papier-monnaie</div><div>&nbsp;</div><div>et comme dans les livres de classe importés de la</div><div>&nbsp;</div><div>Métropole on proclame au</div><div>Viet-Nam les</div><div>Droits de l’homme</div><div>Quoi ces gens qui crient famine sous prétexte qu’ils n’ont</div><div>&nbsp;</div><div>pas grand-chose à manger et qui s’ils étaient mieux nourris crieraient encore que</div><div>&nbsp;</div><div>c’est mauvais</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>nous savons trop bien qui les mène et où on veut les emmener</div><div>&nbsp;</div><div>Et les</div><div>Grands</div><div>Planteurs d’Hévéas les</div><div>Seigneurs de la</div><div>Banque d’Indochine et les</div><div>Grands</div><div>Charbonniers du</div><div>Tonkin</div><div>&nbsp;</div><div>en appellent sans plus tarder à la</div><div>Quatrième</div><div>République empirique apostolique et néo-démocratique</div><div>&nbsp;</div><div>Alors</div><div>&nbsp;</div><div>la fille aînée de l’Église</div><div>&nbsp;</div><div>son sang ne fait qu’un tour</div><div>&nbsp;</div><div>Un pauvre capucin et grand amiral des</div><div>Galères</div><div>&nbsp;</div><div>arrive à fond de train par la mer</div><div>&nbsp;</div><div>et après avoir fait les sommations d’usage</div><div>&nbsp;</div><div>Ceci est mon corps expéditionnaire</div><div>&nbsp;</div><div>Ceci est votre sang</div><div>&nbsp;</div><div>à coups de droit canon il sermonne</div><div>Haïphong</div><div>&nbsp;</div><div>des anges exterminateurs accomplissent leur mission</div><div>&nbsp;</div><div>et déciment la population</div><div>&nbsp;</div><div>Simple petit carnage</div><div>&nbsp;</div><div>présages dans le ciel</div><div>&nbsp;</div><div>sévère mais salutaire leçon</div><div>&nbsp;</div><div>Et vogue la galère</div><div>&nbsp;</div><div>après avoir bien joué son beau rôle dans l’Histoire</div><div>&nbsp;</div><div>l’Amiral se retire dans sa capucinière</div><div>&nbsp;</div><div>en dédaignant la gloire</div><div>&nbsp;</div><div>Et le temps fait semblant seulement de passer le temps du halte-là reste là l’arme au pied</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>le temps des cerisiers en fleur arrachés à la terre et volatilisés</div><div>&nbsp;</div><div>Et malgré d’inquiétantes menaces de paix</div><div>&nbsp;</div><div>les gens du trafic des piastres</div><div>&nbsp;</div><div>fEntendez-vous</div><div>&nbsp;</div><div>Entendez-vous gens du</div><div>Viet-Nam entendez-vous dans vos campagnes dans vos rizières dans vos montagnes..</div><div>&nbsp;</div><div>Oui nous les entendons</div><div>&nbsp;</div><div>Ces êtres inférieurs</div><div>&nbsp;</div><div>architectes danseurs pêcheurs et mineurs jardiniers et sculpteurs tisserands ou chasseurs paysans et pasteurs artisans et dockers coolies navigateurs</div><div>&nbsp;</div><div>Ces êtres inférieurs</div><div>&nbsp;</div><div>ne savaient haïr que la haine</div><div>&nbsp;</div><div>ne méprisaient que le mépris</div><div>&nbsp;</div><div>Ces êtres inférieurs</div><div>&nbsp;</div><div>ne craignaient guère la mort</div><div>&nbsp;</div><div>tant ils aimaient l’amour</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>tant ils vivaient la vie</div><div>&nbsp;</div><div>et leur vie quelquefois était belle comme le jour et le sang de la lune courait sur les rizières et le jour lui aussi était beau comme la nuit</div><div>&nbsp;</div><div>n y avait aussi la faim et la misère</div><div>&nbsp;</div><div>les très mauvaises fièvres et le trop dur 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confeseionnaires</div><div>&nbsp;</div><div>venus là pour soigner leurs frères inférieurs</div><div>&nbsp;</div><div>venus pour les guérir de l’amour de la vie</div><div>&nbsp;</div><div>cette vieille et folle honteuse maladie</div><div>&nbsp;</div><div>Et cela depuis fort longtemps</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>bien avant la mort de</div><div>Louis</div><div>XVI bien avant l’exploitation et