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      <title>CARAMBOLAGES - 12 nov by laurence verdier</title>
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      <description>Fait avec un peu de malice</description>
      <language>en-us</language>
      <pubDate>2020-12-15 07:51:48 UTC</pubDate>
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         <description><![CDATA[<div>Broussard, l’entomologiste détraqué, était tombé dans le panneau. Il n’avait pas pu résister aux empreintes de dodo. Fanny avait su tout de suite qu’il marcherait. Qu’il bondirait à pieds joints même. C’était un joueur invétéré après tout. Si elle s’était engagée dans cette équipe internationale, c’était pour fuir sa vie d’avant. La vie avec son ex joueur, Jeff. Elle voulait se noyer dans les chiffres, disparaître sous des avalanches de graphiques et de données scientifiques à analyser. Leur mission les avait conduits en Louisiane. Les alligators. La biologiste française Fanny Langier était spécialiste des crocodiliens et étudiait les mutations génétiques qui avaient conduit des genres fossiles basaux éteints aux crocodiles et caïmans actuels. Elle avait connu l’entomologiste à un congrès qui s’était tenu à Lafayette où il présentait un papier sur les insectes fossiles de Louisiane. Il l’avait entretenue de sa passion pour le dodo et de leur intérêt commun pour les espèces disparues. De fil en aiguille, elle avait découvert son petit commerce dégoûtant et les combats d’araignées qu’il orchestrait dans la région pour s’en mettre plein les poches. </div><div> Il l’avait invitée à une partie nocturne dans l’atelier d’une usine de coton près de Morgan City. Un petit maquereau aux cheveux gominés rabattait des paumés pour lui. Il avait les clefs de l’usine, il devait sûrement y travailler. Elle avait reconnu l’ambiance, celle d’une salle de jeu ou d’une salle de boxe clandestine : les parieurs qui retiennent leur souffle, les cris féroces d’encouragement, l’odeur écœurante et aigre de la sueur. Elle avait misé petit pour ne pas se faire remarquer. Sa peau la démangeait terriblement sous le T-shirt à manches longues. Puis elle avait fait mine de partir, avait coupé le moteur et elle était revenue à pas de loups. Une fois les pigeons plumés, les complices se partageaient le butin. </div><div> C’était un type comme eux qui avait plongé Jeff dans l’enfer du jeu. Paris, parties de poker, casino. Tout ça, c’était du pareil au même. L’angoisse de se réveiller sans un sou. Les découverts bancaires. Devoir s’humilier devant les banquiers. Le jeu avait eu raison de leur couple. Quand Fanny lui disait qu’il était fou, Jeff lui rétorquait toujours que, s’il était fou, c’était d’elle. Alors elle en avait eu assez de cette parade et elle était partie. Il avait disparu de sa vie mais pas les crises de nerfs. Des tremblements incontrôlables, des picotements. Comme des insectes qui grouillaient sur son corps. Elle se grattait au sang et devait porter des vêtements couvrants pour cacher les marques indélébiles laissés par ses ongles qui lacéraient sa peau. </div><div> Elle avait déjà pris sa décision. Ces deux piranhas allaient rejoindre les espèces disparues.</div><div><br><br></div><div> Manson, ça avait été un jeu d’enfant. Il ne disait jamais non à une partie de jambes en l’air avec une jolie femme. Elle avait prétexté avoir terriblement envie d’une excursion nocturne en bateau. Pour un bon coup, c’en était un. Elle ne l’avait pas raté, le salopard.</div><div> Broussard, elle avait joué au chat et à la souris avec lui puisqu’il aimait ça. De bouteilles de whisky en clichés photographiques énigmatiques de la scène de crime, elle avait tissé sa toile. Comme un insecte pris au piège, elle l’avait regardé s’empêtrer tout seul dans le bayou. Les fausses empreintes de dodo l’avaient conduit droit dans un marécage brumeux dont il n’avait pas pu se dégager. Des alligators ou des serpents venimeux, elle ne savait pas sur qui parier. </div><div><br><br></div><div><strong>Épilogue</strong></div><div><br><br></div><div> Je nous pensais pourtant tranquilles tous autant que nous étions, bêtes à poils, à écailles ou à plumes, à présent. Pas moyen de faire la sieste sur cette île, je vous jure. Un humain était revenu, tout seul cette fois. Je ne pourrais pas dire qu’il se tenait sur ses deux pattes pour le coup, il lui en aurait bien fallu une troisième. Il se servait d’une bouteille comme d’une canne, laissant de drôles d’empreintes sur le sol. Quand il l’eut vidée, il la jeta à l’eau d’un geste rageur. Il titubait en suivant des traces bizarres. Pour sûr, je connaissais toutes les bestioles du coin et je peux vous dire qu’aucune n’en laissait de pareilles, parole d’alligator ! Le gars s’était enfoncé dans la brume putride. J’avais poussé un bâillement terrible à m’en décrocher la mâchoire. Les Hommes étaient profondément ennuyeux. Ce qui était certain, c’est qu’il partait lui aussi pour faire un très long dodo.</div><div><br><br></div><div><br><br></div><div><br><br><br><br><br><br><br><br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-15 16:57:04 UTC</pubDate>
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         <title>Fontaine Claude                     Les petites nuits de la Vallée-aux-Loups </title>
         <author></author>
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         <description><![CDATA[<div>« Ces deux cariatides ont appartenu au portique nord du Parthénon à Athènes, et elles sont tombées lors du tremblement de terre de 1805. Je les ai rapportées pour les installer sur le versant sud de ma maison », aime à raconter Chateaubriand. <br>C’est ainsi que les deux cariatides ont quitté leur éternité hellénique pour entamer leur vraie vie à la Vallée-aux-Loups.<br>Au début, les cariatides ont partagé la même pose, la même couche, et dans leur jeune âge cela leur a convenu pour s’inventer des histoires, et particulièrement des bêtises, comme poser des lapins à Eudore ou attraper des lurettes. <br>L’une, Athénia, est brouillon et asociale, l’autre, Héléna, est ordonnée, malicieuse, voire mystérieuse. <br><br><em>Puisqu’il vient d’être fait mention d’Eudore, arrêtons-nous un instant pour vous le présenter. Eudore est un personnage essentiel à notre histoire car il règne de toute éternité sur la vie de la Vallée-aux-Loups.<br>Chat du domaine, Eudore est le fidèle compagnon félin de Chateaubriand. </em><br><em>Eudore a le poil épais et soyeux d’un chat libre de ses promenades. Il mène une vie semi-sauvage dans le vaste parc. S’il était plus prolixe, Eudore aurait bien des choses à raconter !<br>Eudore orchestre avec brio les festivités nocturnes, depuis la méridienne emblématique de la Maison.<br></em><br>Pour revenir à notre histoire, la complicité des jumelles s’effrite à l’adolescence lorsqu’elles acquièrent leur indépendance. <br>Alors Athénia prend toutes les mauvaises bifurcations, d’autant qu’elle développe un caractère un tant soit peu guerrier et grognon. <br>Tandis qu’Héléna trace une ligne originale qui sublime la vie à la Vallée-aux-Loups.<br><br>Pour l’heure, les deux cariatides sont des sœurs ennemies. On dit Caïn et Abel, pour les frères jumeaux, on dira Athénia et Héléna, pour les sœurs jumelles. Si bien que pour calmer la haine virulente et constante entre elles, Chateaubriand fige Athénia sur place, limitant son rayon d’action à la surveillance oculaire du parc et de la terrasse, assistée d’Eudore, et des plus conciliants des arbres et arbustes, nombre de sujets préférant somnoler en journée. <br><br>Le fait est qu’Héléna dispose enfin de toute latitude pour mener ses activités fantasques. <br>D’autant qu’elle a rapidement acquis la préférence du Maître des lieux, en l’absence de Juliette. <br>Ajoutons qu’Héléna est fort jolie. Le marbre dans lequel elle est sculptée est d’un grain rosé si fin que l’on en ferait presque un sujet vivant, voluptueux et séduisant, si nous n’avions pas déjà pensé en faire un personnage animé le temps de ce livre.