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      <title>Lydie Thollot by Amélie Prélat</title>
      <link>https://padlet.com/prelat_amelie/mail_lydie_thollot</link>
      <description>Interview</description>
      <language>en-us</language>
      <pubDate>2017-12-14 09:23:26 UTC</pubDate>
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         <title>Mail de Lydie Thollot</title>
         <author>prelat_amelie</author>
         <link>https://padlet.com/prelat_amelie/mail_lydie_thollot/wish/216077910</link>
         <description><![CDATA[<div>Bonjour,</div><div><br></div><div>concernant mon activité: je suis en doctorat de science politique - relations internationales à Lyon 3. J'effectue une thèse sous la direction de David CUMIN portant sur la systématisation des violences sexuelles pendant les conflits armés, notamment au Kosovo entre 1998-1999 (titre exact de ma thèse: "contributions des études de genre à la polémologie; études de la systématisation du recours aux violences sexo-spécifiques en temps de guerre. Kosovo : 1981-2015")</div><div>Je suis actuellement au chômage après 5 ans d'enseignements en science politique à Lyon 3. Je soutiens ma thèse en février 2018.</div><div><br></div><div><br></div><div>-Est-ce que, selon vous, les féministes sont plus victimes d’insultes, de sexisme, de misogynie ?</div><div>Tout dépend ce que vous entendez par "être féministe" (faut-il le revendiquer pour être considérée.é comme tel? ).</div><div>De mon point de vu, être une femme suffit à subir la misogynie. Lorsque vous êtes féministe (déclarée et assumée), la différence tient au fait que les remarques sont peut être plus explicites qu'elles ne le sont quand vous ne l'êtes pas. Lorsque vous vous mobilisées.és, vous tenez un discours politique qui appelle à des réponses et des réactions, ce qui favorisent sans doute les remarques négatives. Egalement, lorsqu'on est féministe, on a une conscience plus accrue des injustices sexuelles, et on développe peut être plus une systématisation de la critique qui rend notre entourage parfois hostile à notre discours et notre démarche. De même, en terme de perception, il y a des comportements que l'on jugera sexiste là ou d'autres n'y verrons parfois rien.&nbsp;</div><div><br></div><div>-Quel est le sujet de votre thèse ? Pourquoi avez-vous décidé d’écrire à ce sujet ?</div><div>titre exact de ma thèse: "contributions des études de genre à la polémologie; études de la systématisation du recours aux violences sexo-spécifiques en temps de guerre. Kosovo : 1981-2015"</div><div>J'ai fait un master en science politique, spécialité "sécurité et défense". Parallèlement, j'ai toujours été sensible aux questions de discriminations sexuelles. Les études de genre sont apparues comme un bon moyen de développer une réflexion critique qui couplait mon intérêt pour la précarité des femmes, et le domaine d'étude de sécurité dans lequel je m'inscrivais. Concernant la Kosovo, j'ai une partie de ma famille qui vient de cette région: la systématisation des violences sexuelles par les milices serbes contre les Albanaises du Kosovo est devenu le sujet qui m'a permis de jouer plusieurs cartes: acquisition de savoir pratiques quant aux coutumes albanaises, mes interrogations sur le poids des normes culturelles dans la construction sociale de la différence entre les sexes, mon intérêt pour l'origine politique de recours systématiques aux violences sexuelles pendant les conflits armés. Pourquoi, depuis l'Antiquité, "les femmes de l'ennemi" sont violées? Pourquoi considère-t-on ce phénomène comme un dommage collatéral et non comme quelque chose qui participe pleinement à la réalisation d'un projet politique? etc...&nbsp;</div><div><br></div><div>-Pensez-vous que l’accès à la politique est plus difficile pour une femme ?</div><div>Je pense que oui: la définition moderne de la politique repose sur une division très classique, réinvestie par les Lumières en Occident, à savoir: l'homme libre bénéficie du temps libre pour investir l'espace public et toutes les activités à haute valeure sociale ajoutée (activité politique et militaire); tandis que les femmes étaient - et sont toujours - rattachées à l'espace domestique. Elles doivent satisfaire les besoins du foyer ce qui permet aux hommes de se dégager une marge de manœuvre - du temps libre - pour faire autres choses. La plupart des femmes qui travaillent doivent souvent cumuler leur activités professionnelles avec les tâches domestiques: comment trouver le temps de s'investir en politique?</div><div>Depuis la Grèce antique, c'est ce modèle qui prime et il est très dur, dans les couples hétérosexuels, de détacher les femmes de leur "capacité d'enfanter" et de leur "devoirs domestiques". Elles-mêmes s'auto-censurent parfois et fixent leur "devoirs maternelles" comme une priorité. L'image de la "mère" est un étendard politique qui a toujours participé à juger - et formater - les comportements féminins: être une "bonne mère" c'est souvent un argument qui sert à maintenir les femmes aux foyers, et les éloigner de l'espace publique: là où la politique s'exerce. C'est pour cela que les Mouvements de Libération des Femmes des années 60 avaient le slogan "le personnel est politique": il s'agissait de dire à la société que leur marginalisation dans l'espace domestique ne devait pas constituer un éloignement de la sphère politique puisque le fait même de les attacher au foyer constituait un choix politique.&nbsp;</div><div>Donc oui, je pense que tant que la société s'organisera autour du couple hétérosexuel, en privilégiant le modèle classique de la famille nucléaire, les femmes auront du mal a trouver un soutien institutionnel qui leur permette de redéfinir leur posture, élargir leur champ de possibilités et d'accéder à la politique.