l’exportation de la</div><div>Marseillaise</div><div>&nbsp;</div><div>Et la misère était cotée en</div><div>Bourse</div><div>&nbsp;</div><div>sous le couvert</div><div>&nbsp;</div><div>et dans les plis et replis du pavillon tricolore</div><div>&nbsp;</div><div>Et puis une dernière fois ce fut encore la</div><div>Grande</div><div>&nbsp;</div><div>Guerre ses nouvelles financières et ses hauts faits divers</div><div>Comme elle était</div><div>Mondiale</div><div>&nbsp;</div><div>des</div><div>Français déclassés grands caïds du</div><div>Viet-Nam avec les chefs du gang de l’empire du</div><div>Milieu se partageaient déjà comme barons en foire les morceaux du gâteau des lambeaux de pays avec l’assentiment de</div><div>S.</div><div>M.</div><div>Bao-Dai</div><div>&nbsp;</div><div>Soudain</div><div>&nbsp;</div><div>sont emportés dans les rapides de l’Histoire</div><div>&nbsp;</div><div>leurs bateaux de papier-monnaie</div><div>&nbsp;</div><div>et comme dans les livres de classe importés de la</div><div>&nbsp;</div><div>Métropole on proclame au</div><div>Viet-Nam les</div><div>Droits de l’homme</div><div>Quoi ces gens qui crient famine sous prétexte qu’ils n’ont</div><div>&nbsp;</div><div>pas grand-chose à manger et qui s’ils étaient mieux nourris crieraient encore que</div><div>&nbsp;</div><div>c’est mauvais</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>nous savons trop bien qui les mène et où on veut les emmener</div><div>&nbsp;</div><div>Et les</div><div>Grands</div><div>Planteurs d’Hévéas les</div><div>Seigneurs de la</div><div>Banque d’Indochine et les</div><div>Grands</div><div>Charbonniers du</div><div>Tonkin</div><div>&nbsp;</div><div>en appellent sans plus tarder à la</div><div>Quatrième</div><div>République empirique apostolique et néo-démocratique</div><div>&nbsp;</div><div>Alors</div><div>&nbsp;</div><div>la fille aînée de l’Église</div><div>&nbsp;</div><div>son sang ne fait qu’un tour</div><div>&nbsp;</div><div>Un pauvre capucin et grand amiral des</div><div>Galères</div><div>&nbsp;</div><div>arrive à fond de train par la mer</div><div>&nbsp;</div><div>et après avoir fait les sommations d’usage</div><div>&nbsp;</div><div>Ceci est mon corps expéditionnaire</div><div>&nbsp;</div><div>Ceci est votre sang</div><div>&nbsp;</div><div>à coups de droit canon il sermonne</div><div>Haïphong</div><div>&nbsp;</div><div>des anges exterminateurs accomplissent leur mission</div><div>&nbsp;</div><div>et déciment la population</div><div>&nbsp;</div><div>Simple petit carnage</div><div>&nbsp;</div><div>présages dans le 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la</div><div>Libération</div><div>&nbsp;</div><div>comme le</div><div>Quatorze</div><div>Juillet la prise de la</div><div>Bastille</div><div>&nbsp;</div><div>sans façon</div><div>&nbsp;</div><div>Cependant que très loin on allume des lampions</div><div>&nbsp;</div><div>des lampions au napalm sur de pauvres paillotes</div><div>&nbsp;</div><div>et des femmes et des hommes des enfants du</div><div>Viet-Nam</div><div>&nbsp;</div><div>dorment les yeux gTands ouverts sur la terre brûlée</div><div>&nbsp;</div><div>et c’est comme</div><div>Oradour</div><div>&nbsp;</div><div>c’est comme</div><div>Madagascar et comme</div><div>Guernica</div><div>&nbsp;</div><div>et c’est en plus modeste tout comme</div><div>Hiroshima</div><div>&nbsp;</div><div>Et le temps reste là sur le qui-vive</div><div>&nbsp;</div><div>le temps du</div><div>Halte-là</div><div>&nbsp;</div><div>le temps du désespoir</div><div>&nbsp;</div><div>et de la connerie noire</div><div>&nbsp;</div><div>Et la grande main-d’œuvre 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affairées</div><div>&nbsp;</div><div>Là-bas</div><div>&nbsp;</div><div>sur le théâtre des</div><div>Opérations</div><div>Bancaires le corps expéditionnaire n’avait plus les mêmes succès et dans de merveilleux décors tombaient les pauvres figurants de la mort</div><div>Seuls les gens du trafic des