<br>D’ailleurs, Madame de Récamier avait un attrait prononcé pour son visage au sourire énigmatique et elle essayait de l’imiter lors de ses longues pauses sur sa méridienne ! <br><br><em>Disons à présent quelques mots à propos du Kangourou, avant qu’il apparaisse sous peu dans notre histoire. <br>Le Kangourou est un personnage haut en couleur, non pas tant à cause de la couleur de son poil que parce qu’il est facétieux, inconséquent, mais toujours d’agréable compagnie et joyeux luron. Il est un grand ami d’Eudore et d’Héléna la Cariatide. </em><br><br>Héléna n’est pas sans obligations ni plaisirs. Toutefois, elle a un hobby. En effet, Héléna est familière des oiseaux qui séjournent dans le parc, les alouettes et les tourterelles, les grives musiciennes. Et elle les rassemble souvent autour d’elle pour former le « Chœur des oiseaux », à 17 heures, avant que s’annonce le déclin du jour. <br>A l’instant, c’est l’heure du five o’clock tea, et le temps passant, Eudore abandonne l’idée de prendre a cup o’ tea avec son ami le Kangourou. <br>Alors Eudore rejoint sans tarder Héléna car il aime autant qu’elle le Chœur des oiseaux. Pas pour les mêmes raisons, avouons-le. En effet, Héléna est mélomane tandis qu’Eudore a des rêves félins. <br>Lorsque les oiseaux chantent « alouette, je te plumerai… », il en bave d’envie. Il imagine toujours que l’une d’elles tombe raide à ses pattes dans un tourbillon de plumes. <br>A ce moment précis, nous entendons Héléna rire de son rire cristallin qui tintinnabule et répond en écho aux quatre coins de la vaste prairie. <br><br>La cariatide Héléna et le Kangourou s’entendent à merveille pour susciter la gaieté nocturne dans le parc lorsque le Maître est à la Vallée-aux-Loups. <br><br>Chateaubriand apprécie son domaine comme lieu de retraite pour écrire ses livres, se reposer des turbulences de Paris, de ses astreintes professionnelles et de ses voyages. Car le Maître aime voyager, le plus souvent avec peu de bagages. En dehors de ses cariatides qu’il a fait rapporter de Grèce, il a l’idée ingénieuse de glaner des graines végétales pour orner son parc de la Vallée-aux-Loups. <br>De son voyage en Louisiane, il rapporte des graines de Cyprès chauve, de son séjour en Italie, des graines de magnolia, de Grèce, des graines de bougainvillier, du Liban, des graines de cèdre, sans oublier les graines de rhododendron, de sa Bretagne natale, et d’autres terres dont nous parlerons bientôt.<br>Ainsi chaque voyage permet à Chateaubriand d’enrichir la flore de son parc, faisant de ce lieu une œuvre en soi, luxuriante, et le support authentique de ses récits, rassemblés en graines dans la terre de son domaine. <br><br><em>Apportons cependant quelques précisions sur le Cyprès chauve de Louisiane, qui vous permettront une meilleure compréhension de la suite de l’histoire. Le Cyprès chauve est un arbre de belle prestance, bien ancré dans le sol grâce à son tronc solide, voire ventru. Il élève son feuillage souple et gracieux vers le ciel. Il présente des racines aériennes.</em><br><em>Il est de caractère taciturne et bilieux. Il s’ennuie. De sa terre natale de Louisiane ; de Chateaubriand dès que ce dernier quitte le domaine. De… <br>Il attire à lui quiconque passe à portée de voix.</em><br><br>Soudain, on entend un cri rauque, abyssal : c’est le Cyprès chauve qui appelle le Kangourou qu’il vient d’apercevoir gambader dans la prairie. Il envie sa mobilité et se plaint - une fois encore - de sa propre sédentarité. Il le hèle pour qu’il l’entretienne des potins de la vie du domaine. Puis il interpelle Eudore et lui demande des nouvelles du Maître, de l’heure de sa promenade, lorsqu’il rendra visite à ses arbres et admirera leur envergure florale et racinaire. <br>« On ne louera jamais assez tes racines aériennes qui sont des sièges bien pratiques lors des concerts nocturnes », s’exclame Eudore, qui pense qu’un compliment l’égaiera. Puis il ajoute « Et là, je t’ai bien vu ! Ton regard ne quitte jamais les séduisantes cariatides, là-haut. Tu as de quoi fantasmer pour les quelques deux cents ans qu’il te reste à vivre ! Enfin, tu te dérides ! »<br><br>Le jardinier a fermé la porte cochère à l’entrée du parc.  <br>Eudore orchestre alors de sa truffe ridée une bien étrange pantomime, dressé qu’il est, telle Bastet l’Egyptienne, sur la méridienne adossée aux ruches. <br>Puis il invite le Kangourou à danser avec la Cariatide un pas de deux qui les mène au pied du Cyprès chauve de Louisiane.<br>Car cette nuit, c’est ici que le décor est planté. <br>Autour du Cyprès, le sol ramollit et devient bayou. S’exhale alors une senteur de sous-bois tropical. Le marigot frissonne et la tête du crocodile affleure à la surface de l’eau. Il est prêt, à l’affut de la proie. Pourquoi pas ce chat sauvage aux yeux jaunes, les oreilles dressées, tapi sur la fourche d’une haute branche du Cyprès chauve ? Ou bien ce matou qui siège en maître sur la méridienne ?<br>Eudore émet un miaulement langoureux. Le parc allume toutes ses lucioles.<br>Alors émane une touffeur moite de sueur. De la profondeur du feuillage surgit un chœur de voix basses et râpeuses qui chante sans fin des negro spirituals. C’est la sombre et lente mélopée des esclaves noirs qui travaillent, harassés, dans les champs de Louisiane, à récolter le coton. <br>Le concert se termine et le parc rentre dans l’ombre.<br><br>Maintenant, c’est un autre jour et nous trouvons le Kangourou non loin de la Cariatide, et à quelques pas du rhododendron lilas qui s’épanouit en haut de la prairie, laquelle fleure bon le foin fraîchement coupé. <br>Ses graines pourraient venir de Bretagne. Mais non. Lors d’un voyage en Angleterre, Chateaubriand est monté jusqu’en Ecosse, et très précisément à Luss, sur la rive ouest du Loch Lomond, là même où il a collecté les graines de ce rhododendron. <br>Dans ses Mémoires d’Outre-tombe, Chateaubriand fait une brève allusion à ce voyage.<br>Actuellement, le massif est en pleine floraison. C’est pourquoi, ce soir-là, Eudore élit le rhododendron comme site musical, longtemps après que le jardinier a fermé la porte du parc. <br>Le Kangourou approche la méridienne du rhododendron et Eudore ouvre le spectacle d’un frémissement de truffe.<br>Les lucioles braquent leur lumière sur le rhododendron. Au-dessus du rhododendron, la voûte céleste se déchire, le firmament se couvre de ciels gris aux nuages galopants, qui diffusent un reflet argenté sur la rive du Loch. On dirait un écrin scintillant bordé de hautes collines. La lande fleurie se saupoudre de moutons et de pierres blanches. Le vent d’ouest dégage une fraîche odeur marine. <br>Le silence se fait sur la scène. <br>Alors Héléna et le Kangourou entament avec vigueur une danse des Highlands.<br>Puis, depuis le tréfonds du rhododendron, la harpe celtique égrène ses notes glissées entraînant à la danse, aux motifs répétés en refrain, aux broderies variées, qu’accompagne une voix féminine aux sonorités argentines sur l’air bien connu de la ballade du Loch Lomond « En passant par ses belles rives et ses belles collines… », dont les paroles sont si émouvantes que tous et toutes sortent leur mouchoir en dentelle du Puy afin d’y recueillir leurs larmes émues.<br>Puis la voûte céleste se referme. La lumière laiteuse de la lune éclaire la prairie. <br>Le concert est terminé.<br><br>Le repos nocturne s’installe sur le parc et dans la demeure. <br>Héléna retrouve son portique, ou du moins, le croyons-nous…<br>Ce que nous avons dit d’Héléna jusqu’à présent n’est que sa vérité visible et avouée.<br>Maintenant, vous commencez à le comprendre. François-René s’est épris de la jolie Cariatide, aussi blonde aux yeux clairs que Juliette est brune aux yeux d’ébène.<br>Depuis la porte-fenêtre du grand salon, François-René a suivi le spectacle écossais. Bouleversé, il rentre et … laisse la porte-fenêtre entrouverte. C’est le signal qui invite Héléna à entrer.<br>En l’absence de Juliette, Héléna sera la belle de la nuit. <br>Elle saisit vivement son flacon de l’envoûtant parfum que son parfumeur parisien fait monter en calèche depuis le sud de la France. Elle enduit son corps de son Souffle de Rose.<br>Emue, Héléna rejoint alors François-René dans la chambre à la méridienne. <br>Ainsi allongée, Héléna est toute aux paroles de François-René qui lui lit les poèmes du barde romantique écossais Robert Burns, « Mon amour est comme une rose vermeille » en lui tenant la main. <br>A cet instant, il eût suffi de presque rien pour qu’Héléna abandonne son cœur de pierre et prenne cœur humain. Sans doute, eût-il fallu qu’elle renonce à son éternité. Mais elle ne le peut pas. Quelque chose l’en empêche. Elle ne peut tendre vers l’humain qu’à la faveur de la nuit. C’est ainsi.<br><br>Chateaubriand est au fait de sa gloire littéraire, il a également créé son domaine. Il a cru pouvoir tout y maîtriser en figeant Athénia. Mais ce faisant, il a induit sans le savoir qu’Héléna endosse la haine d’Athénia. Le duo gémellaire créait une partition nette de l’amour et de la haine. La haine prend même le dessus dans la séduction qui lie Héléna à François-René.<br>Si François-René reste séduit par la Cariatide, c’est parce qu’il est dupé. En effet Héléna garde sa stature humaine et ses fins traits rosés.<br><br>Il est heureux que les poèmes de Robert Burns les ait tenus éveillés tard dans la nuit, de sorte que François-René finit sa lecture au petit matin. <br>Lorsque François-René tente d’enlever sa main, Héléna la tient serrée, très serrée, comme un étau. Ses doigts bleuissent. <br>François-René ne peut que suivre Héléna lorsqu’elle l’entraîne vers l’alcôve. <br>Ce n’est pas qu’il s’y refuse. Au contraire, il est subjugué, aimanté, et paraît comme transporté vers sa couche.<br>François-René espérait une douce étreinte passionnée. Au lieu de cela, il ressent l’étreinte pétrifiante d’Héléna. Il perçoit le moment où il va succomber à la séduction maléfique. Il risque d’y perdre la raison, la vie, d’oublier Juliette.<br>Il se débat comme dans un mauvais rêve. <br>Déjà se font entendre les discrets pépiements de la chorale ailée. Rouge-gorge, coucou, mésange charbonnière, saluent tour à tour l’aube naissante.<br>L’imminence de l’aube desserre l’emprise nocturne de la Statue sur François-René.<br>Entre l’aube, qui blanchit l’horizon, et l’aurore, qui rosit le ciel, Héléna s’enfuit. Elle ne dispose que de ce bref instant, car la Statue, qui est finalement un être de la nuit, redevient pierre à l’orée du jour.<br>Telle une adolescente qui glisse sur la pointe des pieds en tenant ses souliers à la main, après une fugue nocturne qu’elle veut garder secrète, Héléna prend soin de n’éveiller personne. Elle pose le coussin sur sa tête, se cale sous le portique de la demeure et s’immobilise, de marbre.<br>Le disque solaire paraît, empourpre la façade de la demeure et les cariatides.<br>L’astre solaire frappe la pupille d’Héléna dont l’éclat s’est éteint. <br>Le soleil réchauffe le corps froid de François-René.<br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-16 13:21:13 UTC</pubDate>