</div><div><br></div><div>Enfin nous nous interrogeons sur des questions plus générales :</div><div><br></div><div>-Pourquoi pensez-vous qu’il n’y est jamais eu de femme chef d’état en France ?</div><div>Je pense que les mentalités ne sont pas encore prêtes à confier le pouvoir à une femme. Être chef.fe d'Etat c'est être le.la chef.fe des armées, avoir le code nucléaire...l'ensemble des pouvoirs régaliens en somme. Et traditionnellement, les prérogatives de ce type ont toujours été associées aux hommes, ou du moins à des qualités dites "masculines": self control, rationalité... Je suis assez d'accord avec Ann Tickner sur ce sujet (Gender in International Relations, chapitre 2)</div><div><br></div><div>-Que penseriez vous du fait d’avoir une femme chef d’état en France ?</div><div>Je pense que ce serait une bonne chose si elle est élue pour les bonnes raisons: parce qu'elle a su convaincre par son programme, et pas "parce que c'est une femme". On élit pas un.e président.e pour son sexe, mais pour ses idées et ses qualités de dirigeant.e potentiel.le.&nbsp;</div><div><br></div><div>-Qu’est ce qui différencie la femme politique d’aujourd’hui de celle des années 60-70 ?</div><div>Le contexte: les évolutions en matières d'inégalités font évoluer les enjeux et donc, les trajectoires des femmes politiques.</div><div><br></div><div>-Quelles évolutions avez-vous personnellement constaté ?</div><div>Les évolutions que j'ai constaté, du fait de mon parcours et de mon intérêt, concerne plutôt l'activisme; les féministes des années 60 s'intéressaient surtout à rendre visible les femmes et cherchaient à ce qu'elles obtiennent des droits et des devoirs égaux aux hommes, tout en respectant la spécificité de leur parcours. Aujourd'hui, le mouvement bien plus hétérogène qu'il ne l'était avant: la "femme" comme catégorie politique pose question. Est ce que toutes les femmes se sentent concernées et représentées par les revendications des années 60 (confère la mobilisation des femmes de couleurs, ou les mobilisations queer)? C'est intéressant de voir que le mouvement évolue sans cesse et se réinvente.</div><div><br></div><div>-À vos yeux, quelle est la femme politique qui a le plus marqué l’histoire et pourquoi ?</div><div>Sans doute Simone Veil du fait de son parcours, et du fait de la loi qui porte son nom.</div><div><br></div><div>-Que pensait votre entourage de la loi Veil à l’époque où elle fut proposé ? Et qu’avez-vous entendu de leur part ? &nbsp;</div><div>Je n'en n'ai aucune idée, je n'étais pas née.&nbsp;</div><div>A l'heure actuelle, tous sont unanimes sur le fait que cela devrait être un acquis qui ne devrait plus être remis en question.</div><div><br></div><div>-Que pensez-vous des insultes et menaces envers Simone Veil ou Christiane Taubira quand elles ont proposées leur lois ?&nbsp;</div><div>Lorsque certains fondements de la société sont remis en question, certaines personnes sont perturbées. Et cas de crise, on se raccroche à des normes classiques, à des stéréotypes claires et binaires parce que ça rassure. Aussi, dès qu'un projet innovant est portée par une femme, le risque c'est que les réactions les plus violentes (des plus désœuvrés) consiste à faire reposer le manque de crédibilité du projet sur le manque de crédibilité de la personne qui le porte; et quand c'est une femme, quoi de plus facile que de réactiver les préjugées les plus ancrés dans les mentalités, à savoir que les femmes ne sont pas capable de raisonner convenablement etc... On utilise leur sexe - ou leur couleur de peau - pour justifier leurs "inepties", là où l'ineptie se situe dans le bouche de celui qui les fustige.&nbsp;</div><div><br></div><div>-Pensez-vous que le fait que Ségolène Royale et Marine Lepen soient des femmes est/ ait contribué à leur défaite aux présidentielles ?</div><div>Je ne pense pas. Je pense qu'aussi bien l'une et l'autre ont échoué lors de débat de l'entre deux tours; Chacune s'est trouvée face à d'excellents orateurs qui maîtrisaient beaucoup mieux qu'elles l'art oratoire. Cela n'a fait que conforter l'écart initial qui s'était profilé aux premiers tours.</div><div><br></div><div>-Est-ce que la parité au gouvernement vous paraît être une chose importante ?</div><div>Par principe, je pense que la discrimination positive peut parfois porter préjudice aux individus car il repose sur le sexe pour identifier des quottas qui devraient reposer sur les qualités et les compétences de chacun... Mais un monde imparfait implique de recourir à des mesures imparfaites pour corriger certaines carences du système. Donc, en attendant que les choses changent, cela peut être une bonne chose à condition que les femmes qui sont recrutées soient représentatives de la diversités des parcours et des points de vu de la société: il faudrait qu'en plus du sexe, la "classe" compte. Autrement dit, que tous les milieux socio-économiques soient représentés. Or, ce n'est pas vraiment le cas.</div><div><br></div><div>En espérant avoir été claire dans mes réponses</div><div><br></div><div>Très cordialement</div><div><br></div><div>Lydie THOLLOT &nbsp;</div><div><br></div><div><br></div><div>THOLLOT LydieDoctorante Droit- Science PolitiqueEcole Doctorale de Droit - Laboratoire CLESIDUniversité Jean Moulin - Lyon 3<a href="mailto:lydie.thollot@univ-lyon3.fr">lydie.thollot@univ-lyon3.fr</a> ou <a href="mailto:lydie.thollot.univ@outlook.fr">lydie.thollot.univ@outlook.fr</a></div>]]></description>
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         <pubDate>2017-12-14 09:23:48 UTC</pubDate>
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