piastres criaient bis et applaudissaient</div><div>Ici on oriait</div><div>Encore ailleurs on criait</div><div>Assez plus loin on criait</div><div>La</div><div>Paix</div><div>&nbsp;</div><div>et des messieurs du meilleur monde fort discrètement s’éclipsaient</div><div>&nbsp;</div><div>Tout cela n’était pas une petite affaire</div><div>&nbsp;</div><div>les grandes compagnies internationales des</div><div>Monopoli-tains</div><div>&nbsp;</div><div>alertaient leurs meilleurs experts</div><div>&nbsp;</div><div>leurs plus subtils tacticiens</div><div>&nbsp;</div><div>L’un d’eux</div><div>&nbsp;</div><div>un trépidant infatigable petit mégalomane d’une étourdissante et opiniâtre médiocrité</div><div>&nbsp;</div><div>et qui s’était couvert de gloire fiduciaire pendant la seconde guerre mondiale sur la route coupée du fer dans la plaie</div><div>&nbsp;</div><div>atterrit en coup de vent au</div><div>Viet-Nam</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>&nbsp;</div><div>Et en moins de temps qu’il ne mit un peu plus tard à</div><div>&nbsp;</div><div>l’écrire trouva la solution de cet interminable conflit</div><div>&nbsp;</div><div>Pour arrêter ou améliorer la regrettable et nécessaire guerre du</div><div>Viet-Nam, il suffit, c’est tellement simple, de mettre le</div><div>Viet-Nam dans la guerre.</div><div>&nbsp;</div><div>Et résumant cette solution en un slogan d’une indéniable efficacité</div><div>&nbsp;</div><div>Virilité rapidité</div><div>&nbsp;</div><div>il reprend l’avion</div><div>&nbsp;</div><div>non sans avoir donné de très judicieuses précisions</div><div>&nbsp;</div><div>Des</div><div>Français et des</div><div>Vietnamiens se faisaient tuer pour protéger la vie et la fortune des gens qui entassaient d’immenses richesses, pour ne parler que de</div><div>Chinois de</div><div>Saigon et de</div><div>Vietnamiens d’Hanoi] et tout cela aux frais du contribuable français.</div><div>&nbsp;</div><div>Dès lors, une seule solution : créer une armée proprement vietnamienne assez puissante pour rétablir l’ordre, puisque c’est au</div><div>Viet-Nam (Tonkin,</div><div>Annam,</div><div>Cochinchine), pays de vingt-cinq millions d’habitants, que se fait la guerre.</div><div>C’est par la création de cette armée nationale que le peuple vietnamien prendra pleinement conscience de son indépendance.</div><div>Il faut que cette guerre, où se jouent l’indépendance du</div><div>Viet-Nam, les libertés et la fortune de ses citoyens, soit considérée par lui comme sa guerre.</div><div>Il faut que ses élites cessent d’être « attentistes -.soucieuses de ne pas se compromettre dans l’hypothèse d’une victoire des communistes.</div><div>Il faut que ce soit une guerre faite par le</div><div>Viet-Nam avec l’aide de la</div><div>France, et non une guerre faite par la</div><div>France avec l’aide du</div><div>Viet-Nam.</div><div>&nbsp;</div><div>C’est d’abord un état d’esprit à créer, celui que ce vieux lion qu’est le président</div><div>Syngman</div><div>Rhee a su créer en</div><div>Corée.</div><div>&nbsp;</div><div>Et ce sont des réformes profondes à faire.</div><div>&nbsp;</div><div>Pourquoi gardez-vous en prison</div><div>&nbsp;</div><div>et depuis déjà plusieurs années</div><div>&nbsp;</div><div>un marin qui s’appelle</div><div>Henri</div><div>Martin ?</div><div><br></div><div><br><br></div><div>tent toutes les fêtes et sans en oublier</div><div>et l’on réveillonne à</div><div>Noël comme au bon vieux pays</div><div>à</div><div>Saigon à</div><div>Hanoï</div><div>et l’on fête l’Armistice et la</div><div>Libération</div><div>comme le</div><div>Quatorze</div><div>Juillet la prise de la</div><div>Bastille</div><div>sans façon</div><div>Cependant que très loin on allume des lampions</div><div>des lampions au napalm sur de pauvres paillotes</div><div>et des femmes et des hommes des enfants du</div><div>Viet-Nam</div><div>dorment les yeux gTands ouverts sur la terre brûlée</div><div>et c’est comme</div><div>Oradour</div><div>c’est