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         <title>Monologue du cyprès chauve </title>
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         <description><![CDATA[<div>Certains croient naïvement, sous prétexte qu'ils ont des jambes, qu'ils sont plus libres que nous. Ils s'imaginent que nos racines nous emprisonnent, que nous sommes inertes et dépourvus de toute émotion, sentiment ou pensée. C'est tellement humain de toujours vouloir vous croire au centre de tout... le centre d'intérêt, le centre de l'univers, croire que vous contrôlez tout... C'est plutôt vous qui êtes prisonniers de vos représentations du monde. Vous ne comprenez pas ou vous avez oublié l'essentiel. Nous, nous sommes restés reliés, reliés à cette nature, reliés au vivant. C'est grâce à cette faculté à communiquer que je suis devenu ce point de passage, car je n'ai jamais oublié mes origines. Et c'est pour cela que chaque soir, quand le parc semble s'endormir, je commence à rêver et je retourne par mes racines dans ce bayou de mon enfance. Et ce que je pense devient la réalité. Par hasard, quelques-uns d'entre vous se sont trouvés à mes côtés à ce moment précis et ils ont pu passer de l'autre côté. Mais comme toujours, plutôt que d'être raisonnables, ils ont voulu l'exploiter et et n'ont cessé de chercher à emprunter ce passage. Au lieu de me laisser aller à mes rêveries... Aujourd'hui je suis las, las d'être dérangé, alors je vais refermer le passage. </div><div>Pas définitivement sans doute, mais à chaque fois que je serai dérangé.</div><div>Vivant, je conserverai toujours ce lien indispensable. Car c'est pour moi un immense bonheur de pouvoir voyager aussi facilement entre Châtenay et la Louisiane. </div><div>Oui, je n'ai peut-être pas de jambes mais je voyage plus que vous.</div><div><br><strong>Monologue de la cariatide</strong></div><div>Comme le cyprès  chauve, je vois que vous n’avez pas d’estime pour nous.</div><div>Vous nous croyez figés, nous sommes inexistants à vos yeux. </div><div>Sans vouloir vous inquiéter, nous sommes les témoins silencieux de vos actes. </div><div>Et nous ne sommes jamais indifférents à vos peines.</div><div>Ce n’est pas parce que nous paraissons solides à l’extérieur que nous ne sommes pas des êtres ultra sensibles, secoués par les émotions.</div><div>Je déteste cette expression “coeur de pierre”, comme si notre constitution nous rendait rigides.</div><div>Je préfère le terme “minéral”, si vous le voulez bien.</div><div>Regardez, moi par exemple, je n’ai jamais été insensible au charme de Chateaubriand;</div><div>Chaque fois qu’il se rendait à la tour Velléda en aimable compagnie je ressentais une douleur au ventre…</div><div>Ah ils sont nombreux à m’avoir fait fantasmer au cours des siècles !</div><div>Le dernier en date figurez-vous c’est ce kangourou, aussi étrange que cela puisse paraître;</div><div>Il est toujours tiré à 4 épingles, fort bien mis de sa personne, et ce regard ténébreux…</div><div>Même si parfois, il m’inquiète un peu (c’est peut-être ça qui est excitant).</div><div>A faire fondre les plus basées d’entre nous ! </div><div>Rien que d’en parler, j’en suis toute troublée.</div><div>Et puis j’adore les parfums qu’il porte ! Du Guerlain, évidemment.</div><div>Et le bonus avec lui c'est le physique, vous avez vu ses abdos ?</div><div><br><strong>Monologue du kangourou</strong></div><div>Je ne sais pas si c’est moi qui vieillis ou bien le monde qui change, mais j’ai de plus en plus l’impression que la situation m’échappe, que je ne contrôle plus rien.</div><div>Je pensais naïvement que cette montre à gousset me donnerait un avantage, que je pourrais continuer à aller et venir à ma guise entre la Vallée aux loups et la Louisiane. Gambadant joyeusement, sans jamais m’attacher.</div><div>Je ne demandais pourtant pas grand chose, juste cette liberté de voyager, liberté dont bénéficient même les arbres par ici;</div><div>Mais c’était sans compter avec la convoitise de cet horloger.</div><div>C’est trop injuste !</div><div>Aujourd’hui sa cupidité risque de me perdre.</div><div> </div><div> </div><div><br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-16 13:46:36 UTC</pubDate>
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         <title>LA DISPARITION</title>
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         <description><![CDATA[<div>Lorsque l’on se remémorerait les faits, on dirait que notre histoire avait débuté au cours d’un printemps délicieux. Certes ils sont tous délicieux les printemps, émoustillants même, lorsque l’on frémit à retrouver les senteurs fraiches de la vie, lorsque la sève revit dans la nature et que les effluves vous enveloppent.</div><div>Cela arriva comme dans un conte de fées, dans la légèreté de l’air, dans le parc de la Vallée aux loups. Les rhododendrons étaient en fleurs, tel un feu d’artifice du rouge ..du blanc et surtout du violet, du mauve et du lilas ,à vous éclabousser.</div><div>Joey l’aperçut dans la brume matinale, et il s’était entiché immédiatement de cette belle jeune femme un peu mystérieuse, bizarre plutôt. Il ne remarqua pas cette singularité vestimentaire, Il ne vit que ses yeux myosotis et ses longs cils dorés.</div><div>Son corps délié flottait sur la pelouse près des rhododendrons et des ruches , elle se mouvait comme une elfe .</div><div>Nina aimait la couleur violette à en perdre la raison, elle éprouvait pres du massif de rhododendrons cette sensation de fusion, de ne faire qu’une, avec Violette, sa sœur tôt disparue, dont le manque avait laissé s’installer le froid dans son cœur ,la dépouillant ainsi de leurs passions pour Chateaubriand ou Schubert</div><div>Le jour de leur rencontre avec Joey, elle portait une splendide robe portefeuille qui l’enveloppait et la rendait encore plus gracieuse et gracile . Immédiatement, elle se sentit si proche de Joey qu’ elle se serait cru au bord du précipice, vous savez , ce précipice qui vous fait croire que vous allez tout comprendre ,l’Univers, les Hommes , les Sentiments , le pourquoi du comment enfin que tout s’éclaire .</div><div>Elle devait partager avec lui, ils marchèrent des jours , ils connaissaient si bien le parc, qu’à demi -mot, ils évoquèrent les cariatides avec leurs aventures , le chat Eudore qui veillait à la porte ,les ruches ou elle venait déposer chaque jour ses vœux pour que Violette enfin la retrouve, les espèces d’arbres magiques qui permettaient tant de fantaisie, qui permettait à son imaginaire de survivre . Une telle complicité ne s’invente pas, il comprit que son air déluré n’ était qu’ un masque derrière lequel s’ abritaient de si sombres pensées .</div><div>Puis quelques mois plus tard elle arriva un matin toute échevelée, vêtue d’un teeshirt mauve bien sur..Là ,il la trouva franchement bizarre , »relou » comme disent les enfants ,elle débita des propos incohérents ,parlant de bayou, de cyprès chauve, de kangourou Pour tout dire il s’ inquiéta sérieusement car en plus nous étions fin aout et le festival Schubert se déroulait ce soir même</div><div>Il se dit qu’il allait prendre ses distances…</div><div>Il la regarda s’éloigner, elle s’en alla en direction du cyprès chauve. Puis elle s’évapora comme elle était arrivée quelques mois plus tôt dans sa vie .</div><div>Il avait rêvé à n’en pas douter</div><div>Après s’être faufilée entre les racines du cyprès chauve, elle glissa comme sur un toboggan, le cul par-dessus tête et se retrouva toute étourdie en plein marécages, cernée d’une troupe de policiers</div><div>Certains vous diront que l’on retrouva trace de cette Nina échevelée, en tee shirt mauve avec des manches toutes tirebouchonnées .Elle errait dans le bayou à la recherche de Violette en maugréant « le cyprès chauve me joue des tours, il a fermé le passage » Monsieur Chat’ ,monsieur Chat’ aidez- moi.</div><div>Ce policier, à moitié professeur de littérature, lui avait été conseillé par son amie, lorsqu‘elle préparait son expédition vers les terres inconnues de Louisiane à la recherche de Violette , de Chateaubriand et des indiens Natchez.</div><div>Elle sentait la moiteur de l air , assaillie d’ une meute de moustiques, elle essayait de tirer encore sur ses manches pour se sauver de cette horde sauvage Les forces de police la prièrent de déguerpir et de dégager le terrain .Tout autour d’elle n’était que chaos ,les éléments se déchainaient . Elle supplia Chat de loin</div><div>« Aidez -moi, aidez -moi il y a longtemps …vous avez connu ma sœur Violette. »</div><div><br></div><div>Elle fût ‘tourbillonnée’, brassée comme dans le tambour du lave -linge , puis elle fut sous une douche chaude cinglante .Nous étions le 23 Aout 2005 ,Katarina se déchaînait sur la Louisiane ,des éclairs métalliques zébraient le ciel d’encre . Elle était venue pour Violette ,grâce à ces abeilles magiques .Mais son histoire était enrôlée dans la Grande Histoire.</div><div>Ses cris se perdirent dans le fracas infernal des éléments déchainés, des portes de bois volaient s’abattaient sur des hommes qui tentaient de se protéger assommant l’un , décapitant l’autre Elle se protégea sous un lit ,elle ne pouvait plus émettre de sons ,bousculée par ses émotions .Elle se débattait prise au piège des racines du cyprès chauve bougon ,qui n’avait de cesse de se défaire de cette affolée.</div><div>Cette fois, c’en est trop, je ferme définitivement, bougonna t -il ,je veux être seul.</div><div><br></div><div>Nina ouvrit de grands yeux interrogatifs</div><div>Joey , que fais- tu là ?</div><div>Nina reprit lentement conscience, elle sentit la douce chaleur des bras du kangourou, elle se laissa aller dans le réconfort protecteur de cet animal étrange. Elle bredouilla Indiens, bayou, cyprès , douche</div><div>Joey ,que fais -tu là ?</div><div>Patrick lui prit la main, entoura ses épaules lui déposa sur le front un baiser</div><div>Au milieu du chaos qui régnait autour de lui , le parc de la vallée aux loups lui sembla soudain hostile ,des arbres jonchaient le sol ,des branches s’ amoncelaient dans les allées, les rhododendrons étaient plumés</div><div>On entendit au loin la sirène des pompiers et des secours …Ninon avait été frappée par une énorme branche de catalpa arrachée par la tornade Elle</div><div>n’assisterait pas au concert Schubert ce soir Il avait été annulé…..</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-16 17:35:25 UTC</pubDate>
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         <title>LA BETE NOIRE - HAMON Pascale</title>
         <author></author>
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         <description><![CDATA[<div><em>Ici vous trouverez mon texte complet car je n’ai pas écrit une suite mais ai étoffé le texte initial. Les modifications apparaissent en bleu dans le 2</em><em><sup>e</sup></em><em> texte.</em></div><div> </div><div>Fanny éprouvait réellement le besoin de prendre des vacances quand elle décida de séjourner quelque temps en  Louisiane. La perspective de ce voyage l’enthousiasma. Ici, loin de tout, elle pourrait laisser décanter ce qui la tourmentait et faire le point de sa relation avec Cyril.</div><div> </div><div>Le jour de leur rencontre au parc de la Vallée-aux-Loups, elle avait entendu un homme qui avait lancé « rhododendron » à sa compagne, celle-ci rétorquant « dinde aux marrons ». Cyril avait ri et regardé Fanny ; ils avaient lié connaissance, reprenant à leur compte le jeu de mots, s’étaient promenés ; un cyprès chauve avait particulièrement retenu leur attention. Aucun des deux n’avait pris l’autre au sérieux à ce moment-là, mais Cupidon en avait décidé autrement. Ce jeu qui avait marqué leurs débuts amoureux leur avait apporté de la légèreté, de l’humour, exactement ce qu’il lui fallait. Voilà qui mettrait du baume sur ses meurtrissures. </div><div>                                                     </div><div>La découverte de la Louisiane l’enchanta, elle faisait de superbes balades et se sentait heureuse au contact de la nature. Pourquoi cela avait-il mal tourné ? Etait-elle sous le coup d’une malédiction qui l’empêchait de trouver la paix ?</div><div> </div><div>Le jour de son retour en France, elle ne put s’empêcher de retourner dans le Bayou. Les gens ne parlaient que du « noyé », c’était l’événement du moment. Et elle voulait en avoir le cœur net. En s’approchant de la scène de crime, elle distingua un homme -quelqu’un l’appela Chat’- qui semblait être l’enquêteur. Il était en quête d’indices, de détails, de ce qui lui sauterait peut-être aux yeux. Non, ça, ça se produisait uniquement dans les séries ! Dans la quête, l’enquête, il fallait prendre son temps, explorer, fouiller, soupeser ce qui intuitivement paraissait être un élément déterminant, pour comprendre, pour saisir une clef qui lui permettrait de remonter tout le cheminement et d’accéder à LA vérité, si tant est qu’il n’y en ait qu’une. </div><div> </div><div>Tout cela n’est pas très loin d’un travail sur soi finalement, songea Fanny. Elle aussi menait l’enquête, mais pas sur un crime, sur elle-même. Et ce n’était pas plus simple. Elle aurait bien demandé son aide à Chat’. Cela aurait pu être drôle, un de ces tours ironiques que nous joue l’histoire !</div><div> </div><div>Mais un policier lui interdit tout à coup de s’approcher davantage. Elle continua à contempler la scène, à distance.</div><div> </div><div>Cet homme était donc mort ? Elle aurait voulu l’apercevoir pour être sûre, pour être certaine qu’il s’agissait bien du même individu, celui qui l’avait approchée et fichu une peur monstrueuse. Une vision d’araignées s’imposa à elle, lui faisant revenir dans la bouche un goût âcre de bile. </div><div> </div><div>Ici, dans ces paysages paradisiaques, elle avait largement sous-estimé le nombre et la capacité de nuire des insectes. Et de lui faire peur. Surtout de lui faire peur. Elle en avait fait des cauchemars les premières nuits. Des cauchemars de bêtes grouillantes et hideuses, qui l’avaient ramenée à l’époque lointaine où elle vivait avec Jeff. Cela avait été le grand amour entre eux, la passion, mais Jeff avait des failles. Jeff était dangereux. Jeff était fou. </div><div> </div><div>« Tu es fou, lui disait-elle, attendrie et indulgente</div><div>- Fou de toi », lui répondait-il toujours.</div><div>                                                     </div><div>Il avait commencé à sortir de plus en plus tard pour jouer de plus en plus gros. Jeff avait réussi à lui cacher sa funeste activité pendant une assez longue période, il disait rejoindre des amis, elle en avait conclu assez vite qu’il voyait une femme et en souffrait beaucoup. Mais un jour qu’elle voulut porter la bague de sa grand-mère Agathe qu’elle n’avait pas connue, bijou auquel elle tenait particulièrement, elle ne la trouva pas. Jeff lui annonça, désinvolte, qu’il l’avait perdue au poker, mais qu’il allait la récupérer, qu’il se referait. Sur le moment, elle le crut.</div><div> </div><div>Mais la descente aux enfers commença. Elle ne fut plus ni attendrie ni indulgente. Jeff perdit son job, leur propriétaire les expulsa, ils étaient écrasés de dettes. Pour finir, il ne leur resta plus qu’une voiture dans laquelle ils avaient entassé toutes leurs affaires. C’était allé très vite.</div><div> </div><div>Pendant cette désastreuse période, elle n’avait pas fait de cauchemar puisqu’elle n’arrivait tout simplement plus à s’endormir. Elle restait allongée, les yeux ouverts dans la nuit complète, seule, attendant le retour de Jeff et redoutant d’entendre les fariboles qu’il lui servirait.</div><div> </div><div>Cela valait peut-être mieux car c’est lorsque le sommeil lui revint que les cauchemars s’installèrent. Pourtant, elle avait déjà quitté Jeff, elle s’était délivrée de lui. Ces cauchemars lui évoquaient le delirium tremens, accès de démence que subissent parfois les très grands alcooliques : elle avait la sensation physique d’insectes courant sur sa peau, cherchant à entrer dans sa bouche. Elle cherchait à les repousser, en vain, puis se réveillait, en proie à des vertiges. </div><div> </div><div>Son engouement soudain pour la généalogie lui servit de dérivatif d’abord, puis elle comprit vite qu’elle trouverait bien autre chose à la faveur de ses recherches. Elle avait fait les découvertes habituelles de métiers d’un autre temps, de géographies inconnues, avait parcouru des campagnes isolées, où elle cherchait vainement un signe de reconnaissance. Aborder le sujet avec ses proches allait être décisif. Elle voulait enregistrer les souvenirs de son grand-père Louis qu’elle aimait beaucoup mais celui-ci se dérobait toujours.