comme</div><div>Madagascar et comme</div><div>Guernica</div><div>et c’est en plus modeste tout comme</div><div>Hiroshima</div><div>Et le temps reste là sur le qui-vive</div><div>le temps du</div><div>Halte-là</div><div>le temps du désespoir</div><div>et de la connerie noire</div><div>Et la grande main-d’œuvre jaune</div><div>caresse tristement ses rizières ses forêts</div><div>ses outils et ses champs son bétail affamé</div><div>Des voix chantent</div><div>Nous n’aimions pas notre misère</div><div>mais avec elle nous pouvions lutter</div><div>et quand parfois elle touchait terre</div><div>sur cette pauvre terre nous pouvions respirer</div><div>Vous</div><div>qu’en avez-vous fait</div><div>Elle était lourde notre misère</div><div>vous le saviez</div><div>vous en avez déjà tiré plus que son pesant d’or</div><div>Fous que vous êtes</div><div>que voulez-vous encore</div><div>Aux voix de la main-d’œuvre jaune</div><div>répondait une voix d’or</div><div>une voix menaçante et radiodiffusée</div><div>et la main-d’œuvre se serrait</div><div>la mort mécanique avançait</div><div>Sourdes mais claires</div><div>des voix chantaient</div><div>Si la petite main-d’œuvre jaune</div><div>et la très grande main d’or blanc</div><div>coudes sur table et poings serrés</div><div>se rencontraient</div><div>elle ne tiendrait pas longtemps en l’air</div><div>la blême menotte d’acier</div><div>tachée de sang caillé</div><div>Longtemps en l’air c’est une façon de parler</div><div>Et la voix d’or hurlait</div><div>sur un ton aphonique délicat cultivé</div><div>Feu à volonté</div><div>Et les hommes de main d’or</div><div>recrutés et parqués et fraîchement débarqués</div><div>venant rétablir l’Ordre</div><div>mitraillaient</div><div>incendiaient</div><div>Mais</div><div>la main-d’œuvre jaune elle aussi</div><div>se mé-ca-ni-sait</div><div>Tristes et graves</div><div>mais résignées des voix chantaient</div><div>Que voulez-vous</div><div>on nous attaque à la machine</div><div>se défendre à la main</div><div>ne serait pas civilisé</div><div>on nous traiterait encore de sauvages</div><div>et d’arriérés</div><div>on nous blâmerait</div><div>Et l’empereur</div><div>Bao-Daï partait « en permission » sur la</div><div>Côte d’Azur</div><div>C’est comme cela que les journaux annonçaient ses visites fébriles et affairées</div><div>Là-bas</div><div>sur le théâtre des</div><div>Opérations</div><div>Bancaires le corps expéditionnaire n’avait plus les mêmes succès et dans de merveilleux décors tombaient les pauvres figurants de la mort</div><div>Seuls les gens du trafic des piastres criaient bis et applaudissaient</div><div>Ici on oriait</div><div>Encore ailleurs on criait</div><div>Assez plus loin on criait</div><div>La</div><div>Paix</div><div>et des messieurs du meilleur monde fort discrètement s’éclipsaient</div><div>Tout cela n’était pas une petite affaire</div><div>les grandes compagnies internationales des</div><div>Monopoli-tains</div><div>alertaient leurs meilleurs experts</div><div>leurs plus subtils tacticiens</div><div>L’un d’eux</div><div>un trépidant infatigable petit mégalomane d’une étourdissante et opiniâtre médiocrité</div><div>et qui s’était couvert de gloire fiduciaire pendant la seconde guerre mondiale sur la route coupée du fer dans la plaie</div><div>atterrit en coup de vent au</div><div>Viet-Nam</div><div>Et en moins de temps qu’il ne mit un peu plus tard à</div><div>l’écrire trouva la solution de cet interminable conflit</div><div>Pour arrêter ou améliorer la regrettable et nécessaire guerre du</div><div>Viet-Nam, il suffit, c’est tellement simple, de mettre le</div><div>Viet-Nam dans la guerre.</div><div>Et résumant cette solution en un slogan d’une indéniable efficacité</div><div>Virilité rapidité</div><div>il reprend l’avion</div><div>non sans avoir donné de très judicieuses précisions</div><div>Des</div><div>Français et des</div><div>Vietnamiens se faisaient tuer pour protéger la vie et la fortune des gens qui entassaient d’immenses richesses, pour ne parler que de</div><div>Chinois de</div><div>Saigon et de</div><div>Vietnamiens d’Hanoi] et tout cela aux frais du contribuable français.