</div><div> </div><div>Fanny avait appris fortuitement quelques petits secrets de famille qu’elle pressentait sans que jamais personne ne les ait clairement énoncés. C’est en trouvant un carnet intime et des lettres de sa grand-mère Agathe, qu’elle avait commencé à comprendre les relations tissées avec son mari, Louis. Agathe racontait par le menu l’addiction au jeu de son gentil mari, son aveuglement à elle, son angoisse croissante à mesure que sa vie de famille dégringolait. Ce fut un choc. Louis, si adorable avec Fanny, si tendre et prévenant, avait sabordé sa famille, l’avait à l’époque menée au bord du gouffre. Elle ignorait tout de cette histoire ! Et à son insu, l’avait répétée dans les moindres détails. C’est ce qui la perturbait le plus. A la lecture de ces carnets, lui revint brusquement en mémoire un épisode qu’elle avait oublié, datant de l’époque de ses 5 ans. Elle avait peur des araignées, comme la majorité des petits citadins. Son grand-père, taquin et joueur mais avec un brin de perversité, avait un jour attrapé une de ces bestioles, lui avait mis sous le nez et comme elle poussait des cris stridents, lui avait jeté au visage, au prétexte de la guérir de sa répulsion. Elle ne savait pas ce qui lui était le plus douloureux, le souvenir de cette bête odieuse fondant sur elle ou ce qu’elle considérait comme une trahison de son grand-père chéri. </div><div> </div><div>Les cauchemars l’assaillirent de nouveau. Ce n’étaient plus des insectes, mais des araignées, l’envahissant, provoquant chez elle une peur panique. Elles avaient réussi à tisser leur toile jusqu’à elle, leur insistance était d’une telle force qu’elle ne pouvait l’ignorer. Pourquoi s’acharnaient-elles sur elle ? Ne pouvaient-elles pas la laisser tranquille ?</div><div> </div><div>Elle se voyait prisonnière de sa vie comme d’une toile finement tissée et indestructible, d’un piège dont on ne peut sortir. </div><div> </div><div>L’amour que Jeff lui portait, que Louis portait à sa famille ne suffisait pas, ne suffirait jamais. Pourquoi les deux personnes qu’elle avait tellement aimées se révélaient-elles défaillantes, malfaisantes ? Comment peut-on prétendre tenir à quelqu’un et l’entraîner dans sa chute ? Elle se sentit désespérée. Elle devait être vigilante et ne pas se fourrer dans de nouvelles impasses. Les araignées veillaient !</div><div> </div><div>Rencontrer Cyril avait ouvert une fenêtre, mais elle restait sur la défensive ; malgré l’aspect inoffensif de Cyril, la question n’était peut-être pas SI mais QUAND sa noirceur allait soudain apparaître.</div><div> </div><div>Le jour où elle rencontra l’inconnu du Bayou la fit basculer. </div><div> </div><div>Alors qu’elle se promenait, elle repéra un cyprès chauve aux racines plongées dans l’eau, qui ressemblait étrangement à celui de la Vallée-aux-Loups, affichant presque le même air boudeur, comme s’il était son double. Elle s’approcha et fut stupéfaite d’entendre un murmure, comme si le cyprès parlait tout seul. Intriguée, elle en fit le tour et repéra un genre de cavité qui semblait l’inviter à s’y glisser. Elle y passa la main, ne sentit pas de limite à l’espace intérieur, et eut l’impression étrange que le trou s’agrandissait. Elle retira précipitamment sa main, interdite et recommença l’expérience. Le même phénomène opéra. Elle n’osait pas aller plus loin. Complètement absorbée par sa découverte, elle n’entendit pas l’homme qui s’approchait et sembla surgir à ses côtés, passablement éméché, voulant entamer la conversation, puis devenant très entreprenant. Elle le repoussa, l’homme grogna et perdit l’équilibre, tenta de se retenir aux branches mais se retrouva à moitié immergé. Sa main ratissa la terre humide à sa portée et la jeta dans sa direction. Elle crut voir arriver sur elle des araignées monstrueuses. Elle vit rouge, puis ce fut le noir total. Avait-elle fui ? Hurlé ? L’avait-elle poussé ? Avait-il chuté ? Un rideau était tombé sur sa mémoire.</div><div> </div><div>Cette évocation la fit revenir à la réalité. Il était grand temps qu’elle parte pour rejoindre l’aéroport. Que faisait-elle là à jouer les voyeuses, les intruses, à observer le balai des policiers ? Il ne fallait tout de même pas trop tenter le diable !</div><div> </div><div>A l’aéroport, elle se rappela le marabout-de-ficelle que Cyril et elle pratiquaient à la Vallée-aux-Loups, comme s’il s’agissait d’une version assagie, édulcorée, inoffensive du jeu qui la terrorisait. Eux au moins avaient su transformer l’essai. Pour tromper l’attente, elle fit un test sur un site quelconque qui devait lui révéler quel était son animal totem et découvrit, effarée, qu’il s’agissait de l’araignée ! En poussant plus loin ses investigations, elle comprit qu’il y avait un parallèle entre les sentiments de peur, de tension qu’elle ressentait lorsque l’araignée surgissait dans ses rêves et ses propres sentiments d’angoisse et de mal-être qui revenaient de manière chronique. </div><div>                                                                                                                              </div><div>Si l’araignée apparaissait aussi régulièrement dans sa vie, c’était sans doute pour lui dire quelque chose, la mettre en garde, lui signifier de prendre soin d’elle. Elle l’avait jusqu’ici considérée comme sa bête noire. Et si l’araignée au contraire pouvait exercer une influence positive sur elle ? Elle devait apprendre à interpréter ses signaux.</div><div> </div><div>Elle lut la suite de l’article qui évoquait la symbolique positive des araignées, la créativité, l’énergie. A elle de prendre son destin en main, comme elle l’avait fait en sortant de sa relation toxique avec Jeff, comme elle l’avait fait (peut-être, elle ne savait plus) quelques jours plus tôt au Bayou.</div><div> </div><div>Elle s’arrêta dans une boutique duty free pour s’offrir une broche. Le simple fait d’accrocher le bijou à sa veste lui arracha une grimace de dégoût, mais elle était déterminée à conjurer le sort. Ses doigts lui semblèrent garder la sensation des soies des pattes, bien qu’elles ne fussent constituées que de petits strass colorés.</div><div> </div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-16 19:48:10 UTC</pubDate>
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         <title>La petite gigoteuse (3e partie)</title>
         <author></author>
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         <description><![CDATA[<div> </div><div>J’étais partagée. Une partie de moi avait envie de passer son temps à l’échoppe de mon oncle afin de rencontrer un jour monsieur de Chateaubriand et de lui dire, en lui redonnant sa canne et son chapeau, que j’avais lu ses livres et à quel point je l’admirais. Je nous imaginais dans une discussion passionnée, laissant mon oncle à ses montres. Une autre partie de mon cœur préférait rester dans la bibliothèque, à lire, justement. Ma préceptrice, Wanda, m’y encourageait. Elle ne voulait pas que je risque d’être prise pour une domestique ou une commise. Et elle ne comptait pas trop sur Isidore pour me donner la place qu’il convenait.</div><div>-     Je connais bien ton oncle, tu le sais. C’est un homme bon. Mais, il n’est pas toujours courageux et depuis qu’il a rencontré monsieur de Chateaubriand, je ne sais pourquoi, il semble que la tête lui tourne. </div><div>-     Il est devenu royaliste, lui qui admirait tant l’Empereur !</div><div>-     Pauvre Isidore !</div><div> </div><div>Elle rit. Elle était maigre et semblait toujours triste. Je ne l’ai jamais vue autrement que vêtue de noir et sans aucun bijou ni dentelle. Ses cheveux sombres étaient toujours impeccablement coiffés en un chignon sévère. Selon Bertille, Wanda était la preuve que la lecture rendait les femmes tristes et maigres. Pourtant dès qu’elle souriait tout son visage s’illuminait et elle était très belle. Elle riait de bon cœur des retournements politiques de mon oncle et j’avais l’impression d’être avec une enfant.</div><div>Nous relisions <em>Atala</em> et <em>René</em> et j’apprenais la géographie en suivant sur les cartes les nombreux voyages de l’écrivain. Je me sentais à la fois mélancolique et pleine d’enthousiasme. Un jour je dis à Wanda que j’aimerais écrire des livres comme cette madame de Staël dont nous avions parlé et lu les livres. Je voulais, moi aussi, aller en Italie. Alors, me dit Wanda en souriant, mais il te faudra du courage.</div><div> </div><div>Mon oncle retournait régulièrement à la Vallée aux Loups et un jour – insigne honneur – il avait été invité à voyager dans la voiture de l’écrivain avec madame de Chateaubriand et une amie. Comme chaque fois, mon oncle nous faisait le récit détaillé de son séjour. L’excitation des premiers moments laissait doucement la place à la sérénité. </div><div>L’automne avançait, Isidore nous décrivait les magnifiques couleurs de la forêt environnante et l’espoir de l’écrivain de voir ses arbres prendre de telles couleurs, lorsqu’ils seraient devenus grands. Le poète aimait l’automne, le vent enflammait son imagination. Il regrettait parfois d’être trop pris par ses activités officielles, c’est à la Vallée aux Loups qu’il aimait vivre.</div><div>-     Ni vous ni moi, mon ami, ne verrons les arbres de mon parc se parer des jaunes et des rouges que nous admirons dans les environs, mais je souhaite ardemment que cela arrive. Pour le moment, je guette la moindre de leurs avancées et cela remplit ma vie.</div><div> </div><div>Au dîner, c’était comme au théâtre. Mon oncle racontait et nous écoutions. Wanda se joignait souvent à nous et Bertille prenait tous les prétextes pour passer dans la salle à manger et y rester. Elle n’hésitait jamais à interrompre « monsieur Isidore ».</div><div>-     Cette amie qui est venue chez monsieur de Chateaubriand est une amie de madame, je suppose, ou bien serait-ce une amie de monsieur le vicomte ?</div><div>-     Je ne sais pas. Mais c’est une jeune fille fort charmante. </div><div>Ce soir-là, Bertille partit en maugréant qu’elle espérait bien qu’il ne m’emmènerait jamais « là-bas ». Je ne dis rien mais elle savait que je le souhaitais de tout mon cœur. D’ailleurs, mon oncle m’avait dit un jour qu’il avait un peu raconté ma « triste histoire » et que l’écrivain souhaiterait vivement me rencontrer. Qu’attendait-il ?</div><div>-     Lui avez-vous dit, mon oncle, que je lis ses œuvres et que je l’admire tant ?</div><div>-     Mais oui, mais oui. Il m’a félicité de vous avoir ouvert ma bibliothèque. Quant à moi, je vous l’ai dit, je suis heureux que cette pièce retrouve un peu de vie.</div><div>A l’évocation de son épouse disparue, ses yeux se voilèrent, mais je n’ai jamais osé la moindre question. Je le laissais revenir à ses conversations avec monsieur de Chateaubriand et à des considérations politiques dont Wanda et moi nous amuserions le lendemain.</div><div>Un soir, mon oncle dit que je pourrai venir avec lui la prochaine fois qu’il irait à la Vallée aux Loups. </div><div> </div><div>Quel pouvoir avait donc sur nous cet écrivain ? Ce fut à mon tour de harceler mon entourage. Moi qui détestais essayer des robes, j’exigeais que Bertille fasse venir une couturière au plus vite. Je devais être prête car on ne savait pas exactement quand je partirai. La pauvre femme dut revenir trois fois car, ou le tissu ne me plaisait pas, ou le modèle était bien trop commun, ou mal adapté… Pourquoi ne comprenait-elle pas que j’avais besoin d’une robe pour la campagne et non d’une robe de bal ? Pourquoi me cousait-elle une robe de paysanne ? Et pourquoi ne me proposait-elle que des tissus aussi laids ? Bertille, qui ne comprenait rien au génie, dut parfois élever la voix pour me calmer. Je ne me reconnaissais plus. Pendant les essayages, j’allais jusqu’à demander à Wanda de me lire à voix haute les passages de l’œuvre de monsieur de Chateaubriand que je préférais. Elle obéissait de bonne grâce.</div><div>Je fus enfin satisfaite de ma robe. Mon enthousiasme ne dura guère plus d’une journée, mais nous n’avions plus le temps. Je partais le lendemain avec mon oncle qui n’avait pas voulu que Wanda m’accompagne.</div><div> </div><div>Dans la voiture, je tremblais de peur, de mes peurs d’enfant, et le voyage que mon oncle commençait à trouver trop long, me parut beaucoup trop court.</div><div> </div><div>-     Eh bien, Vicomte, voici donc ma nièce dont je vous ai tant parlé.</div><div>-     Bonjour mademoiselle, soyez la bienvenue dans mon pauvre domaine et considérez que vous êtes ici chez vous.</div><div>Je fis la révérence comme on me l’avait appris, mais ne pouvais détacher mes regards de l’homme que j’avais devant moi. Ce grand génie était habillé comme un simple bourgeois et ses bottes étaient crottées. Il dut remarquer ma surprise et s’en amusa.</div><div>-     Vous regardez mes bottes, mademoiselle. Oui, que voulez-vous, ce matin, j’ai encore planté un arbre. Il s’agit d’un cyprès chauve que j’ai ramené des Amériques. Pour le moment, il est si petit que je lui donne de l’ombre quand je me place entre lui et le soleil, mais il grandira. Croyez-moi. Aimez-vous les arbres, mademoiselle ?</div><div>-     Oh oui, monsieur. Je les adore !</div><div>-     C’est que ma nièce est née à la campagne.</div><div>-     Ah oui, vous me l’aviez dit, mon bon Isidore. Ma pauvre enfant., je n’ai la tête qu’à mes arbres ! Si vous le souhaitez, je vous montrerai tout à l’heure mes préférés.</div><div>-     Oh oui, monsieur, s’il vous plaît.</div><div> </div><div>Ses cheveux étaient gris et son front dégarni. Il était raide et malgré son habit simple, on aurait dit qu’il portait une longue cape et un col serré. Il était vieux.</div><div> </div><div>Au déjeuner, l’écrivain continua de parler de ses arbres, de ses projets pour son parc, des améliorations qu’il voulait faire pour ce qu’il appelait « sa maison de jardinier ». Mon oncle approuvait, relançait, s’étonnait. On ne me demanda rien. </div><div> </div><div>Les allées du parc étaient propres et bien tenues. Je n’avais pas encore vu une telle campagne. Tout y était à la fois naturel et parfaitement organisé. C’est que monsieur de Chateaubriand, me dit mon oncle, a lui-même redessiné l’ensemble du parc.</div><div>-     Je vous l’ai dit, mademoiselle, j’aime mes arbres plus que tout.</div><div>-     Plus que vos livres ?</div><div>-     Voyez, mademoiselle, cette brindille chétive est un <em>taxodium distichum</em>, un jour, il sera immense. <em>Latine loqueris</em> ?</div><div>-     Voici donc le cyprès de Louisiane, dont vous parliez tout à l’heure.<em> Latine loquor</em>.</div><div>L’écrivain éclata de rire. </div><div>-     Vous êtes merveilleuse, mademoiselle. J’ai voulu vous tendre un piège et vous m’avez magnifiquement contré. Mon ami Isidore est un bien bon parent d’avoir permis de vous instruire ainsi. </div><div>-     Merci, monsieur.</div><div> </div><div>Le trajet que nous suivions ne devait rien au hasard. Chateaubriand nous présentait les jeunes pousses qu’il avait plantées comme si elles fussent ses enfants… il énumérait plus pour lui-même que pour nous : <em>tilia platyphyllos</em>, <em>castanea sativa</em>, <em>aesculus hippocastarum</em>, <em>catalpa</em> <em>bignionioides</em>…</div><div>Mon oncle, qui n’avait pas appris le latin, affichait une mine quelque peu renfrognée. Quant à moi, j’oubliais d’un seul coup mon horreur des thèmes latins et remerciais Wanda de son insistance à me faire apprendre cette langue. Je m’enhardis.</div><div> </div><div>-     Que pensez-vous, monsieur, des femmes qui écrivent ?</div><div>-     Elles ont raison, mon enfant.</div><div>-     Celles qui écrivent des livres ?</div><div>Il détacha un instant son regard de ses chers arbres.</div><div>-     Vous écrivez des livres, mademoiselle ?</div><div>-     Non, monsieur, pas encore, mais…</div><div>-     Pour cela, il faudrait d’abord que vous soyez connue. Une femme ne peut exister si elle n’est pas quelqu’un.</div><div>-     Comme votre amie madame de Staël ?</div><div>-     Eh bien, mademoiselle, non seulement vous savez le latin, mais en plus, vous ne manquez ni d’esprit ni d’audace ! Et que voulez-vous écrire ?</div><div>-     Des romans, monsieur. Et je voudrais aller en Italie.</div><div>-     Vous avez raison, mais il me semble que les femmes devraient écrire des romans édifiants. Après tout, elles sont le ciment de la famille, ne trouvez-vous pas ?</div><div>-     Oui, monsieur. </div><div>-     Allons, mademoiselle, jolie comme vous l’êtes, vous ferez le bonheur d’un artisan. Et vous n’aurez besoin de personne pour instruire vos fils. Le plus beau rôle des femmes n’est-il pas celui de mère ?</div><div>Mon oncle, qui ne pouvait rester bien longtemps à l’écart, remarqua ma mine sombre.</div><div>-     Isidore, figurez-vous que votre nièce veut écrire des livres.</div><div>-     Mais qu’est-ce que cela ? Voulez-vous me faire regretter de vous avoir laissé lire ?</div><div>-     Allons Isidore, pourquoi une femme n’écrirait-elle pas ? Regardez mon amie madame de Staël ?</div><div>-     Merci monsieur.</div><div>-     Allons mes amis, si vous voulez rentrer avant la nuit, il vous faut partir maintenant. A moins que vous ne vouliez que je vous fasse préparer des chambres ?</div><div> </div><div>Mon oncle décida qu’il nous fallait partir. Au retour, le voyage me parut long, tellement j’avais hâte de raconter à Wanda ma visite à la Vallée aux Loups.</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-16 21:26:18 UTC</pubDate>
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         <title>(fin du texte)</title>