</div><div>Dès lors, une seule solution : créer une armée proprement vietnamienne assez puissante pour rétablir l’ordre, puisque c’est au</div><div>Viet-Nam (Tonkin,</div><div>Annam,</div><div>Cochinchine), pays de vingt-cinq millions d’habitants, que se fait la guerre.</div><div>C’est par la création de cette armée nationale que le peuple vietnamien prendra pleinement conscience de son indépendance.</div><div>Il faut que cette guerre, où se jouent l’indépendance du</div><div>Viet-Nam, les libertés et la fortune de ses citoyens, soit considérée par lui comme sa guerre.</div><div>Il faut que ses élites cessent d’être « attentistes -.soucieuses de ne pas se compromettre dans l’hypothèse d’une victoire des communistes.</div><div>Il faut que ce soit une guerre faite par le</div><div>Viet-Nam avec l’aide de la</div><div>France, et non une guerre faite par la</div><div>France avec l’aide du</div><div>Viet-Nam.</div><div>C’est d’abord un état d’esprit à créer, celui que ce vieux lion qu’est le président</div><div>Syngman</div><div>Rhee a su créer en</div><div>Corée.</div><div>Et ce sont des réformes profondes à faire.</div><div>Pourquoi gardez-vous en prison</div><div>et depuis déjà plusieurs années</div><div>un marin qui s’appelle</div><div>Henri</div><div>Martin ?<br><br>Biographie:</div><div><br></div><div><strong><br>Jacques Prévert</strong> est un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Po%C3%A8te">poète</a>, né le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/4_f%C3%A9vrier">4</a> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9vrier_1900">février</a> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/1900">1900</a> à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Neuilly-sur-Seine">Neuilly-sur-Seine</a>, et mort le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/11_avril">11</a> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Avril_1977">avril</a> <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/1977">1977</a> à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Omonville-la-Petite">Omonville-la-Petite</a> (<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Manche_(d%C3%A9partement)">Manche</a>).</div><div>Auteur de recueils de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Po%C3%A8me">poèmes</a>, parmi lesquels <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Paroles_(Pr%C3%A9vert)"><em>Paroles</em></a> (1946), il devint un poète <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Culture_populaire">populaire</a> grâce à son langage familier et à ses <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_de_mots">jeux sur les mots</a>. Ses poèmes sont depuis lors célèbres dans le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Francophonie">monde francophone</a> et massivement appris dans les écoles françaises.</div><div>Il a également écrit des sketchs et des chœurs parlés pour le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9%C3%A2tre">théâtre</a>, des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Chanson">chansons</a>, des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Sc%C3%A9nario">scénarios</a> et des <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Dialogue">dialogues</a> pour le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9ma">cinéma</a> où il est un des artisans du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9alisme_po%C3%A9tique">réalisme poétique</a>. Il a également réalisé de nombreux <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Collage_(art)">collages</a> sonores à partir des années 1940.<br><br></div><div><br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2021-03-24 14:02:35 UTC</pubDate>
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