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         <description><![CDATA[<div>L’été avait passé sur la Vallée-aux-Loups comme ailleurs, offrant à Patrick et Lila la quiétude de ses allées. En cette fin de septembre étonnamment douce, le parc accueillait pour plusieurs jours un manège à l’ancienne sur lequel tournait immobile un équipage hétéroclite d’animaux évoqués par Chateaubriand dans ses écrits : ours, crocodile, lion, bison, éléphant, renne, écureuil, serpent... Patrick paraissait comme hypnotisé par cette ronde douée d’éternité. Captivé aussi par une fillette prénommée Nougat qui contait à qui voulait l’entendre des histoires de Père Noël et de ruche aux miracles.</div><div><br>Voulant en avoir le cœur net, il se laissa enfermer dans le parc. Si la légende était vraie, à la tombée du jour les choses prendraient peut-être une autre tournure. Dans l’après-midi de ce jeudi ordinaire, des visiteurs avaient pu apercevoir Patrick tout près des ruches. Leur chuchotant une histoire qu’il semblait tisser de sa propre mémoire, comme il aurait confié à une fontaine magique un vœu énigmatique. Quand vint la nuit, il s’assit sur un banc près du manège et attendit, ainsi que le lui avait indiqué Nougat. La fillette lui avait aussi précisé qu’il lui fallait apporter un objet relais. Il avait posé le bocal à sa gauche sur le banc. </div><div> <br><br></div><div>Du côté de notre Majorel – notez qu’une certaine familiarité s’est installée entre nous –, l’étau se resserrait autour de Manson. L’une de ses planques avait été fouillée – un appartement austère et froid qui avait tout l’air d’être inhabité depuis un bail. De fil en aiguille, Majorel et ses gars découvrirent que Manson était parti depuis plusieurs semaines en Louisiane, refilant la tête de son réseau à l’un de ses acolytes. Pour la compréhension de notre histoire – et ne pas vous perdre dans des détails inutiles –, il nous suffira ici de vous garantir que le règlement de comptes sur lequel portait l’enquête de Majorel ne tarda pas à être élucidé. Les petites frappes qui entouraient Manson n’avaient pas son sang-froid et crachèrent vite le morceau. Mais ça, c’était comme qui dirait l’arbre qui cachait la forêt. Car au détour d’une canalisation, les choses prirent incontestablement une autre tournure.</div><div><br>Un des collègues de Majorel avait en effet dégotté sous la baignoire de l’appartement, planquée derrière le coffrage carrelé, une boîte en bois assez grande pour contenir un flingue et sûrement quelques liasses de fric. Mais rien de tout cela n’était apparu à Majorel quand il avait ouvert la boîte que lui avait refilée Roger, manifestement plus légère que le bon kilo escompté pour une arme de poing. Majorel y avait découvert plusieurs articles de presse un peu jaunis, et dans un étui en tissu quelques bijoux auxquels il n’avait pas prêté attention sur le coup. Le vertige avait attendu son retour au poste pour le faucher en plein cœur.</div><div> <br><br></div><div>Vers minuit, le manège de la Vallée-aux-Loups s’illumina d’une myriade de lucioles réunies là comme par magie. Patrick aperçut clairement les bottes rouges de Nougat dont le caoutchouc brillait dans la nuit comme une flammèche échappée d’un brasier. Les yeux de la fillette luisaient également étrangement, tandis qu’un bourdonnement sourd et cristallin à la fois enveloppait les animaux en bois peint d’un halo musical fantastique. </div><div><br>Sur le manège, une jeune fille en robe diaphane apparut à Patrick comme échappée d’un rêve. Alanguie sur le serpent, elle avait les joues roses et les pieds nus, blancs comme la neige. Elle ressemblait étrangement à Lucile de Chateaubriand, ainsi éclairée par la lune qui s’était invitée dans le décor, cachée par intermittence derrière de sombres nuages. Un peu plus loin, dans le ventre du crocodile, une jeune fille émergeait lentement d’un sommeil qui paraissait de plomb. Elle était visiblement plus jeune que Lucile. Une vingtaine d’années à peine. Patrick ne la distingua nettement que quand elle déploya son corps en bâillant, s’étirant comme un chat du fond de la cavité qui lui servait d’alcôve. Elle portait à son cou une chaîne en argent au bout de laquelle brillait un petit kangourou serti d’une améthyste.</div><div> <br><br></div><div>De retour au poste, Majorel était clairement soulagé par la bonne tournure que prenait l’enquête. Comme nous vous l’avons assuré tout à l’heure, dans quelques jours celle-ci serait réglée. Mais à l’heure où je vous parle, il y avait encore cette boîte. Souvenez-vous, la boîte trouvée chez Manson. Eh bien maintenant la boîte était là, posée sur le bureau de Majorel comme la forêt cachée derrière l’arbre. Les coupures de presse et les bijoux. Sur le coup, tout disait que c’était lié à l’enquête, le réseau des ateliers de couture et le règlement de comptes. Mais les articles lui avaient remué les tripes, à Majorel. Tout juste s’il n’avait tourné pas de l’œil. Notez bien qu’à sa place, nous n’aurions sûrement pas fait les fiers non plus. Sur les manchettes s’étalaient en gras les crimes du tueur aux insectes qui sévissait depuis plusieurs années dans l’ouest parisien. Dessous, en plus petit, gisaient les noms des victimes dans les colonnes sordides qui déballaient les meurtres : Marjorie, Blanche, Christine, Sophie, Violaine… Mais quel était le rapport avec Manson ? s’interrogeait Majorel. Il était fasciné par ce type – le tueur aux insectes – ou quoi ?</div><div><br>Dans la séquence suivante, Majorel avait sorti les bijoux de leur étui en tissu. Voyant au premier coup d’œil qu’ils n’avaient rien de très précieux. En déduisant dans la foulée que ce n’était pas leur valeur qui avait motivé leur vol. C’était vraiment à n’y rien comprendre… Majorel pourtant n’avait pas tardé à dénouer les fils. Nous n’oublierons pas de sitôt sa tête quand l’évidence lui cracha sa vérité au visage. Au milieu des colliers, boucles et bracelets entremêlés, conservés par Manson comme autant de trophées, brillait une améthyste posée au centre d’un kangourou en argent attaché à une fine chaîne. Il ne faisait aucun doute pour Majorel que ce bijou était celui de sa sœur Violaine, retrouvée morte l’année précédente, des cadavres d’abeilles dans la bouche.</div><div> <br><br></div><div>Patrick n’en croyait pas ses yeux. Nougat avait donc dit vrai du haut de ses bottes rouges. Les abeilles exauçaient bien les vœux. Pour le sien en tout cas, le miracle avait eu lieu. Violaine, figée dans ses vingt ans, lui souriait dans le parc de la Vallée-aux-Loups.</div><div> <br><br></div><div>L’enquête de Majorel avait bel et bien pris une autre tournure. Les flics qui traquaient le tueur aux insectes s’étaient mis illico sur la trace de Manson, vite repêché dans un coin paumé de Louisiane – mais ceci était une autre histoire. Cela ne concernait plus Majorel. Sur un plan professionnel en tout cas. </div><div><br>Pour le reste, Majorel avait-il jamais été concerné par autre chose que cette absence, cette vie sans sa sœur, ce souvenir tournant dans sa tête comme un insecte dans un bocal ?<br><br></div><div>Il était temps pour lui de changer de vie. De tourner la page.</div><div> <br><br></div><div>Patrick Majorel était désormais libraire.</div><div><br>Il avait quitté la police depuis plus de vingt ans quand le miracle de la Vallée-aux-Loups se produisit.</div><div><br>Patrick Majorel avait retrouvé sa sœur Violaine.</div><div><br>Il avait perdu Lila, qui elle-même avait perdu Patrick sur les chemins bourdonnants d’une quête qui la dépassait – trop perchée pour elle, décidément.</div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-16 22:39:08 UTC</pubDate>
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         <title>De l&#39;autre côté (fin du texte)</title>
         <author></author>
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         <description><![CDATA[<div>De retour sur la terre ferme, notre jeune Kangourou glisse immédiatement la montre serrée fermement au creux de sa patte à l’intérieur de sa poche ventrale. Car il connait la curiosité de ses congénères, et sait pertinemment que si l’un d’eux découvre son existence, elle passera de patte en patte pour finir probablement écrasée au cœur d’une grande bagarre générale. Dans l’intérêt bien compris de cet objet mystérieux, et par respect pour nous, lecteurs, avides de connaitre la suite du récit, notre Kangourou se fait un devoir de n’en révéler l’existence à quiconque.<br><br></div><div>C’est donc lors de ses grandes virées nocturnes, une fois éloigné du reste du groupe et avec l’assurance d’être à l’abri de leurs regards, qu’il sort avec précaution l’objet de sa convoitise. Il l’examine avec une délicatesse que nous n’aurions jamais soupçonnée rencontrer chez un marsupial. Il en a écouté le petit bruit rythmé pendant plusieurs nuits et s’inquiète désormais du silence qui lui a succédé. L’objet serait-il mort ? Ou s’est-il simplement endormi ? Sous l’impulsion d’une intuition fulgurante, voici que notre Kangourou se saisit de l’anneau de la chaine et se met à faire tournoyer la montre dans un tourniquet désespéré censé la ramener à la vie.<br><br></div><div>C’est à cet instant que nous assistons au phénomène le plus incroyable de cette aventure : Regardez bien ! Non, pas le Kangourou toujours lancé dans son manège de la dernière chance… Non, regardez le décor, autour de lui ! Les herbes sèches de la savane, les eucalyptus… Vous ne les distinguez plus, n’est-ce pas ? Une zone montagneuse, peuplée d’une forêt dense nous entoure. Notre Kangourou a de nouveau porté la montre à son oreille, tout à son désespoir de n’avoir su la tirer de sa torpeur apparente. Mais nous savons qu’elle est encore bien active pour avoir accompli cet étonnant miracle de télétransportation !<br><br></div><div>Quand, dépité, notre Kangourou replace l’objet au creux de son anatomie, il découvre soudain l’étrange situation ! Sa curiosité, mêlée de prudence, feront le reste… Il s’enfonce dans ces vallons boisés, y croise un drôle de volatile au nom enfantin de Dodo, très sociable, qui lui fait découvrir quelques-unes des spécialités locales. En échange de bons procédés, notre Kangourou propose quelques leçons de bondissement à son nouveau compagnon qu’il trouve bien lent et empêtré lors de leurs déplacements. Le résultat est très décevant et ne valide pas les capacités pédagogiques du jeune marsupial.<br><br></div><div>Il n’a pas osé montrer son trésor à ce nouveau compagnon. Ce dernier passe d’ailleurs la majeure partie de la nuit à dormir, ce qui laisse tout loisir à notre Kangourou, pour écouter de nouveau le silence désespérant de sa montre à gousset, et l’examiner sous toutes les coutures. Passée une semaine, il ne résiste pas à l’impulsion soudaine de renouveler sa tentative de réanimation. Il s’élance dans un large tourniquet, tout en tentant cette fois-ci d’observer plus attentivement son environnement. Mais le sifflement de l’objet tournoyant et le halo qu’il génère ne lui permettent pas d’entrevoir ce que nous discernons : des lumières, des maisons, des navires apparaissent en grand nombre autour de notre ami. Nous sommes dans un grand port rempli de frégates et de vaisseaux semblables à celui sur lequel notre Kangourou s’était emparé de la montre. <br><br></div><div>Lorsqu’il cesse son tourniquet, nous ne saurions dire qui, du Kangourou ou des trois marins quelque peu éméchés qui titubent sur le quai ont l’air les plus surpris decette rencontre improbable… L’instinct de survie est cependant bien plus alerte chez notre marsupial, dont le jeune âge ne lui a pas encore fait connaître les délices d’une alcoolisation avancée. Il reprend immédiatement son tourniquet et écarquille avec prudence ses paupières dès que cesse le mouvement. Ouf ! Point d’humains autour de lui, mais une forêt enchevêtrée, à l’odeur putride et la moiteur poisseuse, sous le sifflement agressif des moustiques chargés du comité d’accueil.<br><br></div><div>C’est ainsi, vous l’aurez aisément compris, que notre Kangourou est devenu un grand voyageur, sur les traces de la montre prodige qu’il garde en son sein.<br><br></div><div>Nous pensions être à l’apogée de nos surprises dans ce récit extravagant. Que nenni ! Car la Louisiane recèle ses propres mystères, qui n’ont rien à envier à ceux de la montre à gousset.<br><br></div><div>François-René, lorsqu’il glanait des fruits de cyprès chauve avec le rêve insensé de posséder un jour un grand parc où les replanter, ne se doutait pas du crime de lèse-majesté qu’il était en train de commettre. Car ce splendide cyprès qui l’avait attiré et dont il recueillait, par mégarde, la potentielle descendance, en l’enfouissant négligemment au fond de ses poches, n’était pas le premier venu. Il n’était rien de moins que sa majesté, le Roi des Cyprès. Respecté par ses pairs, redouté par les chats sauvages, les alligators et même par les hordes de moustiques, il était sacré pour les Natchez qui lui vouaient un véritable culte. Mais de cela, le jeune insolent n’en avait cure, et en toute impunité, bourrait ses poches de cônes princiers.<br><br></div><div>Notre Kangourou n’est guère plus averti que le jeune François-René, et, sans considération aucune, s’approche de son altesse. Il a repéré, en sa base, une cavité entre les racines aériennes dont il entend bien profiter pour un petit somme réparateur. Il s’y enfonce mollement, surpris de n’en saisir aucune limite. Lorsqu’il comprend qu’il y a quelque chose de parfaitement irrationnel dans ce nouvel épisode, il est trop tard ! Il a déjà rejoint la Vallée aux Loups… La suite, nous la connaissons.<br><br></div><div>La famille royale du Cipre s’est peut-être disséminée aux quatre coins de la planète, par le fait de jeunes inconscients, elle n’en reste pas moins soudée et indivisible. Des connexions profondes et secrètes entretiennent le lien entre ces princes de sève. Que ces connexions soient malencontreusement utilisées par un imprudent, et le conduise à un voyage spatio-temporel ineffable était un risque que la royauté était prête à assumer tant il lui semblait minime. Mais désormais, la question doit être revue, trop de passages se sont réalisés en quelques mois !<br><br></div><div>Ainsi, lorsque notre Kangourou s’approche de nouveau de son altesse, il ne saisit pas le sérieux de la situation. Joyeux et insouciant, par petits bonds désinvoltes, il s’apprête à regagner la Vallée aux Loups aussi naturellement que l’on rentre chez soi après un court déplacement. La cavité l’accueille durement, elle est si étroite qu’il peine à s’y introduire. Très surpris, il s’éloigne un instant pour s’assurer qu’il n’est pas victime d’une méprise. Sa mémoire ne lui a jamais fait défaut, il est bien certain en y regardant à deux fois d’être au bon endroit. Plusieurs tentatives successives se soldent par un cuisant échec. Il en est tout abattu…<br><br></div><div>Mais l’animal ne manque pas de ressort ! Le voici qui se saisit de sa montre et la fait habilement tournoyer. Un sourire aux lèvres et le regard pétillant de curiosité, il cesse le mouvement d’un geste sec. <br><br></div><div>Son visage abasourdi nous remplit d’émoi. Il contemple, incrédule, le bayou à ses pieds. Il se retourne, le cyprès royal le domine puissamment. Cette fois-ci, on dirait bien qu’un ressort est cassé !...<br><br></div><div>Il s’est assoupi dans les hauts herbages, enfui dans des rêves d’ailleurs et d’insouciance. La tombée de la nuit le tire doucement de son sommeil et le ramène à la dure réalité. Etendu, il laisse son regard vagabonder vers le quartier de lune nouvelle et les astres qui illuminent peu à peu cette première nuit de non-retour. Son oreille est attirée par un bruit familier. Il lui faut du temps pour en déceler l’origine. Tout près de lui, l’eau stagnante du bayou reflète la voute étoilée, mais laisse transparaitre dans une brume épaisse les figures de ses amis lointains : Héléna, la cariatide est en train d’organiser sa traditionnelle chorale de chants d’oiseaux, tandis qu’Eudore pose un regard gourmand sur les jeunes choristes. Les rhododendrons et les magnolias se déploient en un feu d’artifice de corolles florales, tandis que la jeune Nougat tente d’entrainer Lucile, perdue dans un songe…<br><br></div><div>Une sensation inconnue saisit notre ami marsupial, une sensation qui s’installe d’abord au niveau de son estomac puis envahit rapidement tout son abdomen, comme si un grand creux lui poussait à l’intérieur. Il est aspiré par cette sensation de néant, son esprit tournoie plus vite que le manège de la Vallée aux Loups qui se dilue dans le trouble bruissement du marécage. Un vertige de nostalgie l’entraine au plus profond de la noirceur.<br><br></div><div>Nous serions tentés de le consoler tant le désarroi se lit dans l’infini tristesse de son regard. Mais nous ne le pouvons pas. Nous ne le devons pas. Le récit seul peut en décider.<br><br></div><div>Impuissants, nous le regardons s’enfoncer pas à pas dans l’eau sombre du bayou et se diriger vers les yeux impassibles d’un couple d’alligators.<br><br><br><br>Vous pensez que c’est bien trop glauque cette fin ? Qu’aussi folle et imprévoyante soit-elle, la course d’un jeune Kangourou plein de curiosité et de vigueur ne peut pas se terminer ainsi. Vous avez raison. Au moins sur un point : aucun alligator ne voudrait d’un Kangourou pour son dîner, fût-ce même celui d’un réveillon ! Notre marsupial a donc dû essuyer un troisième échec, le plus pitoyable, l’échec de sa tentative de suicide… Il en était si consternant, que le royal Cipre a eu un sursaut d’indulgence, se remémorant quelques frasques de sa propre et lointaine jeunesse. <br><br></div><div>Voici donc notre Kangourou revenu au bercail, si on peut ainsi parler de la Vallée aux Loups pour un marsupial… Vous pensez le retrouver assagi, apaisé ? Avez-vous tout oublié de la fougue de vos jeunes années ? L’Horloger, pour sa part, en gardera longtemps quelques souvenirs douloureux, mais ceci est une autre histoire qu’il serait bien long de vous narrer. Et si vous doutez de l’exactitude des faits, laissez vous enfermer une nuit dans la Vallée aux Loups. Vous ne verrez plus jamais ce lieu de la même manière…<br><br></div>]]></description>
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         <pubDate>2020-12-17 01:59:35 UTC</